Regrouper ses heures de cours : que peut-on faire avec trois heures d'affilée ?
Ralentir le chrono : Agathe de Miniac, professeure d'histoire-géographie au collège, a regroupé ses séances de 55 minutes en plages de trois heures. Elle raconte dans le n°24 d'Innovation en Éducation ce que ce temps long a changé.
Depuis environ vingt-cinq ans, Agathe de Miniac enseigne l'histoire-géographie. Puis sa vie de mère a tout bousculé : l'école ordinaire s'est révélée inadaptée à plusieurs de ses enfants, ce qui l'a conduite, avec son mari, professeur des écoles, à chercher d'autres façons d'instruire. Elle a découvert la pédagogie Montessori, qui lui a paru une révélation, adaptée au rythme de chacun. De retour dans son collège de Redon, il ne lui était plus possible de reprendre ses cours comme avant. Elle raconte dans le n°24 d'Innovation en Éducation comment elle a changé d'abord le rapport au temps.
Pourquoi vouloir regrouper les heures ?
Parce qu'elle ne supportait plus ce temps morcelé en séances de 55 minutes. Il lui semblait essentiel de « ralentir le chrono ». Elle a demandé à regrouper ses trois séances hebdomadaires en une seule plage de trois heures. Son directeur a accepté et l'a laissée tester avec trois classes de cinquième. Elle a ensuite fabriqué du matériel selon les principes montessoriens : en trois dimensions, surdimensionné, faisant appel aux cinq sens.
Comment commence une séance de trois heures ?
Par une promenade, hors du collège, parfois avec son chien. Après l'appel, la classe sort une vingtaine de minutes. Les élèves parlent de leur vie et de leurs états d'âme, certains courent, d'autres discutent. On prend le temps de se rencontrer et de commencer la journée en douceur, tout en se connectant à la nature, aux saisons, à la météo.
Ensuite, les élèves se répartissent en petits groupes, le plus souvent de leur choix, et disposent d'environ deux heures pour travailler à leur rythme. Chacun choisit un atelier sur une étagère, parmi douze à quinze possibles pour la séquence. Un exemple : construire une courbe de la population mondiale sur un grand panneau de bois, avec des clous et des élastiques. Le magazine décrit la suite : fiche de questions, circuit de correction, temps de mémorisation en fin de séance.
Et sans contrôle ni devoirs ?
L'enseignante affirme qu'ils ne sont pas nécessaires : il n'y a ni contrôle dans l'année ni devoir le soir. Quand les élèves réussissent, elle les laisse apprendre librement. Quand un groupe est en difficulté, elle s'assoit avec lui pour faire le travail ensemble.
« Mes élèves sont tranquilles et heureux, ils ne veulent même plus sortir en récréation ! »
Elle constate qu'elle ne fait presque plus de gestion de groupe, que les élèves s'autodisciplinent naturellement et qu'ils ont l'impression de jouer. Deux ans plus tard, quand elle les retrouve en troisième, ils se souviennent de beaucoup d'éléments du programme. Elle sort aussi de ses séances très paisible, sans la fatigue physique qu'elle connaissait.
Faut-il être professeur d'histoire pour essayer ?
Non, juge-t-elle : la démarche se décline facilement dans d'autres disciplines, et de nombreux collègues viennent la voir. Inspectée la première année à la demande de sa direction, elle a reçu un bilan très positif. Elle observe que l'Éducation nationale laisse une grande liberté d'action. Ses conseils : lire Maria Montessori, demander à regrouper les heures (il faut selon elle « le temps long »), tester les ateliers et interroger les élèves sur ceux qui fonctionnent.
« Le dernier conseil est sans doute le plus important : prendre le temps d'écouter les apprenants : ils ont tant à nous dire ! »
Qu'est-ce que le temps long change pour l'enseignante ?
Agathe de Miniac décrit un double bénéfice. Pour les élèves, une séance qui ne s'arrête pas toutes les 55 minutes, qui commence par une marche, qui laisse place à la manipulation et à la mémorisation par le jeu. Pour elle, une organisation qu'elle juge très agréable et paisible, avec peu de gestion de groupe et sans la fatigue physique qu'elle connaissait auparavant. Elle y voit un état d'esprit autant qu'un format : prendre le temps, c'est aussi accepter que les élèves apprennent à leur rythme, que certains ateliers fonctionnent mieux que d'autres, et qu'il faut tester et demander l'avis de ceux qui les utilisent. Elle dit avoir été inspectée la première année, à la demande de sa direction, avec un bilan très positif.
Questions fréquentes
Faut-il l'accord de la direction pour regrouper ses heures ?
Dans ce témoignage, la direction a accepté un test avec trois classes de cinquième. L'enseignante demande explicitement à regrouper ses heures.
Le matériel est-il difficile à fabriquer ?
Il est conçu selon les principes montessoriens, en trois dimensions, surdimensionné et sollicitant les cinq sens. Elle précise que certains ateliers fonctionnent très bien et d'autres moins, d'où l'importance de tester.
Les élèves progressent-ils sans contrôle ?
Elle rapporte qu'en troisième, deux ans plus tard, les élèves se souviennent de beaucoup d'éléments du programme.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le parcours personnel qui a conduit l'enseignante à Montessori.
- Le déroulé complet d'une séance : promenade, deux heures d'ateliers, relecture finale.
- Le fonctionnement du petit meuble de correction et de l'équipe de correcteurs.
- L'exemple de la courbe de population mondiale et d'autres types d'ateliers.
- Les conseils de l'enseignante pour installer le temps long.
N°24
n°24 · Profs inspirants : 30 méthodes qui marchent
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