Comment préserver l'émerveillement et la soif d'apprendre de nos enfants ?
Un enfant de dix-huit mois n'a besoin d'aucune récompense pour explorer le monde. Que devient cette soif d'apprendre ? Dans le n°31 d'Innovation en Éducation, Catherine L'Ecuyer propose sa réponse, sur les écrans et l'attention.
Tiré du magazine · n°31C'est quoi être un bon parent aujourd'hui ?
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Un enfant de dix-huit mois qui court vers une prise électrique ou tire sur une nappe n'a pas besoin qu'on lui promette quoi que ce soit : il veut connaître. Que devient ce désir quelques années plus tard ? Dans le n°31 d'Innovation en Éducation, Catherine L'Ecuyer, docteure en sciences de l'éducation et psychologie, pose la question de l'émerveillement. Son texte est un point de vue personnel, qui invite à réfléchir plutôt qu'à trancher.
Québécoise installée à Madrid, mère de quatre enfants, elle est l'autrice de Cultiver l'émerveillement, traduit en huit langues, et collabore avec le Mind-Brain Group de l'Université de Navarre.
Que veut dire « être protagoniste de son apprentissage » ?
Elle part d'un constat : on reproche volontiers à l'école formelle son mécanicisme, ses récompenses et ses punitions externes, qui n'atteignent pas l'intérieur de la personne. L'idée que l'élève soit protagoniste de son apprentissage est donc largement partagée. Mais encore faut-il s'entendre sur ce qu'elle veut dire.
« Être protagoniste ne signifie pas que l'enfant se fasse bouger extérieurement, mais bien qu'il se transforme intérieurement. »
Elle rappelle la nuance que Maria Montessori avait déjà apportée : l'enjeu n'est pas que l'enfant fasse tout ce qu'il veut, mais qu'il veuille ce qu'il fait.
Les écrans éteignent-ils la curiosité ?
L'autrice le craint, en s'appuyant sur des images et sur un neuropédiatre cité dans l'article. Selon elle, les écrans présentent la réalité sous une forme aplatie, et une exposition prolongée à des stimuli rapides habituerait l'esprit à des niveaux d'excitation que la vie courante ne propose pas. L'enfant trouverait alors le quotidien ennuyeux, se distrairait plus facilement et deviendrait dépendant de ce qui vient de l'extérieur. Elle oppose la distraction, qui disperse, à l'attraction, qui attire vers quelque chose.
C'est la position de l'autrice, sur un sujet où les avis des chercheurs sont partagés. Le magazine la publie comme un éclairage, qui se lit avec d'autres.
Apprendre, est-ce être diverti ?
Pour Catherine L'Ecuyer, non. Apprendre suppose de se laisser mesurer par le réel, et la condition principale de ce contact est l'attention soutenue, qui n'a rien à voir avec la fascination pour des stimuli éclatants. Elle met en garde contre une classe conçue comme un divertissement continu : on y reproduirait, selon elle, un behaviorisme déguisé en quelque chose d'attirant, en confondant amusement et jeu, fascination et émerveillement. Elle utilise plusieurs images pour le dire : celle de la caverne de Platon, celle d'une gorgée d'eau que l'on tenterait de boire à une bouche d'incendie.
Elle met aussi en regard deux idées de l'éducation. Pour Platon, éduquer, c'est apprendre à désirer le beau. À l'inverse, elle rappelle que des concepteurs d'appareils numériques ont revendiqué de les faire désirer au point que l'on ait envie de les lécher. Le contraste lui sert à poser une question simple : que cherche-t-on à faire désirer à nos enfants, et à quel rythme ?
Que propose-t-elle ?
Revenir à la cause première : l'émerveillement, qui est lent et savoure la réalité comme si c'était la première fois. Elle invite à ménager un rythme respectueux de l'ordre intérieur des enfants, et, dit-elle, des parents aussi. L'article se conclut sur une phrase de Chesterton que le magazine reprend.
« Il ne s'agissait pas que l'enfant fasse tout ce qu'il veut, mais qu'il veuille faire tout ce qu'il fait. »
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'émerveillement, pour l'autrice ?
C'est un désir de connaître propre à l'enfant, lent et profond, qu'elle oppose à la fascination provoquée par des stimuli rapides.
L'autrice dit-elle qu'il faut bannir les écrans ?
L'article questionne surtout leur effet sur l'attention et la soif d'apprendre. Il invite à lever les yeux de l'écran plutôt qu'à fixer une règle.
Un cours amusant est-il un bon cours ?
Catherine L'Ecuyer distingue amusement et jeu, fascination et émerveillement : divertir ne suffit pas à faire apprendre.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le raisonnement de l'autrice sur le « lieu de contrôle » de l'apprentissage, à l'intérieur ou à l'extérieur de l'enfant.
- Les références qu'elle convoque, de Platon à Montessori, pour parler de beauté et de désir d'apprendre.
- Ce qu'elle dit des effets de la surstimulation sur l'attention, avec la citation d'un neuropédiatre.
- La conclusion sur la manière de cultiver l'émerveillement au milieu des distractions.
