Fortnite : pourquoi est-il si difficile d'arrêter d'y jouer ?
Fortnite est à la fois un jeu et un lieu de rencontre. Dans le n°11 d'Innovation en Éducation, le magazine reprend l'analyse du youtubeur Stan Leloup, qui décortique les mécanismes qui donnent envie d'y rester.
Si votre enfant ne parle que de Fortnite, il n'est pas seul, et ce n'est pas un hasard. Le n°11 d'Innovation en Éducation consacre une double page à ce jeu en ligne, qu'on le considère comme un jeu ou comme un réseau social, voire comme les deux à la fois. Le magazine y voit « un concentré de procédés psychologiques » pensés pour donner envie d'y rester, et en propose une lecture claire, sans accuser ni les joueurs ni leurs parents.
Quelle grille pour comprendre une habitude de jeu ?
L'article reprend le travail du youtubeur Stan Leloup, qui a analysé Fortnite avec le modèle de l'auteur américain Nir Eyal. Selon ce modèle, rendre un produit capable de créer une habitude passe par quatre étapes : un déclencheur, une action, une récompense, un investissement. C'est la même grille qu'utilise un autre article du numéro sur les réseaux sociaux.
Ce qui frappe, c'est que chaque étape se retrouve, concrètement, dans ce que vit un enfant qui joue. L'intérêt de la grille n'est pas de condamner, mais de nommer ce qui se passe, pour pouvoir en parler.
Qu'est-ce qui donne envie de lancer une partie ?
Premier temps, le déclencheur. Il peut être externe : une notification, une nouveauté, une saison qui démarre. Fortnite renouvelle sans cesse ses personnages, ses cartes et ses événements. Mais les déclencheurs les plus efficaces sont internes. Le magazine rappelle qu'une personne ressent en moyenne de l'ennui ou de la frustration 80 fois par jour, et qu'elle prend alors son téléphone pour s'en sortir. Les parties courtes et faciles à démarrer répondent à cette envie.
« Un déclencheur peut-être externe (une pub, une actualité, une notification) ou interne (une émotion négative qu'on va chercher à faire disparaître). »
Passer à l'action est ensuite facilité. L'article reprend les critères d'un chercheur de Stanford, Brian Jeffrey Fogg : il faut peu de temps, peu d'argent, peu d'effort. Parmi eux, un détail qui parle aux parents : le jeu est gratuit, coloré, populaire et sans violence apparente, ce qui le rend socialement acceptable, et il s'inscrit dans une routine où passer plusieurs heures devant un écran est déjà, pour beaucoup, la norme.
Pourquoi a-t-on envie de rejouer, même après une défaite ?
C'est l'effet de la récompense, qui reste en grande partie imprévisible : on ne sait jamais où l'on va arriver sur la carte, ni ce que contiendra le prochain coffre. Cette part de hasard, appuyée par un design visuel et sonore soigné, rappelle les réflexes conditionnels que le physiologiste Ivan Pavlov avait observés chez ses chiens. Les deux autres étapes de la grille, l'action et l'investissement, sont détaillées dans le magazine : l'une explique pourquoi il est si facile de se lancer, l'autre pourquoi des joueurs dépensent de l'argent pour des tenues qui n'améliorent pas leurs performances.
Un jeu ou un endroit où l'on retrouve ses amis ?
C'est peut-être l'idée la plus utile pour un parent. Pour beaucoup d'enfants, Fortnite joue le rôle qu'avaient hier le skate-parc ou le centre commercial : on s'y retrouve entre copains. Cet aspect social explique que l'envie d'y aller ne se réduise pas à un attrait pour le jeu.
« Fortnite n'est pas un jeu, c'est un endroit. »
Comprendre cela change la discussion. Demander « pourquoi tu joues autant ? » mène vite à la défensive. Demander « qu'est-ce que tu y fais avec tes amis ? » ouvre un échange, que le dossier du magazine invite à poursuivre à la maison.
Questions fréquentes
Fortnite est-il dangereux pour les enfants ?
L'article ne le dit pas dans ces termes. Il décrit les mécanismes qui peuvent entretenir une habitude de jeu et laisse chaque famille en tirer ses propres règles.
Pourquoi mon enfant dépense-t-il de l'argent pour des tenues ?
Selon l'article, deux raisons : plus on joue, plus le jeu devient important, et il est cohérent d'y investir ; et le jeu est un lieu social où l'on soigne son image.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le détail des quatre étapes qui créent une habitude, appliquées une à une à Fortnite.
- Les six éléments qui rendent le passage à l'action si simple, selon un chercheur de Stanford.
- L'explication du rôle du hasard dans les récompenses du jeu.
- Les deux raisons pour lesquelles les joueurs investissent dans des objets virtuels.
N°11
n°11 · Reprendre le contrôle des écrans
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