Harcèlement scolaire : pourquoi parler d'un phénomène de groupe ?
Et si le harcèlement scolaire n'était pas d'abord l'affaire d'un harceleur et d'une victime, mais celle d'un groupe qui manque de repères ? Dans le n°32, Christel Petitcollin défend cette lecture.
Tiré du magazine · n°32Mal-être à l'école : des solutions existent !
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Le harcèlement scolaire est le plus souvent un phénomène de groupe, et non l'affaire d'un harceleur isolé. C'est la lecture que défend Christel Petitcollin, qui en tire une conclusion nette : ce sont les adultes, parents comme enseignants, qui peuvent reprendre le leadership du groupe et le remettre sur de bons rails.
Autrice, conférencière et formatrice en communication, Christel Petitcollin a écouté pendant plus de trente ans des victimes de harcèlement, à l'école comme au travail ou dans le couple. Dans le n°32 d'Innovation en Éducation, elle livre un point de vue personnel et engagé, que le magazine propose à côté d'autres approches du même numéro.
Qu'est-ce que le bouc émissaire, et pourquoi ce n'est jamais « sa faute » ?
L'autrice décrit un schéma qu'elle retrouve toujours, de la maternelle jusqu'à l'âge adulte : un harceleur repère des failles, les moqueries passent d'abord pour de l'humour, la honte s'installe chez la victime, puis la situation s'aggrave. Elle distingue le cas, plus rare, du harceleur solitaire qui évacue ses frustrations sur plus faible que lui, et le cas le plus fréquent selon elle, celui du groupe.
Sans leader qui l'incarne, explique-t-elle, un groupe peut s'autoréguler en désignant un « bouc émissaire », qui absorbe les tensions comme un paratonnerre. Si la victime disparaît, une autre est désignée : preuve, dit-elle, que celle qui est visée n'y est pour rien.
« Il n'y a pas de harcèlement dans un groupe sain. »
Et le cyberharcèlement dans tout cela ?
Il amplifie la violence, relève l'autrice, mais il vient en général comme une caisse de résonance d'un harcèlement qui a commencé en présentiel : les premiers harceleurs sont le plus souvent des personnes que la victime connaît. D'où son conseil d'accompagner l'usage des réseaux sociaux par les adolescents avec clairvoyance et pédagogie.
Que peuvent faire les adultes ?
C'est le cœur de son propos : l'enfant n'a pas à se défendre seul, et la responsabilité du climat du groupe revient aux adultes. Dans une classe, le leader est l'enseignant ; dans une famille, un parent ou le couple parental. Christel Petitcollin porte aussi un regard critique sur plusieurs réponses courantes face au harcèlement, qu'elle juge peu efficaces, et le magazine les passe en revue.
Elle propose en contrepoint une piste concrète : le cercle de parole, où l'on apprend à parler de soi, de ses ressentis et de ses besoins, ce qui développe l'empathie et l'intelligence émotionnelle du groupe. L'article en explique le fonctionnement.
« C'est dès l'école primaire que ça se décide. »
Faut-il intervenir à la place de l'enfant ou rester à côté de lui ?
Sur cette question, le même numéro donne deux éclairages qui se complètent. Christel Petitcollin insiste sur le devoir de protection des adultes et sur le rôle du leader du groupe. Dans un autre entretien, la thérapeute Emmanuelle Piquet explique pourquoi une intervention directe n'est pas toujours la meilleure façon d'aider, et propose de se placer à côté de l'enfant plutôt qu'entre lui et le monde. Chacune apporte des outils différents, et le lecteur peut y puiser selon la situation.
Questions fréquentes
Le harcèlement scolaire est-il toujours le fait d'un seul élève ?
Selon Christel Petitcollin, c'est plus rarement le cas : elle le décrit le plus souvent comme un phénomène de groupe, lié à l'absence d'un leader qui régule les tensions.
Quel rôle les adultes jouent-ils ?
L'autrice estime qu'ils doivent assumer pleinement le leadership du groupe, en classe comme en famille, plutôt que de le déléguer à des élèves.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le schéma du harcèlement décrit par l'autrice, de la phase de séduction à la fuite.
- Les réactions d'adultes qu'elle juge contre-productives, et pourquoi.
- La notion de bouc émissaire et d'« intégrateur négatif ».
- Le fonctionnement du cercle de parole pour reprendre le leadership du groupe.
- Un encadré dédié à une lycéenne, qui rappelle la gravité du sujet.
