L'innovation à l'école vient-elle d'en haut ou d'en bas ?
Après avoir visité des écoles du monde entier, Svenia Busson tire une conclusion simple : l'innovation naît sur le terrain, chez les enseignants et les parents. Elle s'en explique dans le n°9.
Qu'ont en commun les pays dont l'école innove le plus ? Après des années passées à visiter des écoles et des universités sur plusieurs continents, Svenia Busson répond sans hésiter : un système éducatif décentralisé, où le pouvoir de décider se trouve dans chaque établissement et non au ministère. C'est le fil de l'entretien qu'elle accorde au n°9 d'Innovation en Éducation.
Diplômée de HEC, elle quitte en 2014 des perspectives professionnelles confortables pour un voyage de cinq mois, avec sa camarade Audrey Jarre, à la rencontre des enseignants et des établissements les plus novateurs. À leur retour, elles ont continué à partager ce qu'elles avaient vu, à une époque où l'on parlait encore peu d'EdTech, ces technologies au service de l'éducation.
Pourquoi la décentralisation favorise-t-elle l'innovation ?
C'est la constante qu'elle a relevée dans tous les pays visités. En Angleterre ou en Nouvelle-Zélande, le chef d'établissement décide de son budget, de son recrutement et de son projet pédagogique. En Finlande et dans les pays nordiques, ce sont les municipalités. Un programme national existe, mais il s'adapte aux besoins locaux : une commune en pleine forêt peut y faire entrer les métiers de la forêt.
L'avantage est très pratique. Pas besoin d'aller demander l'autorisation d'un ministère pour essayer quelque chose de nouveau. Svenia Busson ajoute un second ingrédient : la considération portée au métier d'enseignant, qui ne tient pas qu'au salaire. En Finlande, les jeunes se battent pour devenir professeurs.
« L'innovation est possible quand elle vient du bas : des profs, des parents, etc. »
La technologie suffit-elle à innover ?
Non, et c'est peut-être la partie la plus nuancée de l'entretien. Pour elle, le numérique n'est qu'un outil au service d'une vision plus large : un système plus humain, plus holistique et plus adapté à chacun. Elle cite de beaux outils conçus pour les enfants dys, qui changent leur quotidien, mais pointe aussi des équipements qui n'apportent pas de vrai changement de posture.
« La technologie en soi n'a rien d'innovant ! »
Pour savoir si un usage du numérique transforme réellement la classe, elle recommande un modèle d'analyse en quatre niveaux, le modèle SAMR, que le magazine présente dans un encadré avec un exemple pour chaque niveau.
Et en France, que peut-on faire ?
Svenia Busson ne cache pas que le système français est très centralisé et très lié à la politique, ce qui rend les changements lents. Elle ne conclut pourtant pas à la résignation. La France a une chance que d'autres pays n'ont pas : la liberté pédagogique. Les enseignants les plus innovants qu'elle a rencontrés n'avaient pas forcément de budget. C'était une question de créativité et d'envie de faire autrement.
Elle évoque des associations qui proposent des ressources de formation, et imagine des échanges de pratiques entre enseignants à l'échelle d'une académie. Dans les pays nordiques, souligne-t-elle, la posture (gérer une classe, un conflit) fait partie de la formation, pas seulement la transmission des savoirs.
Que dire aux parents, que proposer en classe ?
Aux parents, elle conseille de travailler sur l'état d'esprit de l'enfant : non pas lui répéter qu'il est fabuleux, mais viser la progression, même dans les petites choses, et célébrer les réussites. Elle cite l'exemple du Danemark, où l'empathie figure au programme dès le CP. Pour les enseignants, elle suggère une idée qui demande très peu de moyens et qui peut s'installer dès demain dans une classe. Le magazine la détaille.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'EdTech ?
Le mot désigne les technologies au service de l'éducation : tous les outils numériques qui aident à mieux apprendre, mieux enseigner ou mieux gérer un établissement, de la petite enfance à l'âge adulte.
Faut-il plus de technologie pour innover à l'école ?
Pas forcément. Selon Svenia Busson, la technologie n'est qu'un outil : elle devient utile quand elle permet de repenser une tâche, pas quand elle remplace seulement le cahier par un écran.
Les enseignants français peuvent-ils innover malgré un système centralisé ?
Oui, grâce à la liberté pédagogique. Elle laisse le choix de la manière d'enseigner, et les innovations qui marchent demandent souvent plus de créativité que de budget.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'encadré sur le modèle SAMR : les quatre niveaux d'usage du numérique, chacun avec son exemple.
- L'exemple catalan : un cours hebdomadaire où des élèves de 12 ans apprennent à créer une application utile à la société.
- L'idée toute simple que Svenia Busson propose aux enseignants pour installer la gestion des émotions en classe.
- Ses coups de cœur : initiatives, documentaire, livre et communautés d'enseignants à rejoindre.
N°9
n°9 · Tour du monde des meilleures idées éducatives
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