Qu'est-ce que « l'effet piranha » dans le cyberharcèlement ?
Le cyberharcèlement avance masqué, et les adultes ne le voient pas venir. Dans le n°11 d'Innovation en Éducation, le psychopédagogue Bruno Humbeeck décrit « l'effet piranha » et ce qui aide à le désamorcer.
Dans le cyberharcèlement, il n'y a pas de simples spectateurs. C'est l'idée centrale que développe Bruno Humbeeck, psychopédagogue et directeur de recherche à l'Université de Mons, dans le n°11 d'Innovation en Éducation. Chaque like, chaque partage, chaque commentaire s'ajoute à la charge subie par la personne visée : il appelle cela « l'effet piranha ». Son texte aide parents et enseignants à comprendre pourquoi ce harcèlement est si difficile à repérer, et ce qui permet d'y répondre.
L'auteur ouvre son texte sur une image : toute évolution technologique est une roue à double face. La première fait avancer les choses, la seconde, si l'on n'y prend pas garde, broie les gens. Le numérique offre de réelles opportunités, pédagogiques et sociales, mais il offre aussi une caisse de résonance à l'agressivité entre adolescents, face sombre qui échappe trop souvent aux adultes.
En quoi le cyberharcèlement diffère-t-il du harcèlement à l'école ?
Dans les deux cas, la victime subit publiquement des moqueries, des humiliations ou une mise à l'écart, pour qu'un auteur installe sa domination à travers le groupe. Mais en ligne, tout est démultiplié. Pour Bruno Humbeeck, les réseaux sociaux ne sont pas de simples outils de communication : les adolescents s'en servent pour installer leur prestige social, et les jeux de pouvoir y trouvent naturellement leur place.
« Il n'y a pas de témoins dans le cyber-harcèlement, seulement des acteurs plus ou moins passifs qui s'ajoutent à la meute […] »
L'auteur en tire une conséquence éducative : il faut expliquer cet effet de meute aux adolescents, pour qu'ils comprennent qu'il n'y a pas de neutralité possible sur un réseau social.
Pourquoi les adultes ne le voient-ils pas venir ?
Parce que le cyberharcèlement surgit souvent brutalement, en quelques jours, parfois en quelques heures, ce que l'auteur appelle le « flaming », un incendie fulgurant. Les signes habituels d'un mal-être, comme le retrait scolaire, n'ont pas le temps de s'installer. Il frappe aussi parfois des adolescents à qui tout semble réussir, qui suscitent un peu d'envie autour d'eux, et qu'un faux pas ou une maladresse suffit à déstabiliser.
« Invisible, silencieux, le cyber-harcèlement avance masqué. »
Dès lors, dit l'auteur, on ne peut pas demander aux enseignants ni aux parents de le détecter à partir de signes qui n'existent pas encore. La seule solution est de créer les conditions pour que les victimes osent parler, et elles ne le feront que si les adultes leur paraissent outillés et lucides.
Que peut-on mettre en place, à l'école et en famille ?
Il rappelle un chiffre qui oriente l'action : dans plus de 90 % des cas, les élèves concernés sont de la même classe. L'article décrit des dispositifs qui combinent des espaces de parole régulés, pour stimuler l'empathie dans le groupe, et des réponses claires aux conduites déviantes. Il mentionne une application (3018), qui permet à un jeune de lancer une alerte et de garder des preuves, avec cette précaution : les parents sont prévenus, sans qu'on leur livre des contenus intimes que leur enfant ne souhaite pas leur montrer. Le magazine détaille ensuite les trois options qui s'offrent à eux, pédagogique, juridique ou les deux.
Un encadré reproduit enfin une infographie du ministère de l'Éducation nationale (mai 2022) qui indique quoi faire selon que l'on est cible, témoin, parent ou professionnel de l'éducation, avec les numéros gratuits 3020 et 3018.
Le message final tient en une phrase : les jeunes ont besoin de parents présents sans être envahissants, contenants sans être intrusifs, et d'enseignants outillés pour construire du vivre-ensemble.
Questions fréquentes
Pourquoi un adolescent harcelé en ligne ne dit-il rien ?
Selon Bruno Humbeeck, il faut que les adultes lui paraissent suffisamment outillés pour réagir efficacement. Il craint aussi, par exemple, que ses parents découvrent des contenus intimes divulgués.
Qui contacter en cas de cyberharcèlement ?
L'infographie reproduite dans le magazine indique deux numéros gratuits : le 3020 pour le harcèlement et le 3018 pour les cyberviolences.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'explication du flaming et de la manière dont le cyberharcèlement diffère du harcèlement vécu à l'école.
- Les dispositifs que décrit l'auteur pour l'école : espaces de parole et réponses aux conduites asociales.
- Le fonctionnement de l'application 3018, et les trois options offertes aux parents.
- L'infographie du ministère : conduites à tenir pour la cible, le témoin, la famille et les professionnels.
N°11
n°11 · Reprendre le contrôle des écrans
Ce numéro n'est pas en vente en ce moment.
Avec l'abonnement, chaque nouveau numéro arrive chez vous, sans engagement.
