Quand un enseignant sent qu'il ne fait plus vraiment son métier
« Je ne fais plus vraiment mon métier. » Dans le n°32, Chloé Quillon, qui accompagne des enseignants de tous horizons, explique ce que cache cette phrase et comment retrouver le goût de penser sa pédagogie.
Tiré du magazine · n°32Mal-être à l'école : des solutions existent !
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Le mal-être de nombreux enseignants ne tient pas à une perte de vocation, mais à une perte de sens : ils continuent d'entrer en classe avec l'envie de transmettre, et peinent à reconnaître leur métier dans ce qu'ils exercent au quotidien. C'est le constat de Chloé Quillon, qui propose en réponse de « redevenir pédagogue » : se donner de nouveau le temps de penser son enseignement, et pas seulement de l'appliquer.
Titulaire d'un master en éducation, Chloé Quillon a cofondé en 2015 une école alternative en région centre. Elle gère aujourd'hui l'organisme de formation Eduscopie, et accompagne depuis plusieurs années des enseignants de tous horizons, en poste ou en transition. Elle livre dans le n°32 d'Innovation en Éducation un texte qui part de ce qu'elle entend sur le terrain.
Que cache la phrase « je ne fais plus vraiment mon métier » ?
L'autrice dit l'entendre le plus souvent, dite avec lassitude, plus que tout rejet des élèves ou de l'école. Le mal-être enseignant, observe-t-elle, n'est pas toujours spectaculaire : il se manifeste par une perte d'élan, une routine subie, l'impression de tenir plutôt que d'exercer. Elle évoque des injonctions contradictoires, un temps morcelé et peu de place pour la réflexion pédagogique.
Ce sont souvent les plus engagés qui en souffrent le plus, ajoute-t-elle, parce que le malaise naît de l'écart entre ce que l'on sait juste pédagogiquement et ce que l'on peut réellement mettre en œuvre. Un constat proche de celui d'Isabelle Luberne dans le même numéro, qui propose de son côté des pistes pour enseigner sans s'épuiser.
« Je ne fais plus vraiment mon métier. »
Que veut dire « redevenir pédagogue » ?
Face à ce décalage, certains enseignants font un pas de côté : non pour quitter leur mission, mais pour se former, expérimenter, se réapproprier leur posture professionnelle. Ils viennent moins chercher des recettes toutes faites qu'un espace pour échanger avec d'autres enseignants et construire leur propre identité pédagogique.
L'exemple qu'elle donne vient de ses formations : les enseignants y explorent des pistes concrètes pour redonner une place à la curiosité des élèves et à la coopération, ou pour laisser émerger leur pensée. Selon elle, ces expérimentations transforment l'atmosphère de la classe, et l'enseignant retrouve le plaisir d'accompagner plutôt que de seulement diriger.
La liberté pédagogique, est-ce faire ce que l'on veut ?
Pas pour l'autrice. Elle la décrit d'abord comme une liberté intérieure : comprendre pourquoi on fait les choses, choisir en conscience, ajuster ses pratiques aux élèves que l'on a réellement devant soi. Cette reconquête, précise-t-elle, ne passe pas nécessairement par une rupture avec l'institution. Elle commence par un changement de regard sur son propre métier. Le texte pose aussi quelques questions que l'enseignant peut se poser à lui-même, et la dernière tient en une phrase simple.
« Le bien-être des enseignants n'est pas un bonus, mais une condition essentielle de la qualité éducative. »
Questions fréquentes
Le mal-être des enseignants vient-il d'une perte de vocation ?
Pas selon Chloé Quillon. Elle parle plutôt d'une perte de sens : l'enseignant ne reconnaît plus son métier dans son quotidien, alors que son envie d'enseigner demeure.
Faut-il quitter l'Éducation nationale pour retrouver du sens ?
L'autrice ne le suggère pas. Elle décrit une reconquête qui commence par un changement de regard sur son métier, et qui peut passer par la formation, les échanges entre pairs et l'expérimentation.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le portrait d'un mal-être enseignant discret, et la distinction entre épuisement visible et perte d'élan.
- Les quatre questions que se posent les enseignants qui se forment aux pédagogies innovantes.
- Les pistes explorées en formation : curiosité, projets interdisciplinaires, coopération, temps d'expression.
- Les trois repères des enseignants qui retrouvent du goût à leur métier.
- Les chemins pour se réinventer : formation, échanges entre pairs, projets collectifs.
