Mélanger petits, moyens et grands : que change une classe multi-âges ?
Face à des enfants en surcharge émotionnelle, une équipe d'une école maternelle parisienne a décidé de mélanger petits, moyens et grands. Emmanuelle Schlumberger raconte ce changement dans le n°24 d'Innovation en Éducation.
Hiver 2016, dans une école maternelle publique de Paris. Autour d'Emmanuelle Schlumberger, une équipe soudée de quatre enseignants, dont le directeur. Ils accueillent de plus en plus d'enfants en surcharge émotionnelle, les relations entre élèves sont compliquées et l'entrée dans les apprentissages attendus est retardée. Faute de réponse de l'institution, l'équipe se demande comment redonner du sens à sa pratique. Sa conviction : il faut d'abord développer les compétences sociales des enfants. L'enseignante raconte la suite dans le n°24 d'Innovation en Éducation.
Pourquoi avoir décidé de mélanger les âges ?
L'équipe s'est intéressée à l'expérience de Céline Alvarez, relatée dans Les lois naturelles de l'enfant, puis aux travaux, à la pédagogie et au matériel de Maria Montessori, pour qui les classes multi-âges sont au cœur de l'approche. À l'été 2016, les quatre enseignants se lancent ensemble : petits, moyens et grands sont répartis dans quatre classes. Ils informent leur inspectrice, qui respecte le choix d'équipe. Les parents se montrent très favorables, grâce à une relation de confiance fondée sur l'écoute. Et les agents spécialisés en école maternelle (ASEM) voient leur rôle évoluer : un temps d'échange avec elles, souligne l'autrice, a été essentiel à la réussite du projet.
Que se passe-t-il entre les enfants ?
Chaque année, une petite dizaine de nouveaux arrivent dans chaque classe, et les anciens se sentent investis d'une mission : ils sont les « sachants » de l'école maternelle. Moins de petits à la fois, c'est d'abord moins de pleurs à gérer. Très vite, les grands s'entraident avec les plus jeunes, pour des gestes quotidiens comme pour des apprentissages. Même un enfant en difficulté peut montrer à un plus petit comment enfiler ses chaussons. Les petits attendrissent, ce qui développe l'empathie des grands. Ceux-ci se souviennent d'avoir été tristes de quitter leurs parents, parfois le sont encore, et apprennent à mettre des mots sur leurs émotions.
Une scène résume l'ensemble. Ava, 5 ans, colore des mandalas avec une technique de dégradé qui fait sensation auprès des plus jeunes. Elle distribue ses œuvres avec générosité, un autre enfant se lance à son tour, et au bout de quelques jours, la technique s'est propagée au sein du groupe.
Qu'est-ce que cela demande aux adultes ?
Mélanger les âges ne suffit pas : une classe mélangée doit s'accompagner d'une pédagogie qui permet à chaque enfant de mener ses apprentissages de façon autonome et libre. L'équipe a compris qu'elle devait se décentrer, accepter de ne pas tout contrôler, pour laisser les enfants exercer leur autonomie, échanger, parfois entrer en conflit, faire des expériences et chercher de l'aide ailleurs que chez l'adulte.
« Ne pas contrôler, c'est accepter que chaque enfant mène sa petite embarcation, veiller à ce que chacune flotte, avance dans la bonne direction mais pas forcément tout droit, et accoste de temps en temps quelque part. »
Quels résultats voit-elle ?
Les enfants observent, imitent, verbalisent leur savoir pour les plus grands, et les plus petits viennent chercher de l'aide auprès d'un pair. Le magazine raconte d'autres scènes de la classe bleue, où l'on voit des enfants de 4 à 5 ans s'entraîner à lire et à écrire en s'inspirant les uns des autres. Pour l'autrice, le projet dépasse la simple réorganisation pédagogique : il transforme les relations entre les enfants, et entre eux et les adultes.
« Ce changement de posture est la clé de la réussite de ce projet. »
Questions fréquentes
Faut-il être une équipe entière pour passer en classe multi-âges ?
Dans ce témoignage, le choix d'équipe a facilité les choses et a été respecté par l'inspectrice. Le magazine ne dit pas si l'expérience est transposable seul.
Que deviennent les agents de l'école maternelle ?
Leur rôle évolue : elles accompagnent davantage les élèves, et les enfants prennent en charge l'entretien de la classe.
Les parents sont-ils réticents ?
L'autrice dit avoir trouvé les parents très favorables, grâce à une relation de confiance construite par l'écoute et le respect mutuel.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le contexte de 2016 et la décision commune des quatre enseignants.
- La place des agents spécialisés en école maternelle dans le projet.
- Les comportements d'entraide observés, des gestes du quotidien aux apprentissages.
- Les scènes de la classe bleue, avec les lettres rugueuses, les encodages et l'atelier pain.
- Le changement de posture des adultes, présenté comme la clé de la réussite.
N°24
n°24 · Profs inspirants : 30 méthodes qui marchent
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