Comment un lycée agricole redonne-t-il confiance à des élèves en difficulté ?
Dans la Vallée de l'Hérault, un lycée privé agricole accueille des élèves de la 4e au BTS. Le n°5 d'Innovation en Éducation décrit ses méthodes pour redonner confiance à ceux que l'école avait découragés.
Tiré du magazine · n°5Les pédagogies différentes
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Dans les années 1960, un instituteur, Pierre Razimbaud, et un élu, Gilbert Sénès, parcouraient en bus les villages de la Vallée de l'Hérault pour amener à l'école les enfants d'agriculteurs. Ils ont créé en 1965 un lycée privé agricole, aujourd'hui géré par une association de cinquante communes. L'établissement accueille 530 élèves de la 4e au BTS, sur 13 hectares, dans les filières paysage, horticulture, agroéquipement et services aux personnes. Le n°5 d'Innovation en Éducation lui donne la parole sur un sujet : comment cultiver la confiance en soi ?
Que fait-il pour des élèves en difficulté ?
Une partie des élèves arrive en difficulté sociale ou en échec scolaire. L'établissement se donne donc pour mission de leur redonner confiance, de favoriser leur insertion sociale et professionnelle et de leur rendre l'envie d'apprendre.
« Notre établissement favorise la réussite des élèves en leur redonnant confiance pour réussir leur insertion sociale et professionnelle et retrouver l'envie d'apprendre. »
Dans les classes de collège, les effectifs sont plafonnés à vingt élèves et l'équipe pédagogique est restreinte, ce qui facilite les échanges et la confiance envers l'adulte. L'accompagnement est individualisé et différencié, pour tenir compte des profils d'apprentissage. Les emplois du temps alternent un cadre de réflexion le matin, avec les matières générales, et de la découverte professionnelle l'après-midi. Le mercredi est réservé à des sorties pédagogiques, dont les élèves rédigent un compte rendu.
Qu'est-ce que la classe de 4e « Créative » ?
Elle pratique la pédagogie différenciée avec un objectif : amener l'élève à donner du sens à ce qu'il apprend, à faire des choix et à gagner en autonomie, tout en découvrant la vie professionnelle.
« L'objectif est d'amener l'élève à donner du sens à ce qu'il apprend, l'aider à opérer des choix, gagner en autonomie et découvrir la vie professionnelle […] »
Les élèves y évoluent dans des espaces pensés pour éduquer l'œil, la main et la perception, selon cinq étapes que l'article détaille, de l'attention à la création. Le dialogue avec les parents est présenté comme fondamental.
Et dans les filières professionnelles ?
La pédagogie des classes de collège a été élargie aux autres classes, du CAP au BTS. En filière paysage, par exemple, des travaux pratiques sont réalisés chaque semaine, et des partenariats avec les collectivités permettent de travailler sur des projets qui répondent aux besoins du territoire. Le projet 2021 était la création d'un jardin thérapeutique, conçu et réalisé par les élèves du paysage, et utilisé comme support par la filière services aux personnes. L'établissement cite un taux moyen de réussite de 93 % en 2021.
Que disent les élèves ?
L'article donne la parole à Louis Roger, aujourd'hui étudiant en deuxième année de BTS Aménagements paysagers. Arrivé en 4e en difficulté, avec 7 de moyenne dans son collège public, il raconte ce qui a changé.
« Les enseignants m'ont appris à prendre confiance en moi et à retrouver le goût d'aller à l'école. »
Ce témoignage ne dit pas que cette voie convient à tous. Il rappelle qu'un cadre à taille humaine, des travaux concrets et un adulte à l'écoute peuvent suffire à relancer un parcours. Pour poursuivre sur ce thème, un autre numéro propose des pistes pour cultiver la confiance en soi.
Qu'est-ce que cette histoire dit de l'école ?
L'établissement a une particularité qui éclaire sa philosophie : il est né, dans les années 1960, d'un projet de scolariser des enfants d'agriculteurs dispersés dans les villages, et il a gardé cette valeur d'offrir la scolarité à tous. Il est géré par une association qui regroupe cinquante communes, ce qui est rare. Cela se retrouve dans ses méthodes : la différenciation n'y est pas un luxe, mais une nécessité quand des élèves arrivent avec des histoires scolaires très différentes. Les enseignants s'adaptent aux apprenants, et la pédagogie initiée au collège a été étendue aux filières professionnelles.
Pour un parent dont l'enfant décroche, ou pour un enseignant confronté à des élèves qui ont perdu confiance, le portrait rappelle que la voie professionnelle et agricole peut aussi être un espace où le concret redonne du sens. Il faut simplement ajouter, comme pour tout portrait de ce type, qu'il est écrit par l'établissement lui-même.
Questions fréquentes
La voie professionnelle peut-elle redonner le goût d'étudier ?
Pour cet établissement, oui : des élèves arrivés en difficulté en 4e ont poursuivi leur parcours jusqu'au BTS.
Pourquoi limiter les classes à vingt élèves ?
Selon l'établissement, cela favorise les échanges et la confiance des élèves envers l'adulte, ainsi qu'un accompagnement plus individualisé.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'histoire du lycée, de ses fondateurs aux filières d'aujourd'hui.
- Les cinq étapes de l'éducation de l'œil et de la main dans la classe de 4e Créative.
- L'organisation des journées, des mercredis de sorties et des comptes rendus.
- Le projet de jardin thérapeutique mené entre plusieurs filières.
- Le témoignage complet de Louis Roger.
