Faut-il expliquer aux élèves comment fonctionne leur cerveau ?
Pourquoi répéter, pourquoi se tromper, pourquoi bouger ? Dans le n°12 d'Innovation en Éducation, Elodie Belle raconte ce qui change quand les élèves comprennent comment leur cerveau apprend.
Tiré du magazine · n°12Ces perles qu'on n'apprend pas assez à l'école
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Demandez à des élèves pourquoi ils vont à l'école : la réponse est presque toujours « pour avoir un bon métier ». Elodie Belle pense qu'ils auraient beaucoup d'autres réponses, plus immédiates, s'ils savaient comment leur cerveau apprend.
Professeure certifiée d'anglais depuis 2002, passée par le collège, le lycée et les classes préparatoires, Elodie Belle accompagne aujourd'hui enfants, adolescents et parents, en s'appuyant sur les neurosciences cognitives et affectives. Dans le n°12 d'Innovation en Éducation, elle raconte les ateliers qu'elle anime avec des collègues pour expliquer aux élèves ce qui se passe dans leur tête.
Pourquoi expliquer le cerveau à des enfants ?
Parce que cela donne du sens. Si l'on comprend que le cerveau construit des connexions et ne garde que celles que l'on utilise souvent ou qui portent une émotion, alors la répétition cesse d'être une corvée : elle devient une façon d'automatiser ce que l'on a appris. De même, la variété des approches pour capter l'attention n'est plus un caprice de l'enseignant.
« Si on comprend comment notre cerveau fonctionne, on apprend efficacement. »
L'autrice rappelle aussi que le stress, la peur ou la colère libèrent des hormones qui gênent les fonctions exécutives mobilisées par les apprentissages. Un élève qui le sait comprend mieux pourquoi il « bloque » certains jours.
Qu'est-ce que le « mode économie » du cerveau ?
C'est l'une des images les plus parlantes de l'article. Le cerveau cherche à conserver son énergie : il nous sert donc spontanément la réponse la plus simple, qui n'est pas toujours la bonne. À l'élève de la freiner, c'est ce qu'on appelle le contrôle inhibiteur. Un élève qui connaît ce « mode économie » apprend à marquer un temps d'arrêt, pas seulement en classe, mais dans bien des situations du quotidien.
Les ateliers abordent aussi la plasticité cérébrale, le rôle des émotions dans la mémorisation et les neuromythes, comme celui de faire plusieurs choses à la fois. Le magazine raconte l'expérience, très vivante, qui les « broie ».
Que se passe-t-il quand un élève comprend ses erreurs ?
Selon l'autrice, les effets se voient. Les élèves se montrent plus engagés, saisissent les signaux que l'enseignante glisse dans le cours et changent de regard sur l'erreur : le cerveau fonctionne en essai-erreur jusqu'à obtenir le résultat attendu. Elle propose de remplacer le « je n'y arrive pas » par un mot simple, que l'on retrouve dans de nombreux travaux sur l'état d'esprit.
« L'erreur est une étape fondamentale de l'apprentissage. »
Elle ajoute qu'un enseignant qui fait preuve d'empathie, encourage, valorise les petits progrès et laisse bouger « embarque » ses élèves, et que la passivité est ce qu'il faut éviter.
Et pour l'avenir ?
Tous ne réussiront pas, reconnaît l'autrice, car bien des paramètres échappent à l'enseignant comme à la neuroéducation. Mais le plus important, à ses yeux, est que les élèves gardent un souvenir plutôt agréable de l'école et des efforts à fournir, d'autant que beaucoup deviendront parents. Elle voit dans l'empathie la clé de ces apprentissages apaisés.
Comment les élèves vivent-ils ces ateliers ?
L'autrice raconte qu'une élève s'est un jour exclamée : « et ce n'est que maintenant que vous nous apprenez tout ça ! » Elle y voit le signe que ces notions sont encore naissantes dans les pratiques pédagogiques, et que l'on progresse, avec ce que le neuroscientifique québécois Steve Masson appelle une « culture de l'amélioration ».
Un autre ressort tient à l'engagement. Quand l'attention de la classe s'étiole, elle propose une « battle » : deux élèves au tableau, une consigne, un temps limité, de préférence en fin de séance. Le cerveau aime l'engagement actif, rappelle-t-elle, et bouger, rire avec les camarades qui encouragent et rire de se tromper créent des connexions durables. Le rire et la surprise, ajoute-t-elle, envoient au cerveau le signal que cela semble important.
Questions fréquentes
À quel âge expliquer le cerveau aux enfants ?
L'autrice anime ses ateliers avec des élèves du collège et du lycée, en adaptant le propos. Le principe est de relier chaque notion à une expérience concrète.
Qu'est-ce que le contrôle inhibiteur ?
C'est la capacité à freiner une réponse automatique, souvent la plus simple, pour chercher une meilleure réponse.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le déroulé des ateliers : plasticité, émotions, inhibition et connaissance de soi.
- L'expérience des « battles » au tableau et le test célèbre sur les mots de couleur.
- Les signaux pédagogiques que les élèves apprennent à repérer en cours.
- La façon de transformer le « je n'y arrive pas », avec les formules de l'autrice.
n°12 · Ces perles qu'on n'apprend pas assez à l'école
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