Punitions et récompenses : que se passe-t-il dans le cerveau de l'enfant ?
La punition et la carotte font partie des outils que beaucoup d'entre nous ont reçus en héritage. Une psychothérapeute formée à la communication non violente explique ce qu'ils déclenchent chez l'enfant, et propose quelques pistes pour en sortir sans culpabiliser.
Tiré du magazine · n°8Maitriser la "neuroéducation"
Voir ce numéro
Quand un enfant est puni, son cerveau bascule en mode survie : les hormones du stress se libèrent et les zones qui permettent de réfléchir et de prendre du recul sont mises en veille. La punition l'empêche donc, sur le moment, de comprendre ce qu'on attend de lui. La récompense, de son côté, l'habitue à agir pour obtenir quelque chose de l'extérieur. C'est l'analyse de la psychothérapeute Myriam Perrozet, qui invite les parents à observer ces réflexes plutôt qu'à s'en vouloir de les avoir.
Thérapeute et formatrice, Myriam Perrozet s'est formée à plusieurs approches de l'accompagnement, dont la communication non violente qu'elle pratique depuis 2015. Dans le n°8 d'Innovation en Éducation, elle signe un article au titre direct : « Sortir du système punitions/récompenses ».
Pourquoi punit-on et récompense-t-on ?
L'autrice part de l'enfance. Le nouveau-né comprend vite que sa survie dépend des adultes qui l'entourent, et il apprend à se conformer à ce qu'on attend de lui : s'il y répond, il est récompensé ; sinon, il risque d'être puni. Ce mode d'éducation s'est transmis sur des générations, et c'est ce qui le rend si difficile à quitter. Les parents qui cherchent aujourd'hui à faire autrement se heurtent moins à un manque de volonté qu'à la force des habitudes reçues.
Myriam Perrozet appelle « système punitif » le fait de faire souffrir quelqu'un parce qu'il ne suit pas une norme ou ne répond pas au besoin d'un autre. Elle en dresse une liste large, qui va bien au-delà de la fessée : critiques, menaces, chantage, mise à l'écart, étiquettes, privations.
Qu'est-ce que le « juge intérieur » ?
C'est l'un des apports les plus parlants de l'article. Devenu adulte, l'enfant puni n'a pas seulement tendance à reproduire ce schéma avec les autres : il le retourne contre lui-même. Les autorités extérieures deviennent des petites voix intérieures, faites de « tu dois » et de « il faut », qui peuvent peser lourd sur la joie de vivre. L'autrice y voit une contradiction profonde avec notre nature.
« L'être humain aime avant tout contribuer aux autres et prendre soin de ses semblables. »
Que se passe-t-il dans le cerveau d'un enfant puni ?
Choc, peur, colère, tristesse : selon l'intensité de la punition, l'enfant est traversé d'émotions fortes. Son cerveau passe en mode archaïque, celui de la survie, et le cortex préfrontal (siège de la réflexion, de l'analyse et des choix) n'a plus la main. Autrement dit, l'enfant puni est, à cet instant, le moins disponible pour tirer une leçon de ce qui s'est passé.
L'article replace ce constat dans la logique de la plasticité cérébrale, documentée notamment par le neuroscientifique Michael Merzenich : les réseaux de neurones se façonnent selon les expériences vécues, surtout avant deux ans. Un environnement chaleureux développe les zones liées à l'empathie ; un environnement violent renforce celles qui gèrent la menace. Myriam Perrozet s'appuie ensuite sur des travaux relayés par la pédiatre Catherine Gueguen, qui portent sur les effets de la maltraitance et des violences verbales ou physiques sur le cerveau. Le détail de ces études est dans le magazine.
Et les récompenses, alors ?
C'est la partie la plus inattendue pour bien des parents. Une console promise pour un bon bulletin, la télévision contre une chambre rangée, une histoire du soir en échange des dents brossées : ces petits marchés font partie du quotidien de beaucoup de familles. Pour l'autrice, ils fonctionnent comme la punition, mais à l'envers. L'enfant apprend à répondre aux attentes des autres, au risque de perdre le contact avec ses propres besoins et, plus tard, d'attendre de l'extérieur la permission ou la reconnaissance pour agir.
Sur ce point, d'autres articles du même numéro adoptent un ton plus graduel. La neuropsychologue Antoinette Raucent, dans ses conseils pour les devoirs, reconnaît qu'il est tentant de motiver par l'extérieur et invite surtout à aider l'enfant à trouver une motivation qui lui appartienne. Les deux regards se rejoignent sur l'essentiel : ce qui dure, c'est le plaisir d'apprendre et le sentiment de compétence.
Comment sortir de ce fonctionnement ?
Myriam Perrozet ne propose pas de méthode miracle, et elle commence par le parent lui-même. Premier conseil : s'observer, et accueillir ses propres émotions avec bienveillance. Le deuxième consiste à dire honnêtement à son enfant que l'on cherche à bien faire, tout en reconnaissant ses limites ; la communication non violente peut y aider. L'article détaille ensuite les questions à se poser avant de réagir, et le moment où un accompagnement extérieur devient utile.
Questions fréquentes
Pourquoi la punition n'aide-t-elle pas l'enfant à comprendre ?
Selon Myriam Perrozet, la punition déclenche une réaction de stress qui met en veille le cortex préfrontal, la zone de la réflexion et de la prise de recul. L'enfant se protège au lieu d'analyser ce qui s'est passé.
Les récompenses sont-elles un problème ?
Pour l'autrice, elles habituent l'enfant à agir pour obtenir quelque chose de l'extérieur, ce qui peut l'éloigner de ses propres besoins et de son élan. D'autres spécialistes du numéro préfèrent parler d'un équilibre à trouver, en cherchant d'abord ce qui motive l'enfant de l'intérieur.
Par où commencer pour faire autrement ?
Par soi-même : observer ses réactions, accueillir ses émotions sans se juger, et dire à son enfant que l'on cherche à prendre soin de lui, y compris quand on atteint ses limites.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les études sur les effets des punitions violentes sur le cerveau, avec leurs références.
- Ce que la plasticité cérébrale implique selon l'environnement dans lequel grandit l'enfant.
- Le poids de l'héritage familial, et pourquoi il est si difficile de changer de modèle.
- Les questions à se poser avant de réagir, et quand se faire accompagner.
n°8 · Maitriser la "neuroéducation"
Version papier : épuisée pour le moment
