Résilience ou guérison : comment se remettre d'un traumatisme, et en parler à ses enfants ?
On parle beaucoup de résilience, mais surmonter un traumatisme, est-ce la même chose que guérir ? Dans le n°22 d'Innovation en Éducation, le psychanalyste Saverio Tomasella invite à faire la différence.
Tiré du magazine · n°22La famille ? C’est compliqué… !
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Après une épreuve, on nous dit volontiers d'être « résilient », de rebondir. Pour le psychanalyste Saverio Tomasella, c'est un peu plus subtil : on peut très bien avoir l'air d'avoir rebondi sans avoir guéri, et la différence se joue souvent sur la façon d'accueillir ce qui est arrivé. Il l'explique dans le n°22 d'Innovation en Éducation.
Saverio Tomasella est docteur en psychopathologie, psychanalyste et chercheur. Auteur de nombreux essais, il a fondé l'Observatoire de la sensibilité. Son propos concerne les adultes, et il offre aussi des pistes pour accompagner les enfants.
Qu'est-ce que le déni, et pourquoi y recourt-on ?
Le déni est un mécanisme de défense, le plus souvent inconscient : on refuse de voir une réalité trop douloureuse. Il peut être très temporaire, comme dans les premiers jours qui suivent l'annonce d'une séparation, d'une maladie ou d'un décès. Il protège, un temps. L'auteur le tient pourtant pour une stratégie qui coûte cher quand elle dure, notamment dans nos relations et dans l'éducation de nos enfants : si nos propres parents ont fonctionné ainsi, nous risquons de le faire à notre tour sans nous en rendre compte.
La bonne nouvelle, selon lui, est qu'il existe toujours un instant, même bref, où l'on peut revenir en arrière. Sortir du déni demande du courage et de la patience : il faut accepter la réalité et supporter la souffrance qui l'accompagne, sans se hâter de « positiver ».
« Il est donc nécessaire de pouvoir repérer ce que nous nions pour nous en libérer. »
La résilience, est-ce guérir ?
Le mot est devenu très courant, et recouvre des réalités si différentes que chacun s'y retrouve sans parler de la même chose. L'auteur rappelle qu'il vient de la physique des matériaux et que, pour Serge Tisseron, il vaut mieux parler de « résiliences » au pluriel. Son apport est de montrer qu'être « résilient » peut aussi masquer une blessure restée active : on avance, mais en mettant le traumatisme en attente.
Il propose alors de parler de « résiliance », écrit avec un a, pour désigner un véritable processus de réaménagement psychique, vivant et progressif. Guérir, dans cette perspective, c'est se retrouver soi-même, se resituer dans son histoire et recouvrer son élan. Le magazine décrit sept étapes de ce cheminement, de l'onde de choc jusqu'à la période de deuil, et présente le principe d'intégrité que l'auteur a formulé.
Que change cette distinction pour les enfants ?
C'est la conclusion la plus concrète de l'article. Plutôt que de demander à nos enfants d'être durs et forts, l'auteur propose de les aider à devenir des personnes sensibles, capables de s'ajuster aux circonstances et de s'exprimer avec facilité. Il rappelle que les personnes « hautement sensibles », qui représenteraient près d'un tiers de la population, sont particulièrement réceptives à la qualité de leur environnement, et que cette sensibilité est vive chez les enfants.
« Rien ne sert d'être "résilient", il vaut mieux accueillir ce qui est, parler de ce que l'on ressent de façon sincère, et se faire aider ou accompagner en cas de coup dur […]. »
La qualité des relations reste, pour l'auteur, le meilleur appui de notre équilibre. Un message qui parle autant aux parents qu'aux enseignants.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le déni ?
Un mécanisme de défense, le plus souvent inconscient, qui consiste à refuser une réalité trop douloureuse. Il peut être provisoire et protecteur, mais il finit par peser s'il dure.
La résilience, est-ce la même chose que la guérison ?
Pas forcément, selon Saverio Tomasella. On peut sembler avoir rebondi tout en gardant une blessure active. Guérir suppose d'accueillir la réalité et de passer par un deuil.
Faut-il demander à un enfant d'être fort ?
L'auteur invite plutôt à l'aider à s'exprimer et à s'ajuster aux circonstances, en s'appuyant sur la qualité des relations.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les sept étapes de la guérison d'un traumatisme, de l'onde de choc à la période de deuil.
- Les trois idéalisations qui expliquent le succès du mot « résilience ».
- Le principe d'intégrité formulé par l'auteur, et ce qu'il change à la manière de soigner.
- Les repères pour identifier et dépasser le déni.
