Qu'ont en commun les écoles les plus innovantes du monde ?
Ancien cancre devenu documentariste, Martin Meissonnier a parcouru le monde pour filmer l'école de demain. Dans le n°9, il raconte ce qu'il y a trouvé, et ce que la France pourrait en faire.
Un « cancre » qui n'a pas eu le bac, devenu producteur musical puis documentariste, s'intéresse un jour à l'école. Martin Meissonnier, invité du n°9 d'Innovation en Éducation, a filmé une cinquantaine d'initiatives éducatives dans plus de vingt pays, rassemblées sur la plateforme en ligne Le Bonheur à l'école. Il en tire des constantes, et quelques idées très simples.
Pourquoi un producteur de musique s'intéresse-t-il à l'école ?
Après un documentaire sur le monde du travail, la réponse lui a paru évidente : si tant de gens sont malheureux au travail, c'est qu'ils l'ont d'abord été à l'école. Il observe que le monde s'est refermé au fil des décennies, et que l'école n'y est pas étrangère, car elle n'a pas assez ouvert l'imagination. Lui-même s'ennuyait en classe et n'a trouvé son chemin qu'à travers ses professeurs de musique, qui l'ont pris sous leur aile.
Quels ingrédients retrouve-t-on partout ?
Il en distingue quatre : le travail en équipe, une utilisation raisonnée du numérique, des valeurs comme l'altruisme, et le soin de la curiosité de l'enfant. Pour le numérique, son argument est pragmatique : il est là de toute façon, et le refuser revient à se mettre en porte-à-faux avec des enfants qui l'utiliseront hors de l'école. Mieux vaut les accompagner.
« Le travail en équipe : la collaboration plutôt que la compétition. »
Quelle idée lui paraît la plus transposable ?
Une idée qu'il n'a pas pu filmer, mais qu'il trouve géniale. Au Canada, pour lutter contre le harcèlement et la violence, une psychologue, Marie Gordon, va dans des classes d'adolescents avec un bébé et l'un de ses parents. Les élèves doivent se mettre au niveau du bébé et communiquer avec lui : cela casse les codes, et il n'y a plus de caïd. Ce programme, Roots of Empathy, est utilisé dans des dizaines de milliers de classes au Canada. Selon lui, il ne coûte rien et se révèle extrêmement efficace.
Faut-il changer toute l'école ?
Son constat est sévère mais assorti d'espoir : quand tous les élèves ont le même programme au même moment, c'est « l'école de la révolution industrielle », et il se demande si elle convient encore à notre époque.
« Il faut qu'on arrive à recréer une école dirigée vers chaque enfant plutôt que de les écraser par des matelas de connaissances communes. »
Il reconnaît que certaines choses sont compliquées à cause de l'inertie du système, mais en voit beaucoup de simples au quotidien. Faire travailler les enfants en équipe plutôt que les uns contre les autres, par exemple, réduirait la violence et aiderait les adultes à repérer plus tôt le harcèlement. Il évoque aussi un mouvement international qui oriente l'éducation vers une question : « comment change-t-on le monde en mieux ? », et une association française qui travaille à changer le regard des élèves sur l'école.
Que dit-il aux parents et aux enseignants ?
Aux parents, souvent angoissés, il rappelle que leur enfant ne sera pas comme eux, et qu'il lui faut des valeurs de partage plutôt que d'argent, de la souplesse, et surtout l'envie d'apprendre à apprendre. Aux enseignants, il conseille d'aller voir ce qui se fait ailleurs.
« Gardez votre liberté et n'oubliez pas pourquoi vous avez fait ce métier au départ ! »
Que dit-il de l'Estonie ?
Parmi les pays qu'il a filmés, l'Estonie occupe une place à part. Après l'indépendance, le pays a fait de l'éducation son premier grand chantier. Martin Meissonnier y a relevé une grande liberté laissée aux écoles et aux enseignants, une forme d'autorégulation et, selon le classement PISA, d'excellents résultats en mathématiques et en physique, avec moins d'heures de cours que partout ailleurs en Europe. Le magazine raconte l'histoire de ce « saut du tigre ».
Questions fréquentes
Qu'est-ce que Roots of Empathy ?
C'est un programme canadien contre le harcèlement : un bébé et l'un de ses parents viennent en classe, et les élèves apprennent l'empathie en communiquant avec lui. Selon Martin Meissonnier, il est utilisé dans des dizaines de milliers de classes.
Faut-il utiliser le numérique à l'école ?
Pour Martin Meissonnier, le numérique est de toute façon présent dans la vie des enfants. Il vaut mieux l'utiliser de façon raisonnée et accompagner les enfants.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le parcours de Martin Meissonnier, du cancre au documentariste, et sa vision du lien entre école et malheur au travail.
- Le cas de l'Estonie : le « saut du tigre » et l'autonomie des écoles et des enseignants.
- Le mouvement Design for Change et l'association Le sens de l'école, avec leur rôle concret.
- Ses conseils aux parents et aux enseignants, et l'adresse de la plateforme Le Bonheur à l'école.
N°9
n°9 · Tour du monde des meilleures idées éducatives
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