Que se passe-t-il dans la tête d'un enfant qui harcèle ?
Un enfant qui harcèle est souvent pris dans des mécanismes qu'il ne maîtrise pas. Dans le n°19 d'Innovation en Éducation, la psychologue Lydie Rouillaud-Brees en décrit six, individuels et collectifs.
Tiré du magazine · n°19Harcèlement : protéger ou préparer ?
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Un enfant qui harcèle n'est pas un « monstre » : il est pris dans des mécanismes psychologiques, individuels et collectifs, qu'il ne maîtrise pas toujours. Les comprendre permet aux adultes d'agir sur les racines du problème et pas seulement sur ses conséquences visibles. C'est le propos de la psychologue clinicienne Lydie Rouillaud-Brees dans le n°19 d'Innovation en Éducation.
Diplômée de l'université Paris Descartes, Lydie Rouillaud-Brees a exercé en centre hospitalier universitaire, en centre pénitentiaire et en protection de l'enfance. Elle reçoit aujourd'hui des enfants, des adolescents et des adultes, avec une approche à la fois analytique et systémique : « un individu n'est jamais seul », rappelle-t-elle.
Que se passe-t-il à l'intérieur de l'enfant ?
L'autrice décrit trois mécanismes individuels. Le premier tient à l'altérité : l'enfant a du mal à reconnaître l'autre comme une personne à part entière, et le voit comme une source d'angoisse. Le deuxième est ce qu'elle nomme la faille narcissique. L'enfant perçoit chez sa victime des failles qui font écho aux siennes et les nie par peur, puis reprend le contrôle en écrasant l'autre. Le troisième, l'alexithymie, est la difficulté à identifier et à dire ses émotions, que certaines études associent à un risque plus élevé de devenir harceleur.
Elle ajoute une remarque qui nuance bien des idées reçues.
« Il n'est pas rare que l'enfant harceleur et l'enfant harcelé présentent autant de différences que de similarités sur le plan social et psychique. »
Pourquoi le groupe pèse-t-il autant ?
Le groupe aide l'enfant à se construire, surtout à l'adolescence, et lui donne un sentiment d'appartenance et de protection. Le revers est qu'il peut perdre son identité propre au profit de celle que le groupe lui attribue.
« Le risque d'exclusion du groupe devient alors une menace pour ceux qui font groupe et suppose alors la mise sous silence et la passivité face au harcèlement. »
Les spectateurs passifs, de leur côté, nourrissent sans le vouloir le sentiment de toute-puissance de celui qui harcèle.
Les jeux vidéo et les séries rendent-ils violent ?
L'autrice répond par « oui et non », et c'est l'exemple qui illustre bien sa nuance. Aucune étude ne prouve, à ce jour, que ces contenus changent le comportement de tous les enfants. Tout est affaire de dialogue, de dosage et de limites, en fonction de l'âge, de la fragilité de l'enfant et du contexte familial. Laisser un enfant de quatre ans devant un contenu violent paraît peu adapté ; interdire totalement un adolescent ne l'est pas davantage.
Sa piste : parler avec l'enfant des scènes de violence ou de harcèlement qu'il voit. Quel sens leur donne-t-il, à qui s'identifie-t-il ? Le dialogue, dit-elle, apaise les conflits intérieurs et évite les débordements.
Et dans la famille ?
Un enfant intègre très tôt les manières de communiquer de ses premières figures d'attachement. Si la violence, verbale ou physique, est la norme à la maison, il peut la reproduire ailleurs sans en mesurer la gravité. L'isolement de la famille et le manque de dialogue sont d'autres facteurs de risque, selon l'autrice.
Que peut faire un parent qui l'apprend ?
Sibylle Dubost aborde la même question dans son article sur l'enfant qui harcèle, avec d'autres pistes.
L'article consacre sa fin à cette question, avec cinq attitudes que l'autrice recommande : ne pas minimiser, ne pas surréagir, aider l'enfant à prendre conscience de ses actes, rechercher la neutralité avec l'école et avec la famille de l'enfant visé, puis penser à l'après. Elle y décrit comment s'y prendre, et pourquoi elle estime qu'un tiers extérieur peut aider les parents à traverser la sidération et la culpabilité. Cet accompagnement, écrit-elle, doit se faire « sans culpabilité et avec sérénité ».
Questions fréquentes
Un enfant qui harcèle est-il toujours un enfant qui va mal ?
Selon Lydie Rouillaud-Brees, il est souvent pris dans des mécanismes inconscients : faille narcissique, difficulté à reconnaître l'autre, influence du groupe. Cela explique ses actes sans les excuser.
Les jeux vidéo et les séries favorisent-ils le harcèlement ?
Aucune étude n'établit un effet sur tous les enfants. L'autrice insiste sur le dialogue, le dosage et les limites, selon l'âge et la fragilité de chacun.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le détail des trois mécanismes individuels : altérité, faille narcissique, alexithymie.
- Les mécanismes de groupe, avec l'effet de la peur d'être exclu.
- Les cinq attitudes que l'autrice recommande aux parents d'un enfant qui harcèle, avec leur développement.
- Ses conseils pour parler avec l'école et, si c'est possible, avec les parents de l'enfant visé.
