Peut-on enseigner le vivre ensemble en CM2 ? L'éducation à la relation
Prendre du temps pour enseigner le vivre ensemble, y compris en CM2, et de façon ludique : Laure Ridez raconte dans le n°24 d'Innovation en Éducation ce que lui a apporté une formation à l'éducation à la relation.
Depuis le début de sa carrière, Laure Ridez, enseignante de CM2 à Toulouse, œuvre pour que ses élèves se sentent en confiance et en sécurité : c'est, pour elle, la base de l'entrée dans les apprentissages. Un jour, son établissement lui a proposé de suivre une formation diplômante d'éducation à la relation, sur deux ans. Elle ne se doutait pas que cela changerait sa façon d'être et de gérer sa classe. Elle raconte l'expérience dans le n°24 d'Innovation en Éducation.
Peut-on vraiment prendre du temps pour le « vivre ensemble » en CM2 ?
Oui, et la formation l'a même aidée à s'en sentir légitime : l'enseignante dit avoir pu « déculpabiliser » sur le fait de consacrer du temps aux bases de la vie en groupe, et de le faire de façon ludique. Les séances comportent trois temps, dont le premier est une « météo des émotions », et se prolongent par un temps de discussion où l'élève verbalise son ressenti. À la fin, les enfants réfléchissent à ce qu'ils peuvent en retenir pour plus tard.
Par quoi commence-t-on ?
Par le groupe. La première phase, la cohésion, vise à créer un lien avec les élèves et entre eux : ils apprennent à se connaître, à exprimer leurs émotions et leurs besoins, à reconnaître et à accueillir ceux de leurs camarades. Ils découvrent leurs ressemblances et leurs différences avec bienveillance, explorent leurs forces, leurs qualités et leurs limites. Ce travail dissipe les préjugés et les « étiquettes ». L'autrice décrit ensuite trois autres phases, de la compréhension du conflit à l'action, que le magazine détaille : on y apprend notamment à distinguer un fait d'un jugement et à gérer un conflit, soit comme partie prenante, soit comme tiers.
Qu'est-ce que cela change au quotidien ?
La classe démarre avec une atmosphère détendue, et les enfants viennent avec envie. Ils ont moins peur de participer, parce qu'ils savent qu'ils ne seront pas jugés. Laure Ridez a aussi cessé de « s'acharner » sur les règles de vie : les sanctions sont établies en fonction de ce que l'enfant n'a pas respecté, et un simple rappel de la règle suffit souvent. Elle conserve la sanction pour les événements graves. Des séances de philosophie, avec une intervenante extérieure, complètent le travail sur des sujets comme l'amitié, la peur ou l'erreur.
« Je prends de plus en plus plaisir à être en classe, les relations sont apaisées et sereines. »
Et si on n'a pas accès à la formation ?
L'enseignante reconnaît que l'idéal est de la suivre, parce que les adultes y vivent les séances que vivront leurs élèves. À défaut, elle suggère de créer des jeux de cohésion dans sa classe, et de ne jamais oublier un temps de discussion après chaque activité pour comprendre ce qui a fonctionné ou non. Ce travail de relecture peut aussi s'appliquer à un travail de groupe ordinaire.
« Les enfants font ainsi l'expérience de leurs manques pour réussir et peuvent trouver une solution ensemble. »
Quelle place l'enseignante donne-t-elle à la formation ?
Laure Ridez insiste sur ce que la formation diplômante lui a apporté, au-delà des outils. Elle y a vécu elle-même les séances que ses élèves vivent ensuite, ce qui change, dit-elle, la manière de les conduire : on en sort changé. Cette expérience lui a aussi donné de la légitimité pour consacrer du temps, en CM2, à des apprentissages qui ne figurent pas dans les programmes mais qui conditionnent la vie du groupe. Elle précise bénéficier de parents partenaires et d'une directrice qui encourage la démarche, et l'équipe enseignante utilise elle aussi cette méthode pour sa cohésion, avec des activités proposées lors des concertations. Le résultat qu'elle décrit est d'abord personnel : elle prend de plus en plus plaisir à être en classe, et le lien qu'elle se permet aujourd'hui d'avoir avec ses élèves est plus proche.
Questions fréquentes
Faut-il une formation longue pour pratiquer l'éducation à la relation ?
L'autrice a suivi une formation diplômante de deux ans, qu'elle recommande, mais elle indique aussi qu'on peut créer des jeux de cohésion de groupe dans sa classe sans y avoir accès.
Comment gérer les règles de vie ?
Elle recourt à la verbalisation et à la responsabilisation, avec des sanctions proportionnées à ce que l'enfant n'a pas respecté, et réservées aux événements graves.
Les parents sont-ils associés ?
Elle dit avoir la chance d'avoir des parents partenaires et une directrice qui encourage la démarche. L'équipe enseignante utilise aussi cette méthode pour sa cohésion.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les trois temps d'une séance : météo des émotions, activité, recentrage.
- Les quatre phases de l'éducation à la relation : cohésion, compréhension, communication, action.
- Le travail de communication non violente, des freins de la communication au non-verbal.
- Les séances de philosophie avec une intervenante extérieure.
- Les conseils de l'enseignante pour relire une activité de groupe avec les élèves.
N°24
n°24 · Profs inspirants : 30 méthodes qui marchent
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