Violences éducatives ordinaires : comment en sortir sans culpabiliser ?
Elles sont si répandues qu'on les remarque à peine. Dans le n°17 d'Innovation en Éducation, des professionnels de la petite enfance expliquent comment en sortir en cherchant à comprendre plutôt qu'à accabler.
Tiré du magazine · n°17L'éducation et ses tabous
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On les appelle « ordinaires » parce qu'elles font partie du paysage éducatif depuis longtemps : cris, menaces, humiliations, claques, privations. Les violences éducatives ordinaires, ou VEO, sont reconnues comme nocives par la recherche et par la loi. Mais les professionnels de la petite enfance réunis dans le n°17 d'Innovation en Éducation insistent sur un point : pour les faire reculer, comprendre vaut mieux qu'accabler.
La rubrique est portée par l'association Ensemble pour la Petite Enfance. Trois de ses déléguées régionales, enseignante spécialisée, éducatrice de jeunes enfants et infirmière puéricultrice, livrent leur expérience, suivies par la pédiatre Edwige Antier, à l'origine de la proposition de loi de 2010 contre les châtiments corporels.
Pourquoi les 1000 premiers jours sont-ils si sensibles ?
Le bébé est très immature sur le plan psychomoteur et émotionnel. Il dépend entièrement de l'adulte, et ses besoins ne peuvent être ni différés ni raisonnés. Il est surtout sensible à l'intention que porte le langage, avant même le sens des mots. Un comportement insécurisant de l'adulte pèse donc sur la construction du lien d'attachement.
L'article apporte une nuance qui rassure : au cours des 1000 premiers jours, l'enfant est aussi très résilient. Ce sont la répétition et la continuité des pratiques qui font durer les conséquences, bien plus qu'un moment isolé.
Comment arrêter sans se juger ?
C'est le cœur des témoignages. Catherine Hardy-Mallet, infirmière puéricultrice et ancienne directrice de crèche, décrit deux manières de réagir face à une VEO observée chez un parent ou un professionnel. La première consiste à poser l'interdit et à écarter la personne en cause, au risque de créer une rupture pour l'enfant, dont ces gestes sont parfois les repères depuis la naissance. La seconde consiste à comprendre la motivation de l'adulte, pour que le changement vienne de lui.
Les intervenantes soulignent que le savoir seul ne suffit pas : malgré l'information, les VEO perdurent. Il faut aussi prendre conscience de ses gestes, questionner leur origine et leur utilité. Sandrine Martin, consultante en périnatalité, observe que beaucoup de parents constatent un décalage entre ce qu'ils aimeraient être et ce qu'ils font, parce que des mémoires émotionnelles ressurgissent à la naissance. Se distancier de sa propre éducation, dit-elle, est un pas en avant.
« Ce qu'on ne ferait pas à un adulte, on ne le fait pas à un enfant. »
L'éducatrice Laura Sainte-Rose en fait un principe de départ : voir l'enfant comme une personne, avec ses besoins et ses comportements, évite d'être coercitif. Elle prend un exemple qui parle à beaucoup de parents : faut-il laisser pleurer un bébé ? La première étape qu'elle propose est de reconnaître son besoin pour le sécuriser, en jugeant la situation de son point de vue à lui plutôt que de celui de l'adulte.
Les professionnels aussi y sont exposés ?
Oui, et l'article ne l'esquive pas. Dans les structures d'accueil, certains gestes deviennent des « douces violences », contraints par le manque de temps et par la routine des actions. Les professionnels sont eux-mêmes exposés au risque de se sentir jugés quand un collègue lance l'alerte. L'article insiste sur le fait qu'une pratique prescrite à une époque peut devenir une VEO à mesure que les connaissances progressent. Ce qui était jugé acceptable ne l'est plus, sans que cela fasse de ceux qui l'ont pratiqué des personnes malveillantes.
« L'éducation évolue en même temps que le savoir ! »
Que dit la loi, et que disent les neurosciences ?
La pédiatre Edwige Antier ouvre un autre angle. Après des années d'observation clinique, elle rappelle que la loi qui interdit les châtiments corporels a été votée à l'unanimité, après neuf ans de démarches. Elle évoque aussi les travaux en neurosciences qui montrent les effets des coups, des cris et des propos dévalorisants sur les zones du cerveau liées à l'émotion, à la mémoire et à l'empathie. Elle décrit enfin, avec des mots forts, l'impact psychologique de la « petite fessée » sur l'estime de soi.
Ce regard médical est complémentaire de celui des professionnels de terrain. Il rappelle aussi un facteur de protection que l'article met en avant : l'enfant d'aujourd'hui connaît la loi, et savoir qu'elle interdit de le frapper l'aide à se construire.
« Savoir que la loi interdit de me frapper est le premier facteur de résilience pour un enfant ! »
Cet article n'a pas pour but de désigner des coupables. Il propose de repérer ce qui se transmet d'une génération à l'autre et de se donner les moyens, seul ou avec l'aide d'un professionnel, de choisir autre chose.
Questions fréquentes
Qu'appelle-t-on violences éducatives ordinaires ?
Les VEO regroupent les gestes et paroles utilisés pour éduquer qui blessent l'enfant physiquement ou psychologiquement : cris, menaces, humiliations, claques, privations. Elles peuvent être flagrantes ou subtiles.
Un parent qui a crié ou puni durement est-il un mauvais parent ?
Les professionnels interrogés refusent cette lecture. Ils invitent à comprendre ce qui a poussé l'adulte à agir ainsi et à lui offrir un accompagnement, plutôt qu'à le condamner.
Peut-on se faire aider pour changer ses réflexes ?
Oui. Plusieurs intervenantes accompagnent les parents sur ce point, notamment en périnatalité. Le magazine indique aussi des ressources complémentaires.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les trois témoignages de professionnelles de la petite enfance, avec leur parcours et leurs pratiques.
- Le raisonnement sur la balance bénéfice-risque d'un geste que l'enfant n'apprécie pas.
- Les pistes pour accompagner une équipe de crèche vers plus de bientraitance.
- La tribune d'Edwige Antier sur la loi, les neurosciences et la « petite fessée ».
- L'encart pratique à l'attention des professionnels et les ressources en ligne signalées.
