Qu'est-ce que la transition éducative, et que change-t-elle pour l'école ?
Que devient la liberté pédagogique quand toute une équipe, une école ou un territoire s'en empare ? Le n°16 d'Innovation en Éducation interroge Laurent Dupuis, de la Fondation Potentiels et Talents.
Tiré du magazine · n°16Libertés pédagogiques (mode d'emploi)
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« Réussir dans la vie » ou « réussir sa vie » : toute la transition éducative tient dans cet écart. C'est le concept que la Fondation Potentiels et Talents essaime depuis 2014 dans des écoles et des territoires, et que son cofondateur Laurent Dupuis présente dans le n°16 d'Innovation en Éducation. Une enseignante du public, Brigitte de Compreignac, complète l'entretien avec trois questions sur sa propre expérience de la liberté pédagogique.
De quelle réussite parle-t-on ?
Laurent Dupuis part d'une critique : l'école de la « réussite pour tous » se révélerait, à l'usage, une école de la réussite de quelques-uns. Cette vision généreuse, héritée de Langevin et de Wallon, masquerait les différences entre enfants. Elle prône l'égalité, là où la Fondation défend l'équité, c'est-à-dire donner à chacun ce dont il a besoin. Il lui oppose l'accomplissement de chacun tout au long de sa vie.
« Plutôt que de réussir dans la vie, on veut amener les enfants à réussir leur vie. »
Il s'agit moins de tout révolutionner que d'insuffler un changement progressif : une école où chaque enfant est considéré comme unique, avec ses propres talents, dans un cadre qui allie exigence et bienveillance, et ouverte sur la vie de la cité. Les collectivités et associations locales y ont leur place, car le changement viendra du terrain.
Pourquoi l'innovation a-t-elle tant de mal à se diffuser ?
C'est le passage le plus parlant. Selon Laurent Dupuis, beaucoup d'enseignants s'autocensurent parce que l'institution a tendance à vouloir offrir la même chose à tout le monde, au nom de l'égalité. Il cite les travaux de la chercheuse Françoise Cros : quand une innovation émerge dans une école, des experts l'étudient, en retiennent les éléments les plus duplicables, puis jugent que l'ensemble dépend trop de son créateur. Or l'enseignant explique qu'il s'agit d'un écosystème cohérent, et que l'on ne peut pas en prélever des morceaux.
« Quand une méthode pédagogique prétend, par égalitarisme, s'adresser à tous, c'est qu'en réalité elle ne s'adresse à personne. »
Il vise explicitement les dérives égalitaristes plutôt que le principe d'égalité lui-même. On peut ne pas partager ce diagnostic ; l'entretien le présente comme un point de vue de terrain, qui invite à interroger ce que l'on appelle l'égalité en éducation.
Il faut aussi comprendre ce que Laurent Dupuis entend par accomplissement. Il ne s'agit plus d'un passeport scolaire qui ouvrirait ad vitam aeternam la porte des responsabilités et d'un bon salaire pour ceux qui ont fait les meilleures écoles. C'est une idée plus large, qui consiste à rouvrir les fenêtres et à redonner à chacun l'envie d'évoluer et d'apprendre tout au long de la vie.
Qui s'y engage concrètement ?
La Fédération des écoles en transition éducative réunit des écoles privées innovantes et des enseignants du public. Ses membres n'appliquent pas une méthode unique : le pas supplémentaire qu'elle propose est d'adapter l'équipe pédagogique à chaque élève, sans aller vers l'individualisme, mais pour faire groupe apprenant. Un enseignant isolé peut s'en inspirer, nouer des partenariats ou rejoindre la fédération. L'entretien donne deux exemples de projets partagés entre classes.
Ce que le texte dit de la liberté pédagogique en est le prolongement. Pour la fédération, elle ne consiste pas à choisir une méthode connue, Montessori, Freinet ou une autre, et à l'appliquer uniformément à tous. Il s'agit de s'adapter à chaque élève dans ses particularités, tout en gardant un horizon commun, qui est de faire société.
Que dit une enseignante du public ?
Brigitte de Compreignac est à la fois présidente de la Fondation, adjointe au maire et enseignante en primaire. Elle raconte comment elle présente ses pratiques aux parents, aux collègues et à sa hiérarchie, et pourquoi elle estime que la marge de manœuvre est plus grande qu'on ne le croit.
« On a beaucoup de marge de manœuvre et de liberté au sein de l'Éducation nationale, encore faut-il s'en emparer. »
Ses deux conseils, qu'elle adresse à ses collègues, sont de ne pas rester seule face à ses propres peurs et de rejoindre un réseau. Le magazine les détaille.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre égalité et équité à l'école ?
Pour Laurent Dupuis, l'égalité prône le même traitement pour tous, quand l'équité consiste à s'adapter à chacun et à lui donner ce dont il a besoin.
Faut-il quitter l'Éducation nationale pour pratiquer la transition éducative ?
Non. Brigitte de Compreignac est enseignante dans le public, et l'entretien précise que des enseignants du public participent à la fédération ou s'en inspirent depuis leur classe.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La vision de l'école que défend la Fondation Potentiels et Talents, expliquée par l'un de ses fondateurs.
- Le récit des étapes par lesquelles une innovation locale est étudiée puis jugée non duplicable.
- Deux exemples de projets entre classes de la fédération.
- Les trois questions à Brigitte de Compreignac et ses conseils pour se lancer.
