Pourquoi faire rencontrer l'art aux élèves ? Le regard de Julie Deborde
Que gagne un élève à rencontrer l'art et à le pratiquer ? Dans le n°15 d'Innovation en Éducation, la professeure des écoles Julie Deborde parle de sensible, de rencontre et de créativité.
Tiré du magazine · n°15Peuvent-ils encore changer le monde ?
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Il y a dans l'art, écrit Julie Deborde, quelque chose d'universel qui nous fait nous sentir reliés, d'où que l'on vienne. Professeure des écoles, elle a consacré ses travaux de fin d'études aux pratiques artistiques : leur place dans la prise en charge de l'échec scolaire, et le développement de la créativité chez de très jeunes élèves. Dans le n°15 d'Innovation en Éducation, elle plaide pour reconnecter les enfants à cette dimension sensible.
Son idée centrale : l'art s'aborde de deux façons qui se complètent, la rencontre et la pratique. Pour elle, l'art est d'abord un processus, celui de la création, avant d'être un produit fini. Face à une œuvre, dit-elle, il se passe quelque chose de presque méditatif : on ne voit plus, on regarde ; on n'entend plus, on écoute.
Pourquoi la rencontre avec l'art compte-t-elle ?
Parce qu'elle ne va pas de soi. Cette rencontre, avec un artiste ou avec une œuvre, n'est pas innée : elle s'initie, le regard s'entraîne, la posture s'apprivoise. L'autrice parle d'« éduquer à recevoir ». Les enjeux sont à la fois éducatifs et sociétaux : s'ouvrir à ce que l'on ne connaît pas, c'est une forme d'apprentissage du vivre-ensemble. On se confronte aussi à des questions de société, ce qui est une éducation à la pensée. Et surtout, on affine son goût, on affirme sa singularité, on découvre des émotions parfois puissantes que l'on s'entraîne à réguler et à exprimer.
« Rencontrer l'Art, c'est apprendre nombre de choses sur nous, en tant que société, et le pratiquer c'est pouvoir dire quantité de choses sur soi, en tant que personne. »
Comment faire entrer l'art à l'école ?
L'autrice insiste sur un premier élément : être confrontés au « vrai », de vraies œuvres, de vrais artistes. Elle cite deux dispositifs, « Un artiste à l'école », qui permet depuis 2012 à des artistes de retourner dans leur ancien établissement, et « Création en cours », qui favorise le contact entre artistes et élèves. Quand l'artiste ne peut pas venir, on peut sortir de l'école et aller vers les lieux culturels, dont la plupart proposent visites, projets ou ateliers.
Elle ajoute une nuance d'enseignante à enseignants : accepter la déstabilisation que ces rencontres créent, en lâchant prise sur ce que l'on aime généralement contrôler. Ce sont souvent des espaces hors du temps où les codes de l'école sont bousculés, et c'est ce qui fait leur force.
Et la pratique, que change-t-elle ?
Pratiquer, c'est développer sa créativité, que l'autrice définit comme la capacité à produire des réalisations à la fois nouvelles et adaptées aux contraintes de la situation. En mobilisant toute la sphère sensible et émotionnelle, la pratique engendrerait chez l'enfant une forme d'ouverture, d'accomplissement et de liberté d'esprit.
« L'espace créé par la pratique est un lieu ouvert, sans menace où tout est accueillable. »
Pour la favoriser en classe, ses recherches ont mis en lumière plusieurs points : le choix des outils et des supports, qui varie selon l'âge, la manière de poser le problème donné aux élèves, et l'importance de nourrir leur inspiration. Elle observe par exemple qu'une pratique entièrement libre engage souvent peu l'élève dans la réflexion, et qu'une consigne bien pensée peut stimuler davantage les idées. Le magazine détaille ces trois leviers.
L'article s'adresse aux enseignants, mais l'idée parle aussi aux parents : une sortie, même dans le petit parc au bout de la rue, peut nourrir l'inspiration d'un enfant.
Questions fréquentes
L'éducation artistique est-elle réservée aux écoles qui ont des moyens ?
Non. L'autrice cite des dispositifs nationaux, mais précise que des projets de plus petite ampleur sont aussi de vraies richesses, et que l'on peut stimuler l'inspiration des élèves avec des livres, des affichages ou une sortie dans un parc.
Faut-il laisser les élèves entièrement libres pour qu'ils soient créatifs ?
Pas nécessairement. Selon ses recherches, une pratique complètement libre engage souvent peu l'élève dans la réflexion. Elle préfère une incitation bien pensée qui stimule les idées.
Que gagnent les enfants à rencontrer l'art ?
L'autrice évoque l'ouverture au monde, l'éducation à la pensée, la régulation et l'expression des émotions, et l'affirmation de sa singularité.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les enjeux éducatifs, sociétaux et sensibles de la rencontre avec l'art.
- Les dispositifs qui permettent d'inviter des artistes à l'école et d'organiser des sorties.
- La définition de la créativité et les trois leviers pour la favoriser en classe.
- Les conseils adaptés à l'âge des élèves.
