Quand son enfant a des soucis avec les autres : ni abandon, ni surprotection ?
Entre l'indifférence d'hier et l'hyperréactivité d'aujourd'hui, quelle place pour le parent ? Dans le n°28 d'Innovation en Éducation, Emmanuelle Piquet propose de se mettre à côté de l'enfant, pas entre lui et son monde social.
Tiré du magazine · n°28Protéger nos enfants des relations toxiques
Voir ce numéro
« Ce sont des enfantillages. » Jusqu'aux années 2000, c'était souvent la réponse des adultes aux chagrins relationnels des enfants. Aujourd'hui, on guette, on intervient, on prend les choses en main dès le premier signal. Dans le grand entretien du n°28 d'Innovation en Éducation, Emmanuelle Piquet, spécialiste de la thérapie brève stratégique, explique pourquoi ni l'une ni l'autre de ces attitudes n'aide vraiment l'enfant.
Autrice d'une dizaine d'ouvrages de référence sur le harcèlement scolaire et les relations toxiques (dont Votre enfant face aux autres et Le harcèlement scolaire en 100 questions), elle reçoit chaque année, dans son centre À 180 degrés, des centaines d'enfants et de parents pris dans ces situations. Son approche est pragmatique, et elle s'adresse aux parents comme aux enseignants et aux éducateurs.
Pourquoi vouloir tout régler peut-il se retourner contre l'enfant ?
L'autrice salue d'abord le chemin parcouru : l'indifférence d'autrefois a laissé des adultes qui en souffrent encore. Mais elle observe un balancier excessif. Être en permanence à l'affût, prendre en charge les relations de l'enfant à sa place, lui dire qui aimer et qui détester, c'est le priver d'un apprentissage fondamental.
Son argument tient en une phrase : le parent qui s'interpose envoie, sans le vouloir, le message « tu n'es pas capable d'avoir des relations saines ». C'est l'inverse de ce qu'il souhaite. On protège à court terme, mais on prive l'enfant de l'occasion de se « muscler », alors que les comportements difficiles se retrouveront plus tard au travail, entre amis ou en couple.
Concrètement, que peut faire un adulte ?
Se mettre à côté de l'enfant, pas entre lui et son monde social. L'exemple qu'elle développe est celui d'une petite fille qui supplie la « reine de la cour » de lui accorder un peu d'attention. Le parent peut lui dire les risques de continuer, tout en accueillant sans l'atténuer ce qu'aurait de douloureux un renoncement à cette amitié. Puis il laisse la décision à l'enfant, qui seule sait ce qui lui coûte le moins.
« Notre posture de parent est […] très rassérénante lorsque nous disons […] les risques qu'elle encourt à continuer de supplier la reine de la cour de l'école de bien vouloir lui accorder quelques miettes de son carnet mondain […]. »
Le même principe vaut avec un enseignant, un grand-parent ou un camarade : se placer en « garde du corps » aggrave souvent la situation, alors qu'aider l'enfant à réfléchir à ce qu'il pourrait faire autrement, sans le faire à sa place, l'apaise. L'autrice précise qu'elle ne parle pas des rares cas où il est indispensable d'intervenir.
Et si mon enfant ne me parle pas ?
L'entretien propose une démarche en quatre temps, que le magazine reprend en détail. L'essentiel tient dans une promesse que le parent doit pouvoir tenir à la lettre, y compris quand c'est difficile.
« Si tu décides de m'en parler, je ne ferai rien avec lequel tu ne seras pas à 100 % d'accord. »
Et si c'était mon enfant qui faisait souffrir les autres ?
La question est posée, et l'autrice y répond sans détour. Il est difficile de repérer ces comportements, parce que l'enfant ne s'en vante pas à la maison, et difficile d'agir parce que, de son point de vue, c'est un cercle qui s'entretient : être populaire permet de harceler, et harceler rend plus populaire. Elle invite à prendre au sérieux les plaintes d'autres enfants, sans chercher à protéger le sien à tout prix. Et elle y voit une bonne nouvelle : depuis peu, quelques parents demandent à consulter, signe que certains osent dire à leur enfant à quel point ses actes les bouleversent.
Questions fréquentes
Faut-il intervenir quand mon enfant se dispute avec ses amis ?
Selon Emmanuelle Piquet, intervenir à sa place est souvent contre-productif, même chez les plus petits. Elle recommande d'aider l'enfant à réfléchir et à choisir, sans le faire à sa place. Elle réserve l'intervention aux cas où elle est indispensable.
Que dire à un enfant qui n'ose pas parler de ce qu'il vit ?
Lui dire qu'on sent que quelque chose est difficile, qu'on comprend que parler lui coûte, et lui promettre de ne rien faire sans son accord. Le magazine détaille les quatre temps de cette démarche.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les quatre temps pour ouvrir le dialogue avec un enfant qui se tait.
- Les conséquences de la posture de « garde du corps » face à un enseignant ou à un grand-parent.
- L'explication du « plaisir social », qui fait comprendre ce que l'auteur d'une relation toxique y trouve.
- Les réponses sur l'école, la famille, la fratrie et le couple comme terrains de relations toxiques.
