André Stern : et si les méthodes d'éducation n'étaient pas l'essentiel ?
Et si, dans le débat sur l'éducation positive, on entendait enfin la voix de l'enfant ? André Stern, fondateur du mouvement Écologie de l'enfance, propose dans le n°20 de faire un pas de côté.
Tiré du magazine · n°20Éducation positive : ça va trop loin ?
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Éducation positive, bienveillante, à l'ancienne : au fond, que veut dire « éduquer » ? Pour sortir des querelles de mots, la rédaction du n°20 d'Innovation en Éducation a posé la question à André Stern. Fondateur en 2014 du mouvement Écologie de l'enfance, il se présente comme un ambassadeur de l'enfance et il a été invité comme expert auprès de la Commission des 1 000 premiers jours. Son idée centrale tient en une phrase : avant les méthodes, il y a une attitude.
Pourquoi André Stern prend-il ses distances avec les mots « positive » et « bienveillante » ?
Parce que, selon lui, on y devine déjà une posture : celle d'un adulte qui, de là-haut, accorde sa bienveillance. Il remarque que le débat éducatif se réduit souvent à comparer des méthodes, qui sont toujours des idées d'adultes, et que les querelles de chapelle sont des disputes d'adultes. Où est l'enfant, demande-t-il, dans tout cela ?
Il rappelle que l'on est passé, au fil du XXe siècle, d'un enfant dominé à un enfant dominant, et que dans les deux cas les adultes ont fait entrer l'enfant dans leurs propres projets. Il ne condamne pas les méthodes pour autant : il propose d'en faire un outil, après l'attitude.
« Quand nous comprenons que c'est d'attitudes qu'il s'agit, les méthodes deviennent hautement secondaires. »
Il ne reproche pas aux parents de chercher la bonne recette : le choix qu'on leur propose est « désespérant par sa largeur », dit-il, et il estime qu'ils manquent surtout d'informations sur leurs enfants. La solution qui fonctionnera, c'est celle que chaque famille construit en tenant compte de ses nuances, et qui évolue avec le temps.
Que signifie « écologie de l'enfance » ?
Une attitude, plutôt qu'une méthode de plus, répond-il : celle de la confiance, qui consiste à regarder l'éducation depuis l'enfance. Il observe que, si on leur demandait, les enfants diraient qu'ils veulent jouer et construire des choses du matin au soir, alors que le jeu a été relégué au rang d'option du temps libre.
Au centre de sa démarche, on trouve l'enthousiasme, qu'il distingue de la joie. La joie s'arrête là où commence la difficulté, explique-t-il ; l'enthousiasme, lui, porte à travers elle, ce qui fait la différence entre un effort consenti et un effort subi.
« L'enthousiasme, c'est cette ressource d'énergie inépuisable avec laquelle chacun est venu au monde. »
À quoi ressemble l'enthousiasme dans la vie d'un enfant ?
L'entretien donne l'exemple de son fils Antonin. Il savait lire à 18 mois et écrivait sans faute à 7 ans, mais la grammaire et la conjugaison lui donnaient des boutons : à quoi bon, puisqu'il écrivait correctement ? Un jour, il découvre le toki pona, une langue construite de 120 mots, et s'ouvre à la linguistique. En deux semaines, raconte son père, il a fait le tour de règles qui, trois mois plus tôt, lui semblaient une torture, sans le moindre effort.
L'histoire résume une conviction : on ne peut pas moduler son enthousiasme par matière, et demander à un enfant de s'enthousiasmer moins pour les dinosaures et plus pour les mathématiques revient à réduire sa capacité générale à s'enthousiasmer.
Apprendre, est-ce apprendre par cœur ?
André Stern distingue les deux. Selon lui, notre cerveau a été optimisé pour résoudre des problèmes, non pour mémoriser des informations isolées, et ce qui nous concerne se retient sans répétition. Il avance une explication, fondée sur ce qu'il appelle les centres émotionnels (ce qui nous touche et nous concerne), de la raison pour laquelle on retient si peu de ce qu'on a appris par cœur. Ces affirmations sont les siennes, formulées dans un entretien qui n'a pas vocation à trancher les débats de la recherche. Elles invitent à se demander ce qui, dans la journée d'un enfant ou d'un élève, le concerne vraiment.
Il conclut en parlant de confiance : passer de la notion d'éducation à celle de relation, en partant de ce que les enfants pourraient nous dire si nous les écoutions.
Questions fréquentes
Que veut dire André Stern quand il parle d'attitude plutôt que de méthode ?
Que la manière dont l'adulte regarde l'enfant, avec confiance, compte avant les techniques qu'il applique.
Qu'est-ce que l'écologie de l'enfance ?
Un mouvement fondé en 2014 qui propose de regarder l'éducation du point de vue de l'enfance, et de s'appuyer sur ce que l'on sait de son fonctionnement.
Faut-il renoncer aux méthodes éducatives ?
Non : André Stern précise qu'il ne les condamne pas, mais qu'il les considère comme secondaires.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'entretien en quinze questions, avec le regard d'André Stern sur le « ghetto de l'enfance ».
- Son explication de la différence entre joie et enthousiasme.
- Le raisonnement sur l'apprentissage par cœur et les centres émotionnels, avec le chiffre qu'il avance.
- Sa réponse à ceux qui jugent son propos « bisounours ».
- L'invitation finale qu'il adresse aux lecteurs.
