Pourquoi le jeu aide-t-il les enfants à apprendre ? Ce qu'en disent les neurosciences
Le jeu a toute sa place en maternelle, beaucoup moins ensuite. Karine Bressand, docteure en neurosciences, montre pourquoi il mérite de franchir les portes de l'école primaire, et même celles des formations d'adultes.
Tiré du magazine · n°8Maitriser la "neuroéducation"
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Le jeu aide à apprendre parce qu'il active, presque sans effort apparent, les mécanismes sur lesquels repose tout apprentissage : il capte l'attention, rend l'enfant actif, lui renvoie immédiatement le résultat de ses essais et l'invite à recommencer. Il entraîne aussi les fonctions exécutives, ces capacités de contrôle de soi, de souplesse et de mémoire immédiate dont l'élève a besoin en classe. Et il le fait dans le plaisir, ce qui soutient la motivation.
C'est la démonstration que conduit Karine Bressand dans le n°8 d'Innovation en Éducation. Docteure en neurosciences, autrice, coach et formatrice, elle a cosigné avec Marie Legrand Apprendre en couleurs, un guide qui croise pédagogie, neurosciences et connaissance de soi. Son article a une particularité : il est construit lui-même comme un jeu, avec une règle, un but et des jetons à gagner au fil des paragraphes.
Le jeu n'est-il qu'un divertissement ?
Chez l'adulte, souvent. Chez l'enfant, il ressemble davantage à une nécessité. L'autrice rappelle que le jeu s'est développé chez les espèces dont les petits naissent immatures, alors même qu'il coûte de l'énergie et expose aux dangers : s'il a survécu à l'évolution, c'est qu'il remplit une fonction cruciale. Il complète les comportements innés et favorise la coopération. Le droit de jouer figure d'ailleurs dans la Convention internationale des droits de l'enfant.
Sur le plan cérébral, jouer stimule en particulier le cortex préfrontal, la région située juste derrière le front, qui intervient dans l'attention, le langage, le raisonnement et la gestion des émotions.
Jeu libre ou jeu dirigé ?
L'article répond sans trancher : les deux se complètent. Le jeu dirigé travaille l'attention et la compréhension des règles ; les jeux coopératifs développent l'esprit de groupe et la créativité ; le jeu libre nourrit la confiance en soi, l'autonomie et l'imagination. L'adulte y joue un rôle discret, celui de proposer un environnement sûr et stimulant. Karine Bressand s'appuie aussi sur la classification de Jean Piaget, qui distingue plusieurs familles de jeux selon le développement de l'enfant ; le magazine les présente une à une.
Comment le jeu active-t-il l'apprentissage ?
En classe, le jeu change de nature : il n'est plus facultatif et doit servir un objectif. L'autrice explique pourquoi il reste efficace en le confrontant aux grands piliers de l'apprentissage décrits par les sciences cognitives.
« Notre cerveau est fait pour apprendre grâce à la neuroplasticité, cette capacité de modifier les réseaux de neurones en fonction de nos expériences et de nos apprentissages. »
Deux exemples donnent le principe. Le simple vocabulaire du jeu (joueur, règle, gagner, plutôt que consigne ou exercice) aide à capter l'attention. Et le retour immédiat sur ses actions, avec le droit de perdre sans conséquence dans la vraie vie, fait de l'erreur un moteur plutôt qu'une menace. L'article examine aussi l'engagement et la consolidation, ainsi que le rôle des émotions positives que le jeu fait naître.
« Le jeu n'est donc pas un gadget […] mais bien un outil pédagogique performant, y compris chez l'adulte. »
Le jeu peut-il apprendre à apprendre ?
C'est la troisième partie de l'article, et sans doute la plus pratique. Au-delà des contenus, le jeu entraîne les fonctions exécutives : l'inhibition, qui permet de mettre de côté une distraction ou une réponse trop rapide ; la flexibilité cognitive, qui permet de changer de stratégie ; la mémoire de travail, qui garde une information en tête le temps de l'utiliser.
Les jeux de cour les plus classiques y contribuent. Attendre son tour, ou résister à l'envie de bouger dans « Jacques a dit », c'est déjà exercer son inhibition. Pour chacune des trois fonctions, Karine Bressand propose une sélection de jeux de société et de jeux de cartes connus, et signale ceux qui en sollicitent plusieurs à la fois. Ces listes sont dans le magazine.
Les fonctions exécutives reviennent dans plusieurs articles du numéro, qu'il s'agisse des émotions positives ou de l'apprentissage du choix. Et la place du jeu dans la motivation des élèves est reprise par Marie Legrand, dans l'article sur les émotions en classe.
Questions fréquentes
Le jeu a-t-il sa place après la maternelle ?
Oui, selon Karine Bressand. Le jeu active les mécanismes de l'apprentissage et entraîne les fonctions exécutives à tout âge. Elle le présente comme un outil pédagogique à part entière, y compris pour les adultes.
Quels jeux développent les fonctions exécutives ?
Des jeux très simples y contribuent : « Jacques a dit » ou « Un, deux, trois, soleil » exercent l'inhibition. L'article propose des jeux de société et de cartes adaptés à chaque fonction, et d'autres qui en sollicitent plusieurs.
Faut-il privilégier le jeu libre ou le jeu dirigé ?
Les deux sont complémentaires : le jeu dirigé travaille l'attention et les règles, le jeu libre développe l'autonomie, la confiance et l'imagination.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'article lui-même, conçu comme un jeu, avec ses jetons à gagner.
- La classification des jeux de Jean Piaget et ce que chaque famille développe.
- Les quatre piliers de l'apprentissage passés au crible du jeu.
- Une sélection de jeux pour entraîner l'inhibition, la flexibilité et la mémoire de travail.
n°8 · Maitriser la "neuroéducation"
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