Harcèlement : faut-il chercher un profil de harceleur ou regarder la situation ?
À force de désigner tout conflit par le mot harcèlement, on finit par ne plus savoir de quoi on parle. Dans le n°19 d'Innovation en Éducation, Bruno Humbeeck propose de regarder la situation, et d'y adapter sa posture de parent.
Tiré du magazine · n°19Harcèlement : protéger ou préparer ?
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Plutôt que de chercher le portrait du harceleur ou de la victime, que la recherche ne parvient pas à établir, mieux vaut décrire la situation qui rend le harcèlement possible. C'est la proposition du psychopédagogue Bruno Humbeeck. Pour un parent, elle ouvre un chemin concret : identifier ce que vit l'enfant, l'aider à nommer ses émotions, puis chercher avec l'école des solutions, en adoptant une posture ferme et cadrante.
Docteur en sciences de l'éducation, Bruno Humbeeck est directeur de recherche au service des Sciences de la famille de l'Université de Mons et actif sur le terrain comme psychopédagogue. Il est l'auteur de Le harcèlement, un guide pour les parents. Dans le n°19 d'Innovation en Éducation, il commence par un constat : on parle beaucoup de harcèlement, parfois trop, et le mot en est venu à désigner presque tout.
Pourquoi le mot « harcèlement » est-il devenu si flou ?
Utilisé aussi bien pour un conflit pénible, une tension passagère ou une intégration difficile dans la classe, le terme perd en précision. L'auteur note que certains parents s'en servent comme d'un « mot-bélier » pour obliger l'école à réagir. Mais la définition juridique, qui retient un acte nuisible, intentionnel et répété, a aussi ses limites.
Avec le numérique, une seule agression, particulièrement virulente, peut produire les effets d'un harcèlement. C'est ce que Bruno Humbeeck nomme le flaming : le contenu se partage à l'infini, et la victime a l'impression que l'agression se répète à chaque partage ou chaque approbation. À l'inverse, le critère d'intention est souvent brandi par les auteurs eux-mêmes : « c'est pour rire », « on ne cherche pas à nuire ».
À quoi reconnaît-on une situation de harcèlement ?
À une mise en scène de l'agressivité où chacun a sa place : un dominant entouré d'un petit groupe qui approuve, un dominé le plus souvent isolé, et des témoins que l'auteur appelle des « spect-acteurs », parce qu'en regardant, voire en cautionnant, ils figent les rôles. D'où sa définition.
« Un rapport de force disproportionné qui induit des formes de souffrance émotionnelle durables ou intenses associées à des comportements de soumission ou de démission vécus comme humiliants ou discriminants […] »
Cette définition conduit à un déplacement du regard.
« Il vaut mieux s'attacher à déterminer des situations qui rendent le harcèlement ou le cyberharcèlement possible. »
Comment un parent peut-il s'y repérer ?
L'auteur reconnaît que ce n'est pas toujours simple, quand on se demande si son enfant est concerné, comme victime, comme auteur ou comme témoin. Il propose pour cela une démarche en trois étapes : identifier la situation, la révéler, puis chercher avec l'école des solutions constructives. À chaque étape, des questions sont suggérées, différentes selon que l'enfant subit ou fait subir.
Un exemple de ce changement de regard : pour faire parler un enfant, il suggère d'évoquer ses émotions plutôt que d'annoncer un diagnostic de harcèlement. Et à l'enfant qui agresse, on pourra demander ce que ressent, selon lui, celui qu'il vise. Dans les deux cas, l'idée est la même : donner un sens à ce qui est subi ou agi.
Quelle attitude adopter, que l'enfant soit victime ou auteur ?
Bruno Humbeeck détaille six attitudes parentales pour chacun des deux cas, qui doivent donner à l'enfant le sentiment d'un soutien suffisamment ferme et cadrant. Elles tournent autour de quelques idées : accueillir les émotions sans les minimiser ni les dramatiser, garder son calme d'adulte, ne pas se mettre sur la défensive quand son enfant est celui qui agresse, et harmoniser les forces de la famille et de l'école. Le magazine en donne le détail, attitude par attitude.
Un parent n'a pas à se sentir seul : l'auteur rappelle que les outils pour agir existent et que l'école peut se les approprier, avec des fiches-outils accessibles aux enseignants.
Questions fréquentes
Existe-t-il un profil type de harceleur ou de harcelé ?
Selon Bruno Humbeeck, la recherche ne parvient pas à en identifier. Il propose de regarder la situation : un rapport de force disproportionné, un groupe de témoins, un sentiment d'impuissance.
Une seule agression peut-elle être du harcèlement ?
Sur les réseaux sociaux, oui, d'après l'auteur : une agression isolée mais virulente peut produire les mêmes effets, parce que le contenu peut être partagé à l'infini. C'est le flaming.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La procédure en trois étapes, avec les questions à se poser selon que l'enfant est victime ou auteur.
- Les six attitudes parentales pour chacun des deux cas.
- Le « harcèlomètre », un encadré pour apprendre aux jeunes à repérer les comportements sains et ceux qui sont inacceptables.
- Les numéros et les ressources pour demander de l'aide.
