Comment apprendre à un enfant à repérer les relations toxiques ?
Le meilleur rempart contre les relations toxiques serait la confiance qu'un enfant a dans ce qu'il ressent. Dans le n°28 d'Innovation en Éducation, Marie-Jeanne Trouchaud montre comment la préserver, de la petite enfance à l'adolescence.
Tiré du magazine · n°28Protéger nos enfants des relations toxiques
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Comment éviter à un enfant de subir une relation toxique, ou d'en devenir l'auteur ? La thérapeute et autrice Marie-Jeanne Trouchaud répond par une idée simple, et exigeante : lui apprendre à faire confiance à ce qu'il ressent. Enseignante, formatrice puis thérapeute, engagée depuis une quarantaine d'années dans le monde associatif pour la non-violence, elle résume ses propositions par les titres de quatre de ses livres : donner confiance, apprendre la liberté, communiquer sans violence, et éduquer sans punir. Son article du n°28 d'Innovation en Éducation en suit le fil.
Comment donner confiance à un enfant ?
En commençant par comprendre son fonctionnement. Un tout-petit croit ce qu'on lui dit : avec la même innocence qu'il croit au Père Noël, il croira qu'il est « méchant », « nul » ou la cause des soucis de ses parents, même si on le lui dit en plaisantant. Il croira aussi qu'il n'est aimable qu'à condition d'obéir. À force, s'il associe l'amour à des conduites qui ne respectent pas son intégrité, il pourra devenir la proie de relations toxiques, en cherchant l'affection « à condition que ».
L'autrice insiste sur le fait que ces phrases passent souvent pour des plaisanteries : « Tu pleures comme un bébé », « Sois grand ». Elles peuvent pourtant blesser durablement des émotions qu'un enfant n'a pas encore la capacité de gérer.
Comment lui apprendre la liberté, à l'adolescence ?
L'adolescence doit être, dit-elle, le temps du « détachement sécure », après celui de l'attachement sécure : on ne passe pas du « tu obéis » au « tu décides ». Elle propose d'éduquer la pensée du jeune plutôt que de la contrôler. Intéressons-nous à ce qu'il défend et demandons-lui en quoi c'est important, quelles sont ses sources.
« Une opinion n'est pas une vérité, une croyance n'est pas un savoir… »
Elle suggère aussi d'établir les règles ensemble, en posant des questions plutôt qu'en les assénant : que se passerait-il si tout le monde faisait ce qu'il voulait ? comment s'organiser pour que chacun se sente en sécurité ? L'adulte fait ainsi autorité sans être autoritaire.
Que faire d'un adolescent qui a un comportement difficile ?
Changer de regard.
« S'il a ce comportement difficile, c'est qu'il est en difficulté ! »
Derrière l'arrogance ou le repli, dit-elle, il y a souvent des doutes, de la honte, une crise existentielle, et un cerveau encore fragile pour gérer le stress et les émotions. Il a besoin d'adultes « structurants, exigeants, calmes, justes, respectueux ». On peut s'opposer fermement à un comportement dangereux sans jamais humilier : dire « c'est POUR toi, pas CONTRE toi », plutôt que « tu m'épuises ». Le magazine illustre cette approche pas à pas, par un échange détaillé autour des jeux vidéo.
Comment l'aider à repérer ce qui ne va pas ?
La seule manière d'éviter les relations toxiques, selon l'autrice, est de faire confiance à sa « sagesse profonde », ce ressenti qui nous fait dire après coup : « au fond, je savais bien ». Les émotions renseignent sur nos besoins, et aucune n'est à proscrire.
« C'est en le consultant sur ce qu'il ressent, sur ce qu'il éprouve […] qu'il sera vacciné contre les relations toxiques. »
Un exemple parle à tous les parents : face à un enfant en colère contre son petit frère, l'autrice conseille de reconnaître l'émotion, de rappeler que frapper est interdit et de proposer une alternative acceptable, comme frapper un coussin, avant de revenir au calme. L'enfant n'est pas puni pour sa colère : il apprend à la traduire. Le magazine détaille plusieurs réponses de ce type, y compris pour un adolescent.
Questions fréquentes
Comment protéger un enfant des relations toxiques ?
Selon l'autrice, en lui apprenant à faire confiance à ce qu'il ressent : accueillir ses émotions, ne pas les ridiculiser, lui permettre de les exprimer de façon acceptable.
Comment parler à un adolescent en colère ou en repli ?
En changeant de regard : son comportement difficile traduit souvent une difficulté. On peut s'opposer à ce qui est dangereux sans l'humilier.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le dialogue détaillé pas à pas pour parler de jeux vidéo avec un adolescent, sans l'accuser.
- Les questions à poser pour éduquer la réflexion d'un jeune sur ses opinions et sur ses choix.
- Les exemples d'accueil des émotions : colère de l'enfant, chagrin d'amour de l'adolescent.
- L'exercice proposé aux adultes sur ce qui les insupporte dans la communication des autres.
