Et si la crise d'adolescence était aussi celle du parent ?
Quand l'adolescent cherche à devenir quelqu'un, le parent, lui, révise souvent ses propres rêves. Dans le n°21 d'Innovation en Éducation, Benoît Clotteau décrit la rencontre de deux crises.
Chaque fois qu'on parle d'adolescence, on pense à une période de crise. Pourquoi cette image de confrontation à l'autorité est-elle si répandue, alors que l'âge est aussi celui de la créativité et de l'élan ? Pour Benoît Clotteau, psychodramatiste et psychothérapeute, fondateur de l'IFACEF à Montréal, la réponse est en partie à chercher chez les parents. Dans le n°21 d'Innovation en Éducation, il formule une hypothèse simple : ce qui rend la période difficile, c'est que deux crises se superposent, celle de l'adolescent et celle de ses parents.
Éducateur depuis plus de quarante-cinq ans auprès d'enfants, de couples et de familles, il commence par rappeler qu'on ne peut pas enfermer l'adolescence dans une définition, tant elle recouvre de dimensions : biologiques, psychologiques, sociales, culturelles, morales.
« On ne peut enfermer l'adolescence dans une seule définition, tellement ce temps de la vie recouvre des perspectives multidimensionnelles : biologiques, psychologiques, sociales, culturelles, morales... »
Être adolescent aujourd'hui, est-ce la même chose qu'hier ?
Non, répond l'auteur. L'adolescence est une notion récente, apparue au début du XXe siècle. Auparavant, on parlait de jeunesse et d'âge adulte, et le passage de l'un à l'autre était brusque. Aujourd'hui, la période s'allonge, au point que l'auteur évoque, avec Tony Anatrella, une « adulescence » : un temps indécis où le jeune hésite entre rester adolescent et devenir adulte. Le numérique, l'évolution des structures familiales et le déclin des repères collectifs changent aussi le décor dans lequel il grandit.
« Jamais l'adolescence n'aura duré aussi longtemps. »
L'auteur cite aussi une anecdote qui relativise : sur une poterie retrouvée à Babylone, on peut lire que les jeunes gens d'aujourd'hui sont paresseux et ne seront jamais comme la jeunesse d'autrefois. Il y a trois mille ans déjà, des adultes s'inquiétaient de ce que la jeunesse ferait de leur culture. Il rappelle également que, en soixante ans, l'âge du début de la puberté a reculé de près de deux ans, probablement grâce à une meilleure hygiène alimentaire et à de meilleures conditions sanitaires.
Que traverse le jeune, de l'intérieur ?
L'article décrit un adolescent paradoxal. Son corps se transforme et inverse le rapport de force avec ses parents, son cerveau se réorganise, et il se pose la question « Qui suis-je ? » en refusant d'entendre la réponse de ses parents : il veut une identité personnelle, pas une identité par imitation. Sa pensée peut désormais raisonner sur des idées, ce qui l'amène à s'opposer, à remettre en cause les valeurs des adultes, à refaire le monde.
Et le parent, que traverse-t-il pendant ce temps ?
C'est la partie la plus originale de l'article. À l'âge où le jeune commence à compter le temps avant son départ, le parent commence à compter le sien à rebours. L'un s'interroge sur sa capacité à être perçu comme un adulte, l'autre sur ce qu'il lui reste à vivre. L'un prépare son envol, l'autre fait le deuil de l'enfant qui dépendait de lui. Chacun révise ses illusions et ses objectifs de vie.
Beaucoup d'émotions surgissent alors : peur de perdre le contrôle, sentiment d'impuissance, peur des conduites à risque, ambivalence entre le désir qu'il devienne autonome et la peur qu'il parte. L'adolescence de l'enfant réveille en outre celle du parent, avec ce qu'elle contenait d'élans et d'angoisses.
« C'est cette superposition des 2 crises, celle des parents et celle du jeune, qui rend l'adolescence si difficile à gérer pour toute la famille. »
Le message n'est pas culpabilisant. L'auteur invite simplement le parent à démêler ce qui lui appartient de ce qui appartient au jeune, et à passer d'une relation hiérarchisée à une relation d'adulte à adulte. Selon lui, c'est à ce prix que cette « soi-disant crise » peut être surmontée. Et la psychologue Carmen Vieytes-Schmitt, qu'il cite en conclusion, rappelle ce que l'adolescence a de plus précieux : un temps des passions, de la créativité et d'explosion d'énergie.
Questions fréquentes
La crise d'adolescence est-elle inévitable ?
L'auteur ne la nie pas, mais il refuse de la réduire à une seule définition. Il insiste surtout sur le fait que les parents vivent leur propre transition au même moment.
Comment aider son ado quand on est soi-même ébranlé ?
En apprenant à repérer ce qui relève de ses propres peurs et de sa propre histoire, plutôt que de l'attribuer au jeune, et en lui transmettant un message d'espoir.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le tableau historique de l'adolescence, de la jeunesse d'autrefois à l'« adulescence » d'aujourd'hui.
- Le détail des transformations physiques, affectives et cognitives que traverse le jeune.
- La liste des émotions et des peurs qui se réveillent chez les parents.
- Le portrait de l'adolescence comme « temps des passions », selon Carmen Vieytes-Schmitt.
N°21
n°21 · Déjouer la crise d’ado, c’est possible !
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