Les mots que l'on dit aux enfants ont-ils vraiment un tel poids ?
« Si tu recommences, gare à toi ! » Qui ne l'a jamais dit ? Dans le n°2 d'Innovation en Éducation, Sophie Rabhi-Bouquet, formée à la communication non violente, revient sur ces phrases ordinaires et propose d'autres manières de parler aux enfants.
Tiré du magazine · n°2Cerveau / neurosciences : mode d'emploi !
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Oui, et la recherche le confirme de mieux en mieux. Les paroles adressées à un enfant participent à la qualité de son attachement, à son développement et même à son vocabulaire. Dans le n°2 d'Innovation en Éducation, Sophie Rabhi-Bouquet, fondatrice de l'école de la Ferme des Enfants et formée depuis plus de vingt ans à la communication non violente, montre comment nos phrases les plus banales portent parfois une violence ordinaire, et propose une autre façon de parler.
Parler au bébé, un besoin vital
L'article commence loin dans le temps, par une légende médiévale sur des nourrissons privés de paroles, puis par l'intuition de la psychanalyste Françoise Dolto, qui recommandait de tout expliquer aux bébés. La théorie de l'attachement et les neurosciences ont depuis largement confirmé que le tout-petit se construit dans une relation faite de soins et d'échanges chaleureux.
Sophie Rabhi-Bouquet décrit avec finesse ce que nous faisons spontanément avec un bébé : nous nous penchons vers lui, nous ralentissons notre voix, nous lui parlons avec une mélodie qu'il comprend avant même de comprendre les mots. Cet accordage affectif contribue à un attachement sécurisant. Elle cite une donnée frappante sur la richesse du vocabulaire des enfants à l'entrée en maternelle selon le climat dans lequel ils ont grandi, que vous trouverez dans le magazine.
Ces phrases que tout le monde a prononcées
Le passage central de l'article est une liste de phrases que la plupart des parents et des enseignants reconnaîtront. Menaces, chantage, jugements, ironie : l'autrice les relève sans accusation, comme des habitudes transmises de génération en génération. Elle les met ensuite en regard d'une question simple.
« Aucun adulte n'accepterait qu'on lui parle ainsi. »
Le propos n'est pas de faire le procès des parents. Sophie Rabhi-Bouquet raconte qu'elle a elle-même pris conscience de ce langage en devenant mère, puis en ouvrant son école. Elle reconnaît qu'il faut beaucoup d'efforts et de persévérance pour sortir d'habitudes aussi anciennes. Sa démarche est celle de quelqu'un qui cherche, pas de quelqu'un qui juge.
Dans le même numéro, l'illustratrice Fanny Vella aborde ces mêmes habitudes avec humour, à travers quatre planches tirées de son livre Et si on changeait d'angle ?. Une autre façon, plus légère, de se regarder faire.
L'écoute active, en pratique
Que faire à la place ? L'autrice raconte une scène : une fillette en colère détruit à coups de pied la construction qu'elle a faite avec un camarade. Plutôt qu'un reproche, l'adulte s'approche, décrit ce qu'il voit et reformule ce que l'enfant semble ressentir. Le dialogue reproduit dans le magazine montre comment, reconnue dans sa déception, l'enfant trouve elle-même une solution. C'est ce qu'on appelle l'écoute active, une pratique que l'autrice a découverte au fil de ses formations, notamment auprès des approches de Marshall Rosenberg et de Thomas Gordon.
En fin d'article, un encadré propose cinq phrases du quotidien et, pour chacune, une reformulation qui exprime le besoin de l'adulte et invite l'enfant à participer. Le principe qui les guide tient en une phrase.
« L'idée, c'est toujours de nourrir la communication au lieu de prononcer des injonctions ou des jugements qui activent le système de défense de l'interlocuteur. »
Commencer par soi
L'article se termine sur une idée qui traverse tout le n°2 : parler avec justesse suppose de bien se connaître, et de reconnaître ce qui, dans nos réactions, vient de notre propre histoire d'enfant. Sophie Rabhi-Bouquet y voit un préalable, plutôt qu'une condition à remplir avant de commencer. Un autre article du numéro propose une démarche pour se libérer des croyances héritées de l'enfance.
Le magazine clôt cette partie sur une note lumineuse : une double page de photographies montre comment des écoliers de Polynésie ont choisi des paroles inspirantes pour décorer leur école.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'écoute active avec un enfant ?
C'est une manière d'écouter qui consiste à décrire la situation et à reformuler ce que l'enfant semble ressentir, sans le juger. Reconnu, l'enfant trouve souvent lui-même une solution.
Qu'appelle-t-on violence éducative ordinaire ?
Ce sont des paroles ou des gestes courants, menaces, chantage, jugements, humiliations, souvent transmis sans y penser. Sophie Rabhi-Bouquet les présente comme des habitudes collectives, que l'on peut faire évoluer.
Par quoi remplacer « Si tu ne te mets pas en pyjama, je ne lis pas l'histoire » ?
Le magazine propose d'exprimer son propre besoin, par exemple sa fatigue, puis de demander à l'enfant s'il est d'accord pour coopérer. L'encadré du n°2 donne cinq reformulations de ce type.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La liste des phrases ordinaires relevées par Sophie Rabhi-Bouquet.
- Le dialogue complet d'écoute active avec la fillette en colère.
- Cinq phrases du quotidien et leurs reformulations, prêtes à l'emploi.
- La donnée sur le vocabulaire des enfants selon la sécurité de leur attachement.
- Les planches de Fanny Vella et les fresques des écoliers de Punaauia.
n°2 · Cerveau / neurosciences : mode d'emploi !
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