Comment oser changer sa pédagogie quand on se sent seul ?
Faire un pas de côté en classe, c'est parfois risquer l'isolement. Dans le n°16 d'Innovation en Éducation, Christine Marsan défend une idée : on ose mieux à plusieurs.
Tiré du magazine · n°16Libertés pédagogiques (mode d'emploi)
Voir ce numéro
Oser une autre pédagogie demande du courage, et le courage se partage. C'est le cœur de l'article de Christine Marsan, psychosociologue et écrivain spécialisée dans l'accompagnement des transformations, publié dans le n°16 d'Innovation en Éducation. Son propos s'adresse d'abord aux enseignants qui voudraient bouger sans savoir à qui s'appuyer, mais il parle aussi aux parents qui s'interrogent sur ce que l'on apprend aujourd'hui aux enfants.
Pourquoi parler de liberté pédagogique en période de morosité ?
L'autrice part d'un constat : la période est lourde de défis, climatiques, économiques, sociaux, et l'éco-anxiété guette, ajoutée au biais de négativité qui nous fait retenir surtout le sombre. Les enseignants ont pourtant la mission d'armer les jeunes générations pour y faire face. Comment le faire quand le moral est en berne ?
Sa réponse part d'une distinction : si le contenu des programmes ne peut pas être chamboulé, toute la liberté se situe dans la pédagogie. C'est là que chacun peut expérimenter, et ouvrir de nouveaux possibles pour les élèves.
« L'éducation, c'est la liberté. »
Que peut-on apprendre aux élèves pour affronter ce monde ?
Christine Marsan met d'abord en avant la coopération : savoir travailler entre disciplines et entre personnes, écouter, gérer les conflits, mener un groupe. Les enfants l'apprennent très bien, remarque-t-elle, et l'émulation galvanise élèves et enseignants. Elle insiste ensuite sur un travail sur les valeurs : réunir la classe autour de ce qui fait humanité et élaborer ensemble des valeurs qui tiendront les élèves une année entière. Ce terreau change en profondeur les états d'esprit : plus ouverts, les élèves deviennent plus accueillants et plus curieux des autres.
Elle ne présente pas cela comme une recette, mais comme un chantier éducatif où se transforment les comportements autant que les connaissances.
Cette approche demande aussi de dire un mot de l'institution. Quand elle est trop lourde et que les rouages administratifs freinent les élans, l'autrice reconnaît que l'on peut se heurter à des murs d'incompréhension et se demander comment ne pas baisser les bras. Sa réponse, une fois encore, est collective.
Pourquoi le risque d'isolement est-il réel ?
C'est la partie la plus franche de l'article. Prendre une position qui n'est pas celle de la doxa, écrit l'autrice, c'est risquer la mise à l'index, les critiques répétées qui usent le moral à la longue. Nous avons besoin d'appartenir et de recevoir des signes de reconnaissance ; se mettre à l'écart du groupe de référence, c'est faire l'expérience de la solitude. Cette tension permanente est source de stress.
Où trouver des alliés ?
Si ces alliés ne sont pas dans l'établissement, il faut les chercher ailleurs. L'article cite les rencontres et les groupes de pairs, comme le Printemps de l'Éducation puis Innovation en Éducation : ils permettent de partager des cas, de croiser les regards, d'échanger sur les erreurs comme sur les réussites. Pour l'autrice, il est plus facile d'être courageux à plusieurs, et c'est aussi ce qui aide à éviter l'épuisement.
« La liberté n'est pas condamnée à la vindicte et à l'isolement. »
Ces communautés d'apprentissage, ajoute-t-elle, répondent à un besoin plus large de retrouver du lien depuis la crise sanitaire.
Elle précise que ces regroupements sont aussi des occasions d'analyse de pratique, de partage de ressources et de solidarité. On y repart, écrit-elle, avec le cœur gonflé d'optimisme et de perspectives. L'idée est que le courage ne se décrète pas : il se nourrit de rencontres.
Et pour les élèves, quel bénéfice ?
Voir les élèves agir autrement que leurs aînés, s'exprimer avec bienveillance, gérer un conflit, s'engager dans des cercles de paix : c'est, pour l'enseignant, la plus grande des satisfactions. L'autrice y voit de quoi donner force et sécurité aux enfants, qui se sentent mieux équipés pour contribuer au monde qui vient.
Le propos est volontairement porteur d'espoir, et le texte cite plusieurs figures, dont Edgar Morin, pour rappeler qu'il reste en toute circonstance de la place pour la poésie. On peut y lire un plaidoyer personnel, que le lecteur confrontera à sa propre expérience.
Questions fréquentes
Pourquoi l'isolement pèse-t-il autant sur un enseignant innovant ?
Selon Christine Marsan, nous avons besoin d'appartenir à un groupe et d'être reconnus. Faire autrement que ses collègues peut valoir critiques et incompréhension, ce qui use le moral.
Comment ne pas rester seul avec son projet ?
En rejoignant des communautés de pairs, à l'intérieur ou à l'extérieur de son établissement : rencontres, réseaux, groupes d'échange de pratiques. L'autrice insiste sur le partage des erreurs autant que des réussites.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le raisonnement complet sur la coopération comme compétence de transition, entre élèves comme entre disciplines.
- Le travail sur les valeurs communes d'une classe, que l'autrice présente comme un terreau pour la suite.
- Ses développements sur l'isolement, la quête de reconnaissance et les alliés à l'extérieur de l'école.
- Les citations d'Edgar Morin, de Francisco de Quevedo et de George Washington Carver qui rythment le texte.
