Comment conduire un changement de pratique sans s'épuiser ni se sentir seul ?
Vouloir changer sa pratique, c'est quitter un territoire connu. La psychothérapeute Anne-Sophie Dautais-Muller, coach en conduite du changement, explique dans le n°24 d'Innovation en Éducation ce que le changement active en nous, et comment l'accompagner.
Changer sa façon d'enseigner, c'est passer d'un point A, la situation actuelle, connue, à un point B, une situation désirée. Pour Anne-Sophie Dautais-Muller, psychothérapeute et coach en conduite du changement, il faut pour cela que les gains soient supérieurs aux pertes, qu'il y ait du sens ET des bénéfices palpables. Dans un long article du n°24 d'Innovation en Éducation, elle s'adresse aux enseignants qui s'emparent de leur liberté pédagogique, et plus largement à tous ceux qui traversent une période de transition.
Pourquoi un changement, même choisi, nous déstabilise-t-il ?
Parce qu'il bouscule notre cadre de références, c'est-à-dire tout ce que nos expériences, nos croyances, nos repères éducatifs et institutionnels ont construit en nous. Quitter le point A, c'est se livrer à l'incertitude et renoncer à une part de confort. Peuvent alors surgir de la peur de l'échec ou du jugement, du découragement ou au contraire de l'excitation, et derrière chaque émotion se cache un besoin non exprimé. L'autrice rappelle que le besoin de sécurité arrive juste après les besoins physiologiques dans la pyramide de Maslow : pour se tourner vers le point B, il faut d'abord se sentir en sécurité.
Que se passe-t-il dans le cerveau face à un changement ?
Le cerveau a deux façons d'aborder les situations. L'une est automatique : rapide, économe en énergie, adaptée aux situations routinières, mais nourrie de croyances limitantes, de préjugés et de convenances (« il faut », « c'est bien »). L'autre est adaptative : elle sert à aborder les situations difficiles, complexes et inconnues, comme les apprentissages. Ce mode adaptatif peut générer du stress, que l'autrice invite à écouter : il est au mental ce que la douleur est au physique, un indicateur de dysfonctionnement. Elle distingue le stress aigu, signal d'alarme utile, et le stress chronique, qui s'installe et pèse.
Existe-t-il une méthode pour conduire un changement ?
Oui, et elle ne se réduit pas à la bonne volonté. L'autrice propose trois grandes étapes, que le magazine déroule avec l'exemple d'un enseignant qui veut faire évoluer sa pédagogie sous le regard de ses collègues et de sa hiérarchie. Deux règles les précèdent, dont celle-ci :
« Une seconde règle : une vision claire et intelligible devra toujours précéder l'action. »
Elle insiste aussi sur le fait qu'un changement ne s'autorégule pas, et qu'expérimenter à l'abri des regards, sans intégrer les personnes concernées, est une croyance trompeuse : chaque projet de changement renforce le besoin de coopération.
Comment s'accompagner soi-même ?
Par un levier central : débrancher le cerveau automatique pour basculer vers le mode adaptatif. Le magazine propose quatre familles de pistes : faire un pas de côté, chercher des points d'appui, redonner du sens à ses actions et expérimenter par petites étapes. Il propose aussi des questions à se poser, avec bienveillance et curiosité, pour aborder un changement en conscience.
« La conduite du changement prend du temps ET rien de bon ne se fait sans les individus. »
Elle conclut par une phrase de Carl Rogers : des problèmes qui paraissent impossibles à résoudre deviennent solubles lorsque quelqu'un nous entend.
Pourquoi cet article s'adresse-t-il d'abord à soi ?
Anne-Sophie Dautais-Muller part d'un principe : comprendre le changement pour soi-même permet de comprendre ce qu'il fait vivre aux autres. Avant de vouloir conduire un projet auprès d'élèves, de collègues ou de parents, il s'agit donc de s'approprier le changement pour son propre compte. Elle accompagne dans son métier des leaders et des équipes sur des sujets de transformation, selon l'approche centrée sur la personne de Carl Rogers, avec un souci constant d'humanité. Cette posture explique le ton de son texte, qui ne culpabilise personne : les réactions de résistance, rappelle-t-elle, sont des signaux à écouter, pas des fautes à corriger. Elle invite aussi à prendre soin de soi et à ne pas rester isolé dans un processus qui ne manquera pas de nous toucher à mesure qu'il avance.
Questions fréquentes
Pourquoi est-il si difficile de changer ses habitudes d'enseignement ?
Selon l'autrice, tout changement bouscule notre cadre de références et active des émotions, parfois de la peur ou de la perte, avant de laisser place à de nouveaux repères.
Le stress est-il toujours mauvais ?
Non : le stress aigu est un signal d'alarme utile, comparable à la douleur physique. C'est le stress chronique, permanent, qui devient un ennemi.
Faut-il avancer seul ?
L'autrice recommande l'inverse : identifier ses alliés et s'appuyer sur eux, tout au long du changement.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les mécanismes du cerveau automatique et du cerveau adaptatif, et les deux types de stress.
- Les trois grandes étapes de la conduite du changement, de la préparation à l'ancrage.
- Un exemple appliqué à un enseignant qui s'empare de sa liberté pédagogique.
- Les conditions favorables et les leviers pour basculer vers le mode adaptatif.
- Une série de questions à se poser avant, pendant et après un changement.
N°24
n°24 · Profs inspirants : 30 méthodes qui marchent
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