Pourquoi les ados se laissent-ils tant influencer par leur entourage ?
Se conformer au groupe n'est pas forcément un manque de confiance en soi. Dans le n°21 d'Innovation en Éducation, la psychologue Maëlle Nicquel Courtin décrit ce que l'influence apporte aux adolescents, et ce qu'elle peut coûter.
Les copains, les séries, les réseaux sociaux : à l'adolescence, tout semble pouvoir faire changer un jeune de vêtements, de goûts, de manière de parler. Faut-il s'en inquiéter ? Dans un entretien du n°21 d'Innovation en Éducation, la psychologue clinicienne Maëlle Nicquel Courtin répond en nuançant. Basée à Lille, spécialisée dans le développement de la confiance en soi, elle est aussi psychologue de l'Éducation nationale et accompagne des adolescents dans la construction de leur identité.
D'où vient l'influence que subissent les adolescents ?
Elle vient de plusieurs sources qui se croisent. Les amitiés pèsent sur les choix vestimentaires, les loisirs, l'attitude face à l'école, mais aussi sur l'estime de soi. Les séries et les films proposent des personnages auxquels on s'identifie. Les réseaux sociaux exposent à des normes de beauté irréalistes et à des idéaux de réussite. Enfin, l'éducation familiale continue de jouer un rôle essentiel dans la formation de l'identité et des valeurs.
Ces influences agissent d'autant plus fort que l'adolescence est une période de recherche d'identité. Le jeune se demande « Qui suis-je ? » et « Où est ma place ? », il explore des perspectives, adopte de nouveaux comportements, et accorde beaucoup de poids à l'opinion de ses pairs, par crainte du rejet.
Se conformer, est-ce le signe d'un manque de confiance ?
Pas nécessairement, répond la psychologue, et c'est l'un des points les plus rassurants de l'entretien. Appartenir à un groupe procure sécurité et reconnaissance, et aide à tester différents rôles pour trouver ceux qui correspondent à sa personnalité.
« La quête d'appartenance ne signifie pas forcément un manque de confiance en soi. »
Elle signale seulement un point de vigilance : un adolescent excessivement dépendant de l'approbation des autres, ou incapable de construire une identité indépendante, peut révéler un problème de confiance sous-jacent. Dans ce cas, il s'agit d'encourager son autonomie.
Les parents sont-ils en concurrence avec les influences extérieures ?
Pas vraiment. La psychologue décrit l'adolescence comme un temps d'individuation : le jeune prend de la distance avec ses figures d'attachement tout en les sollicitant pour vérifier qu'elles restent disponibles. L'opposition, voire la rébellion, répond à cette double exigence.
« L'opposition et la rébellion répondent à cette double exigence d'autonomie et de mise à l'épreuve du lien dans la recherche d'un nouvel équilibre. »
Se confronter à des valeurs différentes de celles de ses parents permet justement au jeune de construire les siennes. L'influence a donc des bons côtés : se connecter aux pairs, explorer son identité, découvrir de nouveaux intérêts. Elle a aussi ses risques : la pression de conformité, les comportements à risque sous l'effet du groupe, le stress né des conflits entre pairs. L'entretien dresse les deux listes, sans en privilégier une.
L'entretien rappelle en outre que le développement cognitif joue dans les deux sens : la capacité à raisonner de façon plus abstraite se développe vite à cet âge, ce qui rend les jeunes plus sensibles aux idées extérieures. La prise de risque, enfin, est plus tolérée par eux, et peut les pousser à des décisions impulsives pour s'intégrer au groupe.
Que peuvent faire les parents ?
Maëlle Nicquel Courtin propose plusieurs postures préventives. Parmi elles, une communication ouverte et bienveillante instaurée tôt, des limites claires fixées ensemble, et l'encouragement de l'autonomie. Elle consacre aussi une réponse à la Communication NonViolente, qui s'appuie sur une trame en quatre temps pour désamorcer les conflits, et renvoie à l'article du magazine consacré à ce sujet. Le texte précise que cette approche ne s'acquiert pas du jour au lendemain, mais qu'il n'est jamais trop tard pour s'y familiariser.
L'entretien se conclut sur un message équilibré : on parle souvent de « mauvaise influence », alors que l'influence sociale favorise aussi la connexion aux pairs et l'exploration de soi.
Questions fréquentes
Un ado influençable manque-t-il de confiance en lui ?
Pas forcément. Selon la psychologue, la quête d'appartenance est normale à cet âge. C'est une dépendance excessive à l'approbation des autres qui mérite attention.
Comment parler à un adolescent sans le braquer ?
Elle recommande une communication bienveillante et l'écoute active, sans jugement, et cite la Communication NonViolente comme outil.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les quatre sources d'influence et les quatre mécanismes psychologiques qui rendent l'ado plus sensible.
- Les listes des avantages et des inconvénients de l'influence sociale.
- Les sept postures que peuvent adopter les parents, de l'enseignement des valeurs à la célébration des réussites.
- La présentation de la trame en quatre étapes de la CNV.
N°21
n°21 · Déjouer la crise d’ado, c’est possible !
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