Peut-on rééduquer le goût de ses enfants ? Les clés de Marion Kaplan
Publicités, jouets offerts avec le repas, récompenses sucrées : notre rapport à l'assiette s'est compliqué. Dans le n°4 d'Innovation en Éducation, Marion Kaplan, engagée depuis plus de trente ans pour l'alimentation et la santé, propose de tout réapprendre, en famille.
Tiré du magazine · n°4En finir avec les mauvaises habitudes !
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Marion Kaplan œuvre depuis plus de trente ans en faveur de l'alimentation et de la santé, avec une idée directrice : allier cuisine, santé et vitalité. Dans le n°4 d'Innovation en Éducation, consacré au corps et à la santé, elle donne un long entretien dont l'idée centrale tient en une phrase : bien manger s'apprend, et cet apprentissage se construit très tôt, avec les parents.
Pourquoi dit-elle que nous avons perdu nos repères alimentaires ?
Pour Marion Kaplan, nous ne suivons plus nos instincts : nous suivons des suggestions, celles des publicités, des jouets offerts avec un menu ou des promesses attachées à une céréale. L'aliment ne serait plus là pour nous nourrir, mais pour nous distraire, et les parents eux-mêmes s'y laissent prendre. D'où son invitation à prendre du recul.
« Notre organisme n'a pas changé, nos besoins non plus ! »
Elle estime aussi que l'alimentation s'est beaucoup transformée depuis l'après-guerre, et plaide pour un retour à une alimentation la plus naturelle possible, de préférence biologique, en précisant qu'il ne s'agit pas de culpabiliser.
Le goût d'un enfant peut-il s'éduquer ?
C'est la partie la plus concrète de l'entretien. Selon elle, la rééducation fonctionne à condition de commencer jeune. Elle raconte la diversification alimentaire de sa petite-fille, introduite légume par légume, y compris des saveurs que l'on croirait réservées aux adultes : l'enfant s'y est montré gourmand. Son raisonnement : un palais habitué dès le début à une grande diversité de goûts trouvera moins fades les aliments simples, alors que les produits très salés ou très relevés habituent à des saveurs fortes. Le magazine détaille la suite de ses conseils, des premiers légumes jusqu'aux épices.
Faut-il récompenser avec des sucreries ?
Marion Kaplan pointe ce qu'elle appelle l'alimentation-récompense. « Prends cette bouchée pour faire plaisir à maman », ou le bonbon qui vient saluer une bonne note : l'assiette devient un lieu de jeux de pouvoir. Elle alerte sur le sucre et sur les céréales raffinées, qu'elle souhaite voir réservés à la gourmandise occasionnelle plutôt qu'à la base de l'alimentation. Sa position est argumentée dans l'entretien, avec ce qui se passe dans le corps ; elle relève de son expertise de praticienne, et chacun est libre de la mettre en regard de l'avis de son médecin ou de son pédiatre.
Pourquoi parle-t-elle autant de mastication ?
Parce que la digestion commence dans la bouche, et que, d'après elle, on y prête trop peu d'attention.
« 90 % des gens ne mastiquent pas bien. »
Elle suggère de l'enseigner aux enfants comme un jeu : transformer les aliments en bouillie, les faire voyager d'un côté à l'autre de la bouche, et pourquoi pas organiser un concours du meilleur mastiqueur en famille. Elle avoue d'ailleurs avoir elle-même mis trois mois à en faire un automatisme.
Faut-il accuser les parents ?
Pas du tout, et Marion Kaplan le dit à sa façon : les parents eux-mêmes se sont laissé prendre par cette attraction de l'aliment-distraction, ce qui n'a rien d'une faute. Elle reconnaît d'ailleurs ses propres difficultés, et raconte avoir mis trois mois à mastiquer correctement avant que cela ne devienne un automatisme. Son message, tout au long de l'entretien, est que l'on peut réapprendre à tout âge, et que les enfants, très « enseignables », aiment apprendre en s'amusant.
Bien manger coûte-t-il cher, prend-il du temps ?
Elle répond que le marché de proximité, les produits de saison et les circuits courts permettent de ne pas dépenser davantage, et que tout est affaire d'organisation et de choix. L'entretien contient des idées pour les familles nombreuses : cuissons au four, céréales, légumineuses à préparer à l'avance.
L'idée de cuisiner et d'apprendre ensemble se retrouve dans le même numéro, avec des conseils pour faire aimer les légumes aux enfants.
Questions fréquentes
À partir de quel âge peut-on éduquer le goût d'un enfant ?
Marion Kaplan répond : le plus jeune possible, dès la diversification alimentaire du bébé, car cela augmente les chances qu'il mange plus tard des légumes avec plaisir.
Faut-il manger bio ?
Elle le recommande, de préférence, mais précise que le budget ne doit pas augmenter si l'on mange de saison et que l'on achète au marché ou en circuit court.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La suite de la diversification de bébé, avec les aliments à introduire après les légumes.
- L'explication de ce qui se passe dans le corps avec le sucre et les céréales raffinées.
- Les jeux et les gestes pour apprendre à mastiquer aux enfants.
- Les adresses de circuits courts, comme les Amap, et les astuces pour cuisiner pour une famille nombreuse.
