Remplacer une partie du cours par une capsule vidéo : l'expérience de Gabriel Maës
Filmer ses explications pour libérer du temps en classe : l'idée de Gabriel Maës, formateur d'enseignants, repose sur une expérience qu'il a menée lui-même. Il la raconte dans le n°11 d'Innovation en Éducation.
Et si l'on filmait une partie de son cours pour passer plus de temps avec les élèves ? C'est ce que fait Gabriel Maës, qui a enseigné treize ans dans le secondaire et à l'Université de Polynésie française, puis est devenu formateur d'enseignants et responsable pédagogique du diplôme universitaire « Usages du numérique en éducation » à l'Institut catholique de Paris. Dans le n°11 d'Innovation en Éducation, il raconte l'expérience qui a fondé sa conviction. Elle est celle d'un praticien, et le magazine la présente comme telle.
Pourquoi un enseignant s'est-il mis à filmer ses explications ?
Gabriel Maës constate que depuis l'arrivée d'Instagram puis de TikTok, les résultats de ses élèves sur des évaluations identiques ont fortement baissé. Il l'attribue à un cerveau habitué au zapping, appuyé sur des formations en neurosciences. D'où sa réflexion : puisque l'attention des élèves est plus courte, autant adapter la manière de transmettre.
« Le cerveau des élèves a été conditionné au zapping, ce qui explique qu'ils ne peuvent se concentrer que quelques secondes d'affilée, quelques minutes si on a de la chance. »
Qu'a-t-il testé exactement ?
Il a filmé ses explications et consignes pendant sept ou huit minutes, puis il a retiré les blancs et les temps d'attente, ajouté quelques visuels et une musique. La vidéo durait en général la moitié du temps réel. Certains groupes ont eu le cours en direct, d'autres la capsule, avec exactement les mêmes explications. Tous devaient ensuite retranscrire à l'écrit ce qu'ils avaient compris.
Ses résultats : moins de 30 % de retranscriptions satisfaisantes après le cours en direct, souvent plus de 60 % après la capsule. Il y voit un avantage pour les élèves, qui peuvent revoir la vidéo, et pour l'enseignant, qui n'explique qu'une fois lorsqu'il accueille plusieurs groupes du même niveau.
Gabriel Maës insiste cependant sur une limite : la vidéo est une composante du cours, pour la phase explicative, elle ne remplace pas la présence de l'enseignant, indispensable pour poser les bonnes questions.
Qu'est-ce qui change dans le rôle de l'enseignant ?
L'interview va plus loin que la technique. Gabriel Maës raconte qu'il croyait, en début de carrière, qu'un bon enseignant est celui qui dépense le plus d'énergie, et qu'il considère aujourd'hui cette idée comme l'une de ses grandes erreurs : ce que l'on attend d'un enseignant, dit-il, c'est de faire acquérir des compétences, pas de s'épuiser.
C'est le triangle pédagogique de Jean Houssaye qui lui a fait changer de regard. Le magazine l'explique dans un encadré, et l'enseignant raconte comment il répartit désormais son temps de cours entre ces situations, ainsi que l'organisation de sa classe en îlots.
Et le temps de préparation ?
Il le chiffre : une capsule de cinq minutes demande, selon l'aisance de chacun, de quinze minutes à quelques heures. Il estime que moins d'une semaine d'entraînement suffit pour maîtriser les bases du montage. Le gain de temps se mesure à moyen terme, plus vite quand on a plusieurs classes du même niveau, et son message aux collègues est simple.
« Osez tester ! Vous risquez quoi ? »
Pour qui souhaite aller plus loin, une autre page du numéro propose, pour les élèves cette fois, des tutoriels adaptés aux enfants créés par le vidéaste Martin Meissonnier : raconter une histoire, soigner les images, mener et préparer une interview.
Questions fréquentes
La vidéo peut-elle remplacer l'enseignant ?
Non, selon Gabriel Maës. Elle sert à la phase explicative, mais la présence de l'enseignant reste indispensable pour répondre aux questions et favoriser la réflexion.
Faut-il du matériel coûteux pour se lancer ?
Pas forcément : un encadré du magazine indique les priorités à avoir pour une bonne vidéo, et précise qu'un bon smartphone peut suffire.
Les parents peuvent-ils s'inspirer de cette approche ?
L'enseignant les invite à utiliser le numérique comme un outil pour aider leurs enfants à apprendre, plutôt que de lutter contre lui.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le détail de l'expérience : comment les capsules ont été montées et comment les résultats ont été comparés.
- L'encadré « Quel équipement pour commencer ? », avec quatre priorités classées.
- Le triangle pédagogique de Jean Houssaye, expliqué avec ses trois situations d'apprentissage.
- La répartition du temps de cours et l'organisation de la classe en îlots, avec le contrat passé avec les élèves.
- Les six bénéfices des outils numériques pour les élèves, dans un encadré.
- Les quatre tutoriels vidéo pour enfants de Martin Meissonnier (page « Vidéastes en herbe »).
N°11
n°11 · Reprendre le contrôle des écrans
Ce numéro n'est pas en vente en ce moment.
Avec l'abonnement, chaque nouveau numéro arrive chez vous, sans engagement.
