Les 1000 premiers jours : une chance pour l'enfant, et pour les adultes ?
Les enfants d'aujourd'hui peuvent-ils encore changer le monde ? Dans le n°15, trois spécialistes de la petite enfance répondent oui, et rappellent que les premiers à changer sont souvent les adultes.
Tiré du magazine · n°15Peuvent-ils encore changer le monde ?
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Le monde que nous laissons aux enfants inquiète. Peut-on pourtant leur donner le pouvoir de le changer ? Pauline Agator, Soline Amir-Tahmasseb et Marion Charpentier, de l'association Ensemble pour la Petite Enfance, répondent oui. À une condition : regarder les 1000 premiers jours comme une période de changement pour les enfants, mais aussi pour leurs parents.
Dans le n°15 d'Innovation en Éducation, elles décrivent cette période, qui court du quatrième mois de grossesse aux deux ans de l'enfant, comme une « période sensible » : des milliards de connexions neuronales se créent, en lien étroit avec le corps et l'environnement social et matériel du tout-petit.
Pourquoi le cerveau des parents change-t-il aussi ?
C'est l'idée la plus surprenante de l'article. Les autrices rappellent que le cerveau est plastique, c'est-à-dire qu'il se remodèle avec l'expérience, et qu'il connaît plusieurs périodes de grande sensibilité : la petite enfance, la puberté et, moins connue, l'arrivée d'un enfant. L'imagerie cérébrale montre alors une restructuration des régions liées à l'empathie, à l'attention et à la planification. Elle concerne les mères, que l'on a parfois moquées avec l'expression « Mommy brain », mais aussi les pères : plus ils s'occupent de leur enfant, plus leur cortex évolue.
« L'ocytocine, cette puissante hormone de l'attachement inondant les parents à la naissance, jouerait un grand rôle dans cette transformation anatomique et comportementale, s'ajoutant à la plasticité cérébrale induite par l'expérience dont nous faisons preuve toute notre vie. »
Leur lecture est optimiste : l'arrivée d'un enfant est l'occasion de questionner ses habitudes et sa façon de voir le monde, en le redécouvrant avec lui.
Un petit enfant apprend-il à changer plus facilement qu'un adulte ?
Selon les autrices, oui. Le tout-petit intègre naturellement les codes de l'environnement qu'on lui présente, par l'expérimentation et l'imitation. Les « petits gestes » écologiques, par exemple, ne coûtent un effort qu'aux adultes qui doivent réapprendre à vivre autrement ; pour un bébé, c'est la normalité. Ce qui compte, ce sont donc les modèles adultes. Elles invitent aussi à ne pas transmettre d'anxiété : jouer à inventer et à solutionner, à son échelle, plutôt que de peser sur l'enfant du poids des crises.
Elles s'arrêtent sur une capacité en particulier, la flexibilité mentale, l'une des trois fonctions exécutives du cerveau. Elle sert à s'adapter à la nouveauté, à résoudre des problèmes et à négocier avec les autres, et elle s'entraîne dès le plus jeune âge. Leur exemple est très concret : encourager un enfant à enfiler son gilet seul ou à ouvrir lui-même un yaourt lui apprend à viser un objectif, à essayer des stratégies et à les corriger.
Que peut-on faire avec un bébé pour le relier au vivant ?
Pour les autrices, préparer les enfants à changer le monde passe par deux grands axes : la préservation du vivant, et la coopération. D'où l'importance de la nature, même en ville. Le magazine propose des « clés pour agir » tout au long de l'article : de petites activités à mener avec un tout-petit, dehors comme à l'intérieur, pour manipuler, observer et nommer ce qu'il découvre.
« On ne peut conceptualiser correctement que ce que l'on fréquente avec ses 5 sens et en 3D ! »
Elles rattachent cette idée à celle de compétences psychosociales : reconnaître ses émotions, exprimer ses besoins, tenir compte de ceux des autres. Nommer ses émotions et décrire les siennes devant l'enfant l'aide à construire une image positive de lui-même et de la relation à l'autre.
Et du côté des professionnels ?
L'article présente aussi un dispositif de formation destiné aux crèches, validé par une recherche-action de l'Université de Bordeaux et de l'INSERM. Il repose sur des ateliers où deux marionnettes, Pilou et Filou, aident les enfants de 18 mois à 5 ans à comprendre les émotions et les conflits. Un encadré de la psychologue Marie-Iris Duboys-Fresney explique ce que ces ateliers changent aussi pour les adultes. L'article se termine par un plaidoyer de l'association pour un « droit à l'avenir » des enfants.
Questions fréquentes
Que sont les 1000 premiers jours ?
Selon les autrices, c'est la période qui va du quatrième mois de grossesse aux deux ans de l'enfant, pendant laquelle le cerveau se construit en lien étroit avec l'environnement.
Les pères sont-ils aussi concernés par ces changements ?
Oui. L'article rappelle que le cortex des pères évolue à l'arrivée de leur premier enfant, et d'autant plus qu'ils s'en occupent.
Faut-il sortir en forêt pour que le bébé profite de la nature ?
Pas forcément : faire entrer la nature à l'intérieur compte aussi, par exemple avec des plantes ou des éléments naturels à manipuler.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les trois « clés pour agir » concrètes : encourager l'autonomie, découvrir la nature avec un bébé, nommer les émotions.
- Les activités sensorielles à faire avec des éléments naturels, saison par saison.
- Le mot de l'experte sur les ateliers avec les marionnettes Pilou et Filou.
- Le plaidoyer pour un droit à l'avenir et les textes internationaux qu'il cite.
