Pardonner ce qu'on a vécu enfant : est-ce possible, et à quoi cela sert-il ?
« Jamais je ne pourrai lui pardonner. » Dans le n°13 d'Innovation en Éducation, un article regarde cette croyance de près et montre en quoi le pardon, loin d'excuser, redonne du pouvoir sur son passé.
Tiré du magazine · n°13Suis-je parfois un parent "toxique" ?
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Que l'on ait été rejeté, humilié, abusé ou trahi, la question revient tôt ou tard : avons-nous pardonné ? À notre « bourreau », mais aussi à nous-mêmes ? Après l'entretien de Boris Cyrulnik sur la résilience, le n°13 d'Innovation en Éducation consacre un article au pardon, qu'il présente comme un facteur déterminant, aussi puissant que sensible, de l'influence de nos blessures sur notre parentalité. Il n'est jamais trop tard pour s'y mettre, y affirme la rédaction.
Pourquoi dit-on « jamais » ?
L'article commence par une phrase que beaucoup reconnaîtront : « Jamais je ne pourrai lui pardonner, JAMAIS ! » Elle peut vouloir dire deux choses : que l'autre ne mérite pas le pardon, ou que nous n'en sommes pas capables. Dans les deux cas, ce « jamais » traduit une croyance : celle que certaines choses seraient impardonnables, ou certaines personnes plus douées que d'autres pour faire grâce.
Le texte ne minimise pas la douleur. Mais il souligne que cette croyance enferme dans la fatalité et la résignation, alors que faire le choix du pardon, certes long et difficile, redonne le pouvoir sur son passé.
Que change-t-on, quand on pardonne ?
L'article avance plusieurs prises de conscience. La première est un renversement de perspective : on pardonne d'abord pour soi.
« Garder une rancœur, voire de la haine contre quelqu'un ne nous rend pas plus forts. C'est même tout le contraire : c'est le signe que cette personne garde un pouvoir et un contrôle sur nous et nos émotions. »
Si beaucoup ont tant de mal à pardonner, c'est qu'ils y voient un acte altruiste, destiné à décharger l'autre de sa culpabilité en lui disant « c'est pas grave ». D'où la nécessité de changer de point de vue. Autre idée essentielle : pardonner n'est pas excuser. Il ne s'agit pas de justifier les actes, mais de ne plus les laisser avoir un impact négatif sur soi. Dit autrement, ce n'est pas la gravité de ce qui a été commis qui décide, mais le choix que l'on fait aujourd'hui. Trois autres prises de conscience, sur la force que demande le pardon, sur la santé et sur le temps qu'il faut, sont développées dans le magazine, avec la piste pour retrouver les études citées. On y trouve aussi une formule de Max Lucado.
« Le pardon, c'est déverrouiller la porte pour libérer quelqu'un et se rendre compte que vous étiez le prisonnier. »
Peut-on avancer par étapes ?
L'article s'appuie sur ceux qui ont étudié le sujet : à l'instar du deuil, le pardon passe par plusieurs stades. Daniel Luméra en compte sept, Pascale Dufresne douze. Le magazine retient sept étapes, formulées à la première personne pour mieux se les approprier. La première consiste à reconnaître ses blessures et ses émotions, sans les minimiser et sans culpabiliser. Par fierté ou par réaction de défense, on sous-estime en effet souvent leur réalité : cela demande de l'honnêteté et de la vulnérabilité, et c'est la condition pour accéder aux étapes suivantes. Les six suivantes, que nous ne détaillons pas ici, mènent jusqu'au fait de se pardonner à soi-même.
Pour qui traverse ce chemin, un autre article du blog distingue résilience et guérison, et rappelle qu'on n'avance pas au même rythme.
Faut-il pardonner pour être un bon parent ?
Ce n'est pas ce que dit le texte. Il propose un chemin, pas une obligation, et le rattache à la question posée dans tout le numéro : comment nos blessures influencent notre manière d'être parent. Il rappelle simplement que le non-pardon et la rumination ont un coût, pour soi comme pour la famille. Le choix de pardonner, précise-t-il, n'a rien d'un geste de faiblesse : il redonne le pouvoir sur son passé, et c'est de ce pouvoir retrouvé que peut naître, ensuite, une autre façon d'être parent.
Questions fréquentes
Pardonner, est-ce excuser ?
Non. L'article distingue nettement les deux : on ne justifie pas ce qui a été commis, on décide de ne plus lui laisser d'emprise sur sa vie et ses émotions.
Combien de temps faut-il pour pardonner ?
Le texte ne donne pas de durée : il présente le pardon comme le fruit d'un processus, qui prend du temps, et considère ce temps comme un allié.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les cinq prises de conscience qui préparent le pardon, dont celle sur la force et celle sur la santé.
- Les sept étapes du pardon, formulées à la première personne, avec un acte réel ou symbolique pour officialiser sa décision.
- La référence aux études sur le pardon et la santé, et la façon de les retrouver.
- Les approches de Daniel Luméra et de Pascale Dufresne, citées par l'article.
- La formule de Max Lucado sur la porte qu'on déverrouille.
