Chacun peut-il passer à l'acte ? Les pionniers du bien commun
Qui sont les personnes qui changent le monde à leur échelle ? Dans le n°15 d'Innovation en Éducation, Mathias Lahiani raconte ce que quinze ans de rencontres lui ont appris.
Tiré du magazine · n°15Peuvent-ils encore changer le monde ?
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Et si l'on passait de l'indignation à l'action ? Mathias Lahiani, fondateur d'On passe à l'acte, y a consacré quinze ans : il est parti à la rencontre de citoyens qui améliorent le monde à leur échelle, et en a tiré plus de 1 000 vidéos réalisées bénévolement. Dans le n°15 d'Innovation en Éducation, il en tire une leçon étonnante : ces pionniers n'ont pas de profil type.
Aujourd'hui, On passe à l'acte est à la fois un média, une société de production de films, une coopérative dédiée à l'impact sociétal, une communauté d'entraide et un tiers-lieu. Mathias Lahiani raconte d'où il vient : des milieux éco-féministes des années 1970, où l'on critiquait volontiers le « système », avec l'amour du vivant et la paix pour boussole. Vers 35 ans, il a voulu vérifier que tout cela existait vraiment, et si l'on pouvait y contribuer.
Ce qui compte, est-ce d'avoir les bonnes convictions ?
Pas du tout, répond-il. À sa surprise, les personnes qu'il a rencontrées ne ressemblaient guère à ce qu'on lui avait décrit : elles viennent de tous les milieux et de tous les profils. Ce qui les réunit, c'est une décision éthique prise à un moment de leur vie. Il en déduit une conviction.
« Il y a un passeur à l'acte qui sommeille en chacun de nous. »
Il en donne trois exemples. Le plus parlant est celui de Cédric Vivien, qui aime la mer et la voyait polluée. Longtemps, il aurait pu rester un râleur. Il a plutôt décidé de collecter les déchets des berges de l'Hérault pendant son temps libre, pour qu'ils ne partent plus vers la mer lors des crues, jusqu'à payer lui-même les frais de déchetterie. Dix ans plus tard, des centaines de citoyens participent aux ramassages, et des dizaines de tonnes ont été récoltées.
« Cédric a pris une décision éthique. C'est le fait d'un seul homme au départ. Une graine qui a germé. »
Deux autres portraits complètent la série : une femme qui, passé 70 ans, a multiplié les initiatives d'entraide, et un ingénieur informaticien qui a contribué à la naissance des licences libres. Le magazine les raconte en détail.
Changer le monde, est-ce sans obstacle ?
L'auteur ne l'idéalise pas. Il décrit deux pièges qui guettent chacun : l'idéaliste qui critique sans jamais se donner les moyens d'agir, et le pragmatique qui oublie la dimension poétique de la vie. Les pionniers qu'il a interviewés trouvent, selon lui, un équilibre entre les deux. Mais leur chemin n'est pas facile. Ils manquent de financements, car les projets qui prennent soin du vivant sont rarement ceux que les banques soutiennent, et ils sont souvent isolés. Il avance une explication inattendue : on en veut parfois à ceux qui agissent, parce qu'ils nous rappellent que nous n'agissons pas nous-mêmes.
Faut-il que tout le monde s'engage de la même façon ?
Non, et c'est un point sur lequel l'auteur insiste. Il défend l'engagement spécifique de chacun plutôt que l'engagement de masse : le moteur de chacun dépend de sa sensibilité, de son histoire et de ses aspirations. Une société qui demanderait à tous de faire la même chose au même moment passerait à côté de la richesse de la diversité humaine. Pour soutenir cet engagement, son équipe a imaginé plusieurs outils, que l'article présente à la fin.
Cette idée trouve un écho auprès des enseignants et des parents : laisser chaque enfant trouver ce qui le met en mouvement, plutôt que de lui imposer un seul modèle d'engagement.
Questions fréquentes
Qui est Mathias Lahiani ?
Le fondateur d'On passe à l'acte depuis 2008, un média et une société de production qui mettent en lumière des initiatives positives. Il a produit plus de 1 000 vidéos sur des porteurs de projets.
Faut-il être écolo pour s'engager ?
Selon l'auteur, non : les personnes qu'il a rencontrées viennent de tous les milieux. Ce qui compte, c'est de prendre dans sa vie une décision éthique.
Un seul geste peut-il avoir de l'effet ?
L'exemple de Cédric Vivien, qui a commencé seul, montre selon l'auteur qu'une initiative individuelle peut en entraîner beaucoup d'autres.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les trois portraits complets : Cédric Vivien, Simone Astié et Richard Stallman.
- Les deux pièges de l'idéaliste et du pragmatique.
- Les obstacles rencontrés par les pionniers, du financement à l'isolement.
- La liste des solutions que l'équipe d'On passe à l'acte a imaginées pour les soutenir.
