Comment apprendre l'anglais autrement, avec ses cinq sens ?
Et si l'on apprenait une langue étrangère comme un bébé apprend la sienne ? Dans le n°14 d'Innovation en Éducation, Tanya De Ruig fait voyager des élèves de primaire jusqu'en Afrique du Sud sans quitter la classe.
Tiré du magazine · n°14L'action, meilleure alliée du cerveau
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Beaucoup d'élèves français gardent un rapport compliqué à l'anglais : on commence par les règles, la grammaire, et l'on se dit vite que c'est trop difficile ou que l'on n'aura jamais le bon accent. Tanya De Ruig, professeure d'anglais d'origine sud-africaine installée à Montpellier, propose d'inverser le chemin. Le n°14 d'Innovation en Éducation la suit dans une classe de primaire, aux côtés de l'enseignante qui l'invite.
D'où vient cette façon d'enseigner ?
Tanya De Ruig arrive en France en 2015 avec sa famille. Ses deux jeunes enfants, anglophones, ne parlent pas un mot de français et entrent à l'école du quartier. Lorsque la plus jeune peine, elle retrouve ses réflexes de professeure formée aux langues et aux arts : à la maison, on écrit la dictée à la craie sur le mur du jardin ou à la peinture sur des feuilles. Cela l'aide beaucoup à apprendre.
Elle y voit une méthode qu'elle pratiquait déjà dans son pays, où elle mélangeait art et anglais, et qui s'inspirait d'une professeure de français qui apprenait la langue avec une guitare et des chansons. Aujourd'hui assistante d'anglais en école primaire, elle propose de réconcilier les élèves français avec cette langue.
Pourquoi apprendre « comme un bébé » ?
Parce que nous avons tous appris notre langue maternelle sans écrire, sans lire et sans école, explique-t-elle. Un bébé n'a pas besoin de parler ni de répéter : il écoute les adultes et observe leurs actions.
« Le secret quand on est enfant ou même adulte, c'est d'apprendre une langue comme un bébé : il n'a pas besoin de parler ou de répéter, il écoute juste les adultes autour de lui et il observe leurs actions. »
Elle ne rejette pas pour autant la grammaire ni l'écriture : elles viennent plus tard, comme la lecture vient après l'écoute chez l'enfant qui grandit. Et il faut du temps. Selon elle, apprendre une langue demande au minimum deux ans, comme pour un enfant, en mobilisant tous les sens.
Que fait-on concrètement en séance ?
On sort feuilles, ciseaux, peinture, et l'on fabrique. L'exemple du magazine est celui d'un voyage en Afrique du Sud : les élèves découpent des billets d'avion et des passeports, et la classe est réorganisée en cabine d'avion. À chaque étape du jeu de rôle, des mots simples sont utilisés et des questions répétées : on joue avant d'apprendre, et l'on fait les deux à la fois. Une fois « atterris », les élèves vont au restaurant, découvrent le nom des aliments et fabriquent leurs billets pour payer l'addition, ce qui fait un peu de maths en passant.
L'idée est que n'importe quel thème peut devenir une occasion de créer et d'imaginer, à travers des situations de la vie réelle. Le magazine décrit d'autres pistes, ainsi que des adresses de ressources gratuites et payantes pour ne pas partir de zéro.
Quel regard porte l'enseignante qui l'accueille ?
Ophélie Biaut, professeure des écoles à Montpellier, fait intervenir Tanya De Ruig deux fois par mois. Elle raconte le démarrage : des élèves un peu perturbés, puis qui jouent le jeu, parce que le « passeport » revient tout au long de l'année. La difficulté, dit-elle, est de cadrer pour qu'ils restent dans l'équilibre entre le plaisir de s'amuser et la posture d'élève qui réalise le travail demandé.
Au bout de six mois, elle observe des élèves qui participent beaucoup plus en anglais, des oreilles mieux entraînées et, pour certains élèves au niveau scolaire fragile, une vraie affection pour la langue, et plus de confiance en eux. Elle avoue aussi qu'elle était réticente à l'idée d'apporter trop de jeux en classe, avant de choisir de lâcher prise.
« Comme un bébé, je pense qu'il faut apprendre une langue avec tous les sens : voir, écouter, sentir, goûter, toucher. »
Et si l'on n'est pas « créatif » ?
Tanya De Ruig reconnaît que la tâche peut sembler ardue : tout le monde n'est pas à l'aise en arts plastiques, et les niveaux sont variés. Elle estime que le plus difficile est de s'y mettre, et que cela devient plus facile avec le temps. Beaucoup d'enseignants et de parents partagent leurs idées en ligne, ce qui évite de tout inventer.
Questions fréquentes
Peut-on vraiment apprendre une langue sans commencer par la grammaire ?
C'est la proposition de Tanya De Ruig : écouter, observer, jouer d'abord, puis lire et écrire, comme le fait un enfant avec sa langue maternelle. Elle précise que la grammaire vient plus tard.
Faut-il être doué en arts plastiques pour enseigner ainsi ?
Non. L'article rappelle que de nombreux enseignants et parents partagent gratuitement des supports en ligne.
Quels résultats observe l'enseignante qui l'accueille ?
Des élèves plus actifs à l'oral, une meilleure compréhension des consignes en anglais et, pour certains, plus de confiance en eux.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le parcours de Tanya De Ruig, de l'Afrique du Sud à Montpellier.
- L'exemple complet du voyage en avion, avec les étapes du jeu de rôle.
- Les adresses de ressources en ligne, gratuites et payantes, pour trouver des supports.
- Les quatre questions à Ophélie Biaut, professeure des écoles.
