Les enfants d'aujourd'hui sont-ils plus fragiles qu'avant ?
« De mon temps, ce n'était pas comme ça. » Les enfants vont-ils plus mal qu'autrefois ? Dans le n°19 d'Innovation en Éducation, la psychologue Ségolène Hartz répond oui et non, et explique pourquoi.
Tiré du magazine · n°19Harcèlement : protéger ou préparer ?
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Les enfants d'aujourd'hui sont-ils plus fragiles ? La réponse de la psychologue Ségolène Hartz tient en deux temps. Oui, leur environnement leur est moins favorable qu'autrefois. Mais leur souffrance est aussi mieux repérée et mieux accompagnée, et le regard que nous portons sur le passé n'est pas toujours fidèle. Une réponse ouverte, loin du « c'était mieux avant » comme du « tout va bien ».
Psychologue pour enfants et adolescents, Ségolène Hartz a créé L'Accolade en 2017. Formée à plusieurs approches (Faber et Mazlish, Discipline Positive, communication non violente), elle propose des conférences et des ateliers aux parents et aux professionnels. Dans le n°19 d'Innovation en Éducation, elle commence par un aveu : aucune étude ne compare le bien-être des enfants d'hier et d'aujourd'hui, ni le nombre de cas de harcèlement, puisque le concept est trop récent. Elle répond donc de la manière la plus ouverte possible.
Qu'est-ce qui peut fragiliser les enfants d'aujourd'hui ?
L'autrice énumère un faisceau de facteurs : écrans, perturbateurs endocriniens, sédentarité, éloignement de la nature, surstimulation sensorielle, fatigue des parents, et une pandémie qui a laissé des traces. Elle s'arrête sur trois d'entre eux.
Les écrans, d'abord, dont la lumière bleue perturbe la mélatonine, l'hormone de l'endormissement. Les plateformes sont aussi conçues pour retenir l'attention, et un enfant fatigué est plus irritable. Surtout, du temps d'écran, c'est du temps qui n'est pas passé à vivre le collectif : or l'enfant a besoin d'expérimenter le groupe pour apprendre à s'affirmer sans écraser l'autre. Ensuite la sédentarité : un enfant a besoin de bouger, et elle rappelle que trente minutes par jour dans la nature favorisent la détente et la joie. Enfin le Covid, dont les psychologues voient encore les effets en cabinet.
L'éducation bienveillante rend-elle les enfants plus fragiles ?
Elle écarte l'idée. L'éducation bienveillante est parfois confondue avec du laxisme, qui est nocif, mais elle rend les parents plus attentifs au mal-être de l'enfant, qui est donc mieux identifié. Grâce aux neurosciences, parents et professionnels ont davantage d'outils pour accompagner. Elle reconnaît toutefois que cette éducation est récente en France, qu'elle a des détracteurs, et que des parents tâtonnent.
« C'était mieux avant » : et si c'était notre cerveau ?
C'est la partie la plus originale du texte. Ségolène Hartz demande : c'est quand, « autrefois » ? Quelle époque où les enfants étaient tous gentils entre eux ? Elle explique que l'on a tendance à survaloriser les souvenirs du passé et à se focaliser sur les problèmes du présent.
« C'est donc pour sauver le monde et l'humanité que l'humain voit le négatif du présent. »
Elle en tire une consolation : nos enfants ne vont peut-être pas moins bien, c'est peut-être juste qu'on est plus vigilant à ceux qui vont mal.
Y a-t-il plus d'enfants harcelés qu'autrefois ?
L'autrice l'écrit sans détour, mais son raisonnement compte plus que sa phrase.
« Il y a forcément plus d'enfants harcelés aujourd'hui, comparativement à autrefois. »
Son argument : on ne peut identifier que ce que l'on sait nommer. Quand le mot n'existait pas, un enfant qui en embêtait un autre était un enfant qui en embêtait un autre, et certains adultes y voyaient un passage normal. Sans mot pour le dire, le harcèlement n'était pas identifié ; aujourd'hui qu'il est nommé, les enfants reconnus comme harcelés sont mécaniquement plus nombreux.
Le magazine détaille aussi la partie du raisonnement sur l'apprentissage des relations sociales, et pourquoi elle reste optimiste.
Questions fréquentes
Les enfants vont-ils plus mal qu'avant ?
Aucune étude ne le prouve, dit Ségolène Hartz. L'environnement est moins favorable, mais le mal-être est aussi mieux repéré et accompagné.
Les écrans fragilisent-ils vraiment les enfants ?
Selon l'autrice, ils perturbent le sommeil et prennent la place des moments de relation, ce qui peut rendre l'enfant plus vulnérable.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le développement sur les perturbateurs endocriniens, cité d'après les travaux de Barbara Demeneix.
- La comparaison entre la journée d'un enfant d'autrefois et celle d'un enfant d'aujourd'hui.
- Le raisonnement sur l'apprentissage des relations sociales, de la communication non violente à l'expérience de Céline Alvarez.
- Les raisons de l'optimisme de l'autrice.
