Qu'est-ce que la violence éducative ordinaire, et comment en sortir ?
Interdite en France depuis juillet 2019, la violence éducative ordinaire est-elle pour autant sortie des pratiques ? Dans le n°13, Marine Luchini, professeure des écoles, en donne la définition et les pistes pour la bannir.
Tiré du magazine · n°13Suis-je parfois un parent "toxique" ?
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« C'est pour ton bien. » Qui n'a pas entendu cette phrase, ou ne l'a pas prononcée ? Marine Luchini, professeure des écoles depuis plus de dix ans et engagée dans la lutte contre les violences éducatives ordinaires (VEO), s'en sert comme point de départ. Elle rappelle que, depuis juillet 2019, le Code civil précise que l'autorité parentale s'exerce sans violence physique et psychologique, quarante ans après la Suède, premier pays à l'avoir interdite. La question est alors : les pratiques ont-elles vraiment changé ?
Elle dit avoir écrit aussi pour un élève de dix ans qui racontait, devant toute sa classe, avec une banalité déconcertante, que son père lui donnait des coups de chaise pour se faire comprendre. Son article, publié dans le n°13 d'Innovation en Éducation, s'adresse à tous les adultes en contact avec des enfants : parents, enseignants, éducateurs.
Que recouvre exactement la VEO ?
Il n'existe pas de définition juridique claire, mais l'association OVEO, que cite l'autrice, parle plutôt de violence au singulier : elle reflète un seul principe, la domination de l'adulte sur l'enfant. Elle est dite ordinaire dès lors que son usage est considéré comme normal, par celui qui l'exerce, par celui qui la subit et par ceux qui en sont témoins. Elle se définit comme l'ensemble des pratiques coercitives et punitives utilisées, tolérées ou recommandées dans une société pour « éduquer » les enfants.
Elle est souvent invisible, parce qu'elle se déploie à l'abri des regards, et elle n'est pas l'exclusivité des parents : certains professionnels de l'enfance y ont recours. Le magazine en dresse la liste, des violences verbales et psychologiques aux violences physiques.
« En France, on estime aujourd'hui que 85 % des enfants subissent quotidiennement une forme de violence éducative. »
C'est un chiffre qu'avance l'autrice, à lire comme tel : il témoigne de la banalisation de ces pratiques plutôt que d'un décompte précis.
L'autrice pose enfin une question qui dérange : jusqu'où peuvent aller l'obéissance aux adultes et la docilité des plus jeunes, quand on banalise ainsi cette domination ?
D'où vient-elle ?
L'article explore deux sources. Collectivement, il évoque une culture de la hiérarchie et un « droit de correction » souvent invoqué. Individuellement, il évoque le stress quotidien, une méconnaissance du développement de l'enfant, la peur de l'« enfant roi » ou la reproduction d'un schéma familial, parfois par loyauté, comme une preuve d'amour. Cette idée rejoint ce que raconte un autre article du blog sur la manière d'en sortir sans culpabiliser.
Comment en sortir ?
L'autrice avance sur deux plans, personnel et collectif, et prend soin de ne pas culpabiliser, en citant Isabelle Filliozat : « il n'y a pas de parents parfaits ». À titre personnel, il s'agit de se questionner, de ne pas rester seul, de comprendre que l'enfant n'agit pas contre l'adulte mais pour lui-même, et d'accepter son immaturité émotionnelle : le cerveau n'est mature qu'à 25 ans, et en attendant, il faut expliquer, montrer, expliquer encore. Elle rappelle ce que les violences provoquent : l'enfant s'arrête non parce qu'il a compris, mais parce que le stress le sidère.
Elle propose aussi plusieurs façons d'agir quand on est témoin d'une scène de violence envers un enfant, de l'empathie portée aux deux côtés jusqu'à la sensibilisation. Le magazine en donne la liste complète, avec les ressources utiles, dont un numéro d'écoute.
« La sécurité physique, affective et psychologique de l'enfant n'est pas négociable ! »
Quelles conséquences pour l'enfant ?
Pour l'autrice, les effets sont connus et identifiés : stress, impact sur l'estime de soi, troubles du comportement, troubles anxio-dépressifs, perturbation du développement cérébral. Elle parle d'une urgence de santé publique, et rappelle que la Convention internationale des droits de l'enfant fixe des limites à l'autoritarisme des adultes. Son texte se termine par une série de questions qui invitent chacun à faire sa part.
Questions fréquentes
La fessée est-elle interdite en France ?
Oui, depuis juillet 2019 : le Code civil précise que l'autorité parentale s'exerce sans violence physique et psychologique. Marine Luchini souligne que l'enjeu est désormais de faire évoluer les pratiques.
Que faire quand on a déjà crié ou frappé ?
L'autrice insiste : il n'y a pas de parents parfaits, et il ne s'agit pas de culpabiliser. Elle propose un chemin personnel, long mais nécessaire : se questionner, ne pas rester seul, se faire aider.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La définition de la VEO selon l'OVEO, et la liste des pratiques qu'elle recouvre.
- Les sources de la VEO, sociales et personnelles, avec les phrases typiques.
- Les pistes d'action personnelles et collectives, et les gestes à avoir face à une scène de violence.
- Les conséquences à court et long terme décrites par l'autrice.
- Les ressources : sites, livres, film et numéro d'écoute.
