Premières fois de l'ado : comment les parents peuvent-ils rester à leur place ?
Premier rapport, découverte de soi : que se passe-t-il à l'adolescence, et que peuvent faire les parents ? Dans le n°21 d'Innovation en Éducation, Alain Héril répond avec simplicité.
Le premier rapport sexuel est une entrée dans l'inconnu, et cet inconnu est chargé de projections : on l'espère grandiose, tout en devinant qu'il ne le sera pas tout à fait. C'est le point de départ d'Alain Héril, psychanalyste et sexothérapeute, qui a exercé en cabinet pendant trente ans et forme des sexothérapeutes depuis plus de vingt ans. Dans le n°21 d'Innovation en Éducation, il aborde les premières fois et la masturbation avec des mots simples, pour aider les parents à comprendre ce qui se joue, et à ne pas en faire un drame.
« Une seule relation sexuelle ne peut pas représenter toute la sexualité ! »
Que vit un ado quand arrive la première fois ?
L'auteur part d'un exemple. Mélanie, 16 ans, qu'il suit depuis plusieurs séances pour des difficultés scolaires, entre un jour dans son cabinet avec un léger sourire, ce qui est rare chez elle. « Ça y est, je l'ai fait ! », annonce-t-elle, convaincue de faire son entrée dans le monde des « vraies femmes ». Ce n'est pas un cas isolé : pour nombre d'adolescentes, la première fois est d'abord une initiation, qui permet de confirmer sa féminité et de se sentir plus mûre, avant de vivre pleinement la sexualité plus tard.
Pourquoi Mélanie n'en a-t-elle pas parlé à ses parents ? « Je ne veux pas leur faire de mal », explique-t-elle. L'observation est juste, souligne l'auteur : pour les adultes, cette première fois marque la fin de l'innocence de l'enfance, et ils ont eux aussi un deuil à faire.
Du côté des garçons, l'appréhension est aussi au rendez-vous, avec d'autres peurs et la pression de se montrer « conquérants ». L'auteur évoque l'influence des images pornographiques, qui donnent l'illusion de savoir comment faire alors qu'elles proposent des modèles caricaturaux. Dans les deux cas, il retient que la première fois, quel que soit son scénario, est l'antichambre de la suite : elle dédramatise et fait retomber la pression des attentes. Il n'élude pas non plus les premières fois vécues dans de mauvaises conditions, sous la pression ou sans protection : elles peuvent laisser des traces, mais elles restent, dit-il, rattrapables, notamment grâce au respect des partenaires suivants.
« La première relation sexuelle nourrit rarement mais elle donne souvent faim ! »
Que peuvent faire les parents quand ils le savent, ou le devinent ?
C'est le conseil central de l'article, et il tient en deux mots : rester discrets. Ce que vivent les corps des adolescents leur appartient, rappelle l'auteur. L'attitude des parents doit être respectueuse et non intrusive. L'adolescent vient d'entrer dans un monde qu'il espérait, celui de l'affirmation de soi, et il n'a pas besoin qu'on le commente.
Un encadré du magazine résume en quatre points ce qu'il faut retenir, de la différence entre filles et garçons à la discrétion attendue des parents.
Et la masturbation, faut-il en parler ?
La seconde partie de l'article répond à une question que beaucoup de parents n'osent pas poser. Alain Héril rappelle que la masturbation a longtemps été chargée de culpabilité, héritage d'anciennes théories médicales dont l'inconscient collectif garde la trace, et qu'on la tolère encore plus facilement chez les garçons que chez les filles. Pour lui, elle est au contraire l'un des moments clés de la découverte de soi et de la compréhension du plaisir, et le besoin de s'y livrer est normal et équilibrant.
Les parents doivent-ils interdire, en parler, encourager ? La réponse de l'auteur est claire : il n'y a rien à faire, si ce n'est respecter ce qui se joue dans l'intimité de leur enfant. Ce sujet trouble souvent les parents parce qu'il les renvoie à leur propre rapport au plaisir et à leur morale, mais il n'est pas nécessaire de partager ces préoccupations avec l'adolescent.
« La masturbation est pourtant l'un des moments clés de la construction narcissique et de la compréhension des mécanismes du plaisir. »
Questions fréquentes
Faut-il parler de sa première fois à ses parents ?
L'article n'en fait pas une obligation. Il montre plutôt que beaucoup d'adolescents se taisent pour ne pas blesser leurs parents, et que ces derniers gagnent à rester discrets et respectueux.
Un ado qui se masturbe beaucoup est-il en difficulté ?
Selon Alain Héril, non : la masturbation adolescente est un acte sain, et sa fréquence n'est pas le signe d'un dérèglement. En cas de doute sur le bien-être du jeune, un professionnel peut aider.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le récit complet de Mélanie, et ce qu'elle a dit de sa première fois en séance.
- Le point de vue de l'auteur sur les garçons, la pression de la performance et l'influence de la pornographie.
- L'encadré en quatre points « Ce qu'il faut retenir ».
- Le passage sur l'histoire de la culpabilité autour de la masturbation, et ce que le besoin de découverte de soi dit de la libido.
N°21
n°21 · Déjouer la crise d’ado, c’est possible !
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