À quoi devrait ressembler l'école de 2050 ?
Quand l'UNESCO ouvre le chantier des « Futurs de l'éducation », le n°5 d'Innovation en Éducation y apporte sa contribution, aux côtés de cinq acteurs de terrain qui osent imaginer l'école de demain.
Tiré du magazine · n°5Les pédagogies différentes
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L'UNESCO a lancé une grande consultation mondiale intitulée « Les Futurs de l'éducation » : comment apprendre, quoi apprendre et où, dans un monde plus complexe et plus incertain ? Le n°5 d'Innovation en Éducation a été sollicité pour y contribuer. Le magazine a réuni cinq personnalités de terrain, et en livre l'essentiel dans un grand dossier. Leur point commun : un optimisme lucide, qui voit dans les bouleversements actuels une invitation à tout repenser.
Qui sont ces cinq voix ?
Philippe Nicolas est enseignant et docteur en sciences de l'éducation. Sophie Rabhi a fondé La Ferme des Enfants, une école nouvelle. Caroline Sost dirige l'école Living School et préside l'association Savoir-être & éducation. Alexandre Jost a créé la Fabrique Spinoza et les Ateliers du Bonheur à l'école. Laure Reynaud, enseignante de l'Éducation nationale, a cofondé ScholaVie. Des parcours différents, des écoles différentes, et pourtant un fil commun.
Comment imaginer 2050 sans céder à l'inquiétude ?
Les participants ne cachent pas leurs préoccupations : l'éloignement de la nature, la solitude, la santé mentale qui se fragilise, une planète malade. Mais tous s'accordent sur un point, et c'est celui que le magazine retient d'abord : l'espoir. Ils notent que de plus en plus de personnes changent de vie pour lui donner du sens, et que les neurosciences comme la psychologie positive offrent aujourd'hui des outils que l'on n'avait pas.
« 2050, c'est demain, il y a urgence à en prendre soin. »
À quoi doit servir l'école ?
C'est la partie la plus structurante du dossier. Les intervenants distinguent trois finalités qui se tiennent entre elles : une juste relation à soi, une juste relation aux autres, une juste relation au tout, c'est-à-dire au vivant. Le point de départ est un constat simple : on ne transmet pas ce que l'on ne ressent pas soi-même. Les enseignants et les éducateurs sont donc les premiers concernés, et leur propre bien-être compte autant que celui des élèves.
Sur la relation aux autres, le dossier plaide pour la coopération plutôt que la compétition, la pédagogie de projet étant citée comme exemple. Sur la relation au vivant, il rappelle que l'on peut raconter l'écologie sous un jour joyeux plutôt que punitif.
« Le génie n'a pas de sens s'il n'est pas au service des autres ! »
Que faudrait-il apprendre, et où ?
Le magazine distingue trois questions : la manière d'apprendre, le contenu, le lieu. Sur la manière, les pédagogies alternatives ont beaucoup à offrir, à commencer par le regard que Maria Montessori portait déjà sur l'enfant il y a plus d'un siècle. Sur le contenu, les cinq voix défendent l'idée que les compétences humaines, sociales et émotionnelles méritent leur place à côté des savoirs. Elles imaginent aussi des programmes plus proches de la vie quotidienne.
Sur le lieu, enfin, elles décrivent une école moins cloisonnée, qui s'ouvre à son quartier et fait entrer la nature dans ses murs. Le magazine rapporte les pistes qu'elles évoquent pour y parvenir, sans qu'il soit besoin d'attendre de grandes révolutions : une sortie de plus, un lien avec les commerces ou les maisons de retraite voisines, un espace vivant dans la cour.
Et les adultes, dans tout cela ?
Le dossier ne s'adresse pas qu'aux décideurs. Il rappelle qu'un parent comme un enseignant peut, dès aujourd'hui, redonner la parole à l'enfant et faire confiance à son potentiel. Les participants évoquent l'idée que chacun possède un talent singulier, qu'il vaut mieux aider à repérer que corriger.
« Chaque enfant possède un potentiel unique et énorme ! »
Cette réflexion rejoint celle de l'invité du même numéro, André Stern, qui invite à partir de l'enfant plutôt que d'un projet d'adultes. L'UNESCO devait publier son propre rapport avant la fin de l'année 2021, pour nourrir la concertation politique.
Qu'en retenir pour aujourd'hui ?
Ce dossier a une particularité : il ne dresse pas la liste de ce qui ne va pas, il cherche ce qui donne de l'élan. Les cinq intervenants ne décrivent pas une école rêvée dans un futur lointain, mais des changements qui se jouent déjà dans leurs établissements, du savoir-être à la pédagogie de projet. Pour un parent, c'est l'occasion de se demander ce qui fait briller les yeux de son enfant, question que Philippe Nicolas invite à poser aux élèves. Pour un enseignant, c'est une invitation à regarder ce qui, dans sa classe, relie déjà les élèves entre eux et à leur environnement.
Questions fréquentes
Que sont les « Futurs de l'éducation » ?
C'est une initiative lancée par l'UNESCO pour repenser, à l'horizon 2050, la façon dont l'éducation, l'apprentissage et le savoir devraient être mis en œuvre dans un monde incertain.
Les compétences humaines ont-elles leur place à l'école ?
Les cinq intervenants du magazine le pensent : savoirs, savoir-faire et savoir-être se complètent, et des qualités comme l'empathie ou la gratitude s'entraînent comme des muscles.
Faut-il attendre une réforme pour changer sa pratique ?
Le dossier plaide plutôt pour de petits pas : lier l'école à son environnement, aller dehors, laisser plus de place à l'enfant. Chacun peut s'y essayer à son échelle.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les trois finalités de l'éducation détaillées, avec ce que chaque intervenant en dit.
- Les matières du quotidien que les participants aimeraient voir enseignées.
- Les pistes concrètes pour ouvrir l'école sur son environnement et y faire entrer la nature.
- La présentation complète des cinq intervenants, et le lien vers l'échange en vidéo.
