Ados, amour et sexualité : quel rôle pour les parents ?
Corps qui change, désirs qui s'éveillent, premiers sentiments : l'adolescence est une révolution. Dans le n°17 d'Innovation en Éducation, Alain Héril décrit le rôle des parents, plus accompagnateurs qu'éducateurs.
Tiré du magazine · n°17L'éducation et ses tabous
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Que faire quand l'adolescence de son enfant entre dans le champ de la sexualité et de l'amour ? Pour le psychanalyste et sexothérapeute Alain Héril, la meilleure aide que puissent apporter les parents tient moins à de longs discours qu'au respect de l'intimité, à l'exemple donné dans leurs propres relations et à une présence qui accompagne plutôt qu'elle n'édicte.
Psychanalyste, sexothérapeute et formateur, auteur de plusieurs ouvrages sur la sexualité et le couple, Alain Héril codirige Indigo Formations. Il signe cet article dans le n°17 d'Innovation en Éducation, consacré à ce que l'on dit aux enfants.
Que se passe-t-il pour l'adolescent ?
L'auteur décrit l'adolescence, entre 11 ou 12 ans et 20 ans, comme une révolution hormonale sans équivalent dans la vie d'un être humain. Le corps change sans cesse, au point que beaucoup d'adolescents ont l'impression qu'il leur échappe. Un nouveau rapport aux sensations et à soi émerge, avec une question centrale : l'intimité.
Il distingue le corps que l'on « a », celui du schéma corporel qui se transforme, et le corps que l'on « est », celui des sensations et des perceptions. Entrer dans l'intimité, c'est accepter un dialogue singulier entre ces deux corps. Les parents y répondent en reconnaissant les espaces intimes de l'adolescent : sa chambre, la salle de bains, ses relations de proximité. Il parle d'une approbation adulte d'espaces de vie différenciés dans les lieux communs.
Faut-il en parler, et comment ?
Oui, si l'adolescent le souhaite, et à son rythme. L'auteur met en garde contre une erreur fréquente : convoquer son adolescent pour une discussion sur son intimité. Il le ressentira comme un procès, et le dévoilement lui paraîtra intrusif. Les parents peuvent être d'une grande aide, à la condition de laisser l'adolescent choisir le moment du dialogue.
« Il n'y a rien de pire que de "convoquer" son adolescent pour une discussion sur son intimité. »
Qu'est-ce que l'auto-consentement ?
C'est l'idée la plus originale de l'article. On parle beaucoup, et à juste titre, du consentement sexuel. L'auteur ajoute une forme dont on parle peu : l'auto-consentement, c'est-à-dire apprendre à vérifier à l'intérieur de soi le oui, le non, le peut-être et le « je ne sais pas ». C'est selon lui l'une des bases du respect de soi et de la reconnaissance de son propre désir.
« L'auto-consentement crée un cadre intérieur. »
Le consentement s'apprend, rappelle l'auteur, et les adolescents fonctionnent par modélisation. Plus les parents l'installent dans leurs propres relations, plus l'adolescent sera à même de le reproduire dans sa vie amoureuse et sexuelle.
Comment l'adolescent vit-il l'amour ?
L'auteur insiste sur une période faite avant tout de premières amours. Arrive un autre que soi qui fait irruption dans l'espace de pensée, avec des espoirs et des désirs nouveaux. Ce sentiment est à la fois magnifique et redoutable. Le modèle relationnel des parents joue aussi : la manière dont ils se parlent, se touchent, rient ensemble influence la création du « modèle amoureux » de l'adolescent, qui pourra s'en inspirer ou chercher au contraire à s'en éloigner.
Les adolescents ont besoin de se construire une « culture de l'amour », et celle-ci n'est pas la même à 13 et à 17 ans. L'auteur évoque les questions qu'ils se posent, comme celles du grand amour, de la première fois ou du coup de foudre, et le rôle que peuvent jouer films et séries dans leurs recherches de réponses. Le magazine donne la liste de ces questions et quelques repères pour y répondre.
Quelle posture pour les parents ?
Pour Alain Héril, le parent est celui qui aide l'adolescent à être l'auteur de sa propre sexualité. Il accompagne plus qu'il n'édicte. Il fixe le cadre moral de ce que peut être une sexualité épanouie, en fonction de la culture à laquelle la famille se rattache, et il représente cette culture : l'adolescent s'y conformera ou non, mais elle aura au moins été énoncée.
L'auteur ajoute que ce n'est pas la sexualité des parents qui doit servir de modèle, et que le mouvement se fait dans les deux sens : les parents apprennent aussi sur leur propre rapport à la sexualité au contact de l'éveil des adolescents. Il n'y a pas d'un côté une vérité absolue et de l'autre une simple obéissance. L'ensemble est présenté comme un mouvement de vie qui bouleverse, et qui aide à mieux comprendre qui l'on est, que l'on soit adolescent ou parent.
Pour la même période vue sous l'angle du corps et des garçons, voir l'article sur la puberté chez les garçons.
Questions fréquentes
Faut-il parler de sexualité avec son adolescent ?
Oui, mais à son rythme. L'auteur recommande de laisser l'adolescent choisir le moment du dialogue et d'éviter de le convoquer pour un entretien sur son intimité.
Qu'est-ce que l'auto-consentement ?
C'est apprendre à vérifier en soi le oui, le non, le peut-être et le « je ne sais pas », pour reconnaître son propre désir. L'auteur y voit une base du respect de soi.
Les parents doivent-ils donner l'exemple dans leur couple ?
D'après l'auteur, la manière dont les parents se parlent et se touchent influence le modèle amoureux de l'adolescent, même s'il peut aussi s'en démarquer.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La distinction entre le corps que l'on a et le corps que l'on est.
- Le détail de l'idée d'auto-consentement et du lien avec le consentement dans la relation.
- La liste des questions que se posent les adolescents sur l'amour, avec des pistes pour y répondre.
- Le passage sur la façon dont les parents évoluent eux aussi au contact de l'adolescence.
- L'encadré du psychanalyste Philippe Gutton et la présentation de l'auteur.
