Qu'est-ce que le Jeu de Peindre d'Arno Stern, et que fait-on d'un dessin d'enfant ?
Un enfant dessine, et l'adulte se demande aussitôt ce que cela veut dire. À 97 ans, Arno Stern explique dans le n°4 d'Innovation en Éducation pourquoi il a toujours refusé d'interpréter.
Tiré du magazine · n°4En finir avec les mauvaises habitudes !
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Pendant plus de cinquante ans, Arno Stern a contribué à changer le regard de la société sur l'enfant. Il est l'inventeur du Jeu de Peindre, du Closlieu et des notions d'Éducation Créatrice et de Formulation. À 97 ans, il répond aux questions du n°4 d'Innovation en Éducation, et son propos tient dans une conviction : pour qu'un enfant puisse s'exprimer, il faut d'abord ne rien lui demander.
Comment est né le Jeu de Peindre ?
D'une situation inattendue. Après la guerre, Arno Stern est engagé dans un foyer qui accueille des orphelins, près de Paris, pour occuper les enfants. Il n'y a presque rien, alors il trouve des bouts de crayons et du papier de récupération. Le directeur, un psychologue, mène une étude et lui demande de faire dessiner trois sujets : « moi », « moi et ma famille » et un dessin libre. C'est dans ces dessins libres qu'il repère une richesse et une originalité particulières.
Il en tire une règle : ne jamais donner de sujet. Imposer un thème, c'est obtenir la réponse à un devoir, pas la trace de l'enfant. Il refuse aussi d'interpréter. Au 19e siècle, explique-t-il, des gens se sont intéressés aux dessins d'enfants, mais en voulant leur chercher une signification, ils se sont égarés dans le labyrinthe des interprétations. Lui ne s'est pas demandé ce qui motivait la trace, mais ce qui la caractérisait.
« Je n'ai jamais cherché à interpréter un dessin. »
Le Jeu de Peindre développe-t-il la créativité ?
La réponse surprend : Arno Stern ne parle pas de créativité. Pour lui, on ne la développe pas, on la rend possible, en créant des conditions où l'enfant est à l'abri de toute influence.
« On ne la développe pas, on la permet. »
Ces conditions sont celles d'un lieu aménagé, le Closlieu, où chacun peint sans être jugé ni commenté. Il distingue deux sortes de traces : celle de l'art, qui s'adresse à des spectateurs, et celle qui naît dans le Closlieu, qui ne s'adresse à personne et dont la seule raison d'être est de se produire. C'est pourquoi il parle de Jeu de Peindre, un jeu, et non d'art de peindre.
Et à la maison, que peut faire un parent ?
L'entretien contient des conseils simples. Le dessin est une bonne habitude, qui demande peu de moyens et, surtout, la présence attentive de l'adulte, sans suggestion ni appréciation. Le magazine précise comment conserver les dessins, et ce qui distingue une trace d'une œuvre que l'on expose et commente. Arno Stern précise que le Jeu de Peindre n'est pas une thérapie, mais qu'il fait partie de l'hygiène de vie.
Qu'appelle-t-il la Formulation ?
Arno Stern distingue deux mémoires. La souvenance enregistre les faits que nous avons vécus enfants et que nous pouvons raconter ou représenter, mais sa portée est limitée : tout ce qui précède l'âge de deux ans environ s'est évaporé. À côté, il parle d'une mémoire organique, qui aurait enregistré tout ce qui nous concerne depuis le premier moment de notre existence.
La Formulation est, selon lui, l'expression de ces enregistrements. Il s'agit d'un concept qui lui est propre, que l'entretien présente tel qu'il le formule, et sur lequel chacun se fera sa propre idée. Ce qu'on peut retenir sans trancher, c'est le geste concret qui en découle : laisser un enfant tracer sans lui demander d'expliquer, et sans attendre de lui un résultat à montrer.
Peut-on l'importer à l'école ?
L'auteur cite l'exemple d'une école en Italie qui a aménagé un Closlieu. Les élèves y viennent une fois par semaine, en demi-classes, et il raconte que l'esprit de l'école en aurait été changé. C'est son témoignage, et chacun jugera de ce qu'il en retire pour sa classe. Le magazine développe aussi la notion de Formulation, dont l'auteur donne la définition, et la formation des praticiens.
Pour prolonger, le n°5 a donné la parole à André Stern, qui dirige l'Institut Arno Stern : le « port d'attache » et l'enthousiasme de l'enfant.
Questions fréquentes
Faut-il interpréter les dessins de son enfant ?
Non, répond Arno Stern : il ne s'est jamais demandé ce qu'un dessin signifiait, mais ce qui le caractérisait. Il suggère une présence attentive, sans appréciation.
Que dire quand un enfant montre son dessin ?
L'entretien invite à ne pas le traiter comme une œuvre exposée ou commentée, mais comme la trace d'un moment vécu, un jeu sans « produit ».
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le récit détaillé des débuts d'Arno Stern auprès des orphelins de guerre.
- La distinction entre trace-communication et trace-expression.
- L'explication de la Formulation et de la mémoire organique.
- Les conseils pour dessiner à la maison et conserver les dessins.
- L'exemple de l'école italienne et la formation des praticiens.
