Passer à la pédagogie Montessori en maternelle : qu'est-ce que cela change pour l'enseignante ?
Des élèves qui font pour lui faire plaisir, une classe éprouvante, l'envie qui s'en va : Justine Payet-Barthel raconte dans le n°24 d'Innovation en Éducation comment la pédagogie Montessori lui a redonné goût à son métier.
Quand elle a débuté en maternelle, Justine Payet-Barthel appliquait une méthode dite « classique » : des ateliers qu'elle dirigeait, auxquels certains enfants participaient surtout pour lui faire plaisir. L'absence de choix, raconte-t-elle, entraînait un désengagement chez beaucoup. Les compétences acquises n'étaient pas solides, la préparation était chronophage, la gestion de classe éprouvante, et petit à petit, l'envie s'est évanouie. Aujourd'hui enseignante en très petite section à La Réunion, elle raconte dans le n°24 d'Innovation en Éducation comment une collègue a changé son parcours.
Comment est-elle arrivée à Montessori ?
Par une collègue, Céline, qui pratiquait cette pédagogie depuis longtemps. Justine Payet-Barthel avoue avoir eu, comme beaucoup, des a priori. Céline lui a d'abord proposé de regarder le film Le maître est l'enfant d'Alexandre Mourot, qui lui a permis de mieux comprendre la posture de l'enseignant et le fonctionnement de la classe, puis elle a lu L'enfant de Maria Montessori. En comprenant le cheminement de cette pédagogie, beaucoup de choses ont été remises en question, y compris dans son vécu personnel.
La première étape a été de repenser l'aménagement de sa classe, avec du matériel prêté par sa collègue en attendant d'acquérir le sien. Très vite, elle a constaté que le matériel captivait les élèves, les poussait à travailler de leur propre initiative et mobilisait leur attention comme leur volonté.
Le changement a-t-il été immédiat ?
Non, et elle le dit sans détour. Elle est restée sceptique assez longtemps sur l'acquisition des compétences, a travaillé de façon hybride, alternant ateliers classiques et présentations Montessori, sans pleinement faire confiance à ses élèves. Changer de classe et de matériel est une chose, dit-elle, changer soi-même est beaucoup plus long, et le parcours n'a pas été une ligne droite. Pour se sentir légitime, notamment vis-à-vis de l'Éducation nationale, elle a adhéré à l'association Public Montessori et suivi une formation, qui lui a donné des bases solides et plus d'assurance.
Le matériel est-il vraiment inaccessible ?
Elle déconstruit cette idée reçue : ce n'est pas un obstacle insurmontable si l'on se laisse le temps de se préparer. Elle évoque des subventions, des appels à projets, des cagnottes participatives, des petites annonces de matériel d'occasion et la fabrication de certains éléments. Le magazine détaille ces pistes de financement et la façon dont elle a constitué son propre matériel.
Qu'est-ce qui a été le plus difficile ?
Le regard des autres. Elle a parfois eu l'impression d'être mise à l'écart, et ne cache pas que le chemin peut être solitaire.
« C'est très intéressant ce que vous faites dans vos classes… Mais quand on voit comme on vous traite, non, je ne préfère pas. »
Elle a retrouvé de la considération en se rapprochant de collègues qui partageaient ses préoccupations.
Et aujourd'hui ?
Elle ne reviendrait pas en arrière. Elle voit des enfants motivés et épanouis, qui acquièrent leurs compétences de façon presque naturelle, et qui, pour la plupart, dépassent de loin les attentes habituelles.
« J'ai eu l'impression de découvrir une certaine vérité et que je faisais fausse route jusqu'à présent. »
Pour comprendre ce que cette pédagogie apporte au cerveau des enfants, un autre article du blog résume ce que disent les neurosciences de la pédagogie Montessori.
Qu'est-ce qui l'a convaincue, au-delà de la méthode ?
Justine Payet-Barthel ne s'est pas laissé convaincre par des arguments, mais par la pratique et l'accompagnement. Sa collègue Céline l'a invitée dans sa classe, lui a prêté du matériel, l'a formée brièvement avec une autre collègue et a partagé ses outils et ses documents. Elle a vu les élèves s'emparer du matériel, travailler de leur propre initiative, interagir davantage dans une ambiance plus sereine. Elle précise que sa collègue n'a pas eu besoin de la convaincre : elle en avait besoin. Elle ajoute que la transition ne se limite pas au matériel ou à l'aménagement : elle suppose de changer soi-même, de lâcher des habitudes bien ancrées, et cela, dit-elle, prend beaucoup de temps. Son témoignage donne une place importante à la solidarité entre collègues.
Questions fréquentes
Faut-il tout changer d'un coup pour passer à Montessori ?
Non. L'autrice a longtemps travaillé de façon hybride, alternant des ateliers classiques et des présentations Montessori.
Le matériel Montessori est-il hors de prix ?
Elle explique que ce n'est pas un vrai obstacle : subventions, cagnottes, petites annonces, matériel d'occasion ou fabriqué soi-même permettent de s'équiper progressivement.
Comment se sentir légitime quand on change de pédagogie ?
Elle s'est appuyée sur une association et sur une formation, qui lui ont donné des bases solides, de l'assurance et un réseau de collègues.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le récit de ses années de pédagogie « classique », avec ses impasses.
- Les références qui l'ont éclairée : un film, un ouvrage et l'aide d'une collègue.
- La préparation de l'environnement et les étapes de la transition.
- Les solutions de financement et d'achat du matériel.
- Le chemin pour bâtir sa légitimité, entre formations et réseau.
N°24
n°24 · Profs inspirants : 30 méthodes qui marchent
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