Pourquoi a-t-on tant de mal à lâcher son téléphone ?
On le prend sans y penser, et on a du mal à le reposer. Le n°23 d'Innovation en Éducation donne la parole au mentaliste Fabien Olicard, et se referme sur un billet d'humeur consacré à la distraction.
Tiré du magazine · n°23Problème d’attention, le nouveau mal du siècle ?
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Parce que les applications sont conçues pour cela. Défilement sans fin, épisodes qui s'enchaînent, vidéos de quelques secondes : chaque fonctionnalité s'appuie sur un ressort bien connu de notre cerveau. Dans le n°23 d'Innovation en Éducation, le mentaliste Fabien Olicard démonte ces mécanismes, et le billet d'humeur qui clôt le numéro en tire une conclusion plus large : reprendre la main sur son attention est aussi une question de liberté.
Un cerveau qui veut finir ce qu'il commence
Fabien Olicard, mentaliste, auteur et vidéaste, a consacré son dernier livre, Votre attention est votre superpouvoir, aux stratégies des plateformes. Dans l'entretien qu'il accorde au magazine, il commence par le défilement infini, inventé en 2006 par l'ingénieur Aza Raskin. Auparavant, il fallait cliquer sur « page suivante » : un geste minime, mais qui laissait à chacun l'occasion de s'arrêter. Le défilement continu fait disparaître ce moment de choix.
Il y a plus, explique-t-il : notre cerveau supporte mal de laisser une tâche inachevée, comme on le ressent devant un puzzle auquel il manque une pièce. Face à un flux qui n'a pas de fin, il nous pousse vers le contenu suivant, puis le suivant, pour terminer quelque chose qui, par construction, ne se termine jamais. Aza Raskin lui-même, rappelle Fabien Olicard, regrette aujourd'hui son invention.
L'entretien passe ensuite en revue d'autres procédés : les vidéos très courtes qui s'enchaînent, les épisodes de séries lancés automatiquement, ou encore la lecture accélérée, dont il décrit le coût pour la compréhension et la mémoire.
« Le secret est d'être conscient du processus pour pouvoir décider d'y résister ou d'y succomber. »
Quand l'ennui devient insupportable
Le passage le plus éclairant pour les parents et les enseignants concerne l'ennui. À force de recevoir des stimulations, le cerveau vit les temps morts comme un manque. L'ennui devient une source de stress, et c'est ce stress qui fait sortir le téléphone de la poche, souvent avant même de savoir ce qu'on va en faire. On se prive alors de ce qui naît dans ces moments vides : les idées, le retour sur soi.
Fabien Olicard propose de reconnaître cette peur de l'ennui quand elle se présente, pour en faire retomber la pression et désamorcer le réflexe. Le magazine cite à l'appui une étude de 2021 sur les liens entre rêverie et créativité.
Des conseils simples, testés autour de lui
Fabien Olicard ne s'arrête pas au constat. Il partage les conseils dont il a vu l'effet chez ses proches. Le plus simple : pas de téléphone à table ni dans la chambre, avec un réveil pour remplacer l'alarme du portable. Il recommande aussi d'ajouter un peu de friction, en rangeant l'appareil hors de portée immédiate, pour se laisser le temps de choisir. Son dernier conseil, emprunté à l'inventeur du défilement infini, est plus inattendu : nous vous laissons le découvrir dans le magazine, avec la manière de l'essayer.
« L'ennui devient un moment angoissant où il ne reçoit plus les stimulations et la gratification qu'il aime tant. »
La distraction, une affaire de liberté
Le n°23 se referme sur un billet d'humeur qui prolonge ces analyses sur un ton plus engagé. Il remonte au « pain et aux jeux » de la Rome antique pour rappeler que détourner l'attention des foules n'a rien de nouveau. Ce qui change, selon le billet, c'est l'industrialisation de la distraction. Il évoque la captologie, discipline apparue à Stanford en 1996, qui étudie comment l'informatique peut influencer les comportements, et dont sont issus bien des procédés qui nous retiennent sur nos écrans. Les jeux gratuits sur mobile y sont décrits comme un vaste terrain d'expérimentation, et le billet en détaille les ressorts.
Sa conclusion rejoint celle de Fabien Olicard : retrouver le goût de l'ennui, c'est se redonner un espace pour penser. Le billet y voit un enjeu qui dépasse le bien-être de chacun, et invite simplement à éteindre ses écrans de temps en temps. Pour comprendre ce qui se joue dans le cerveau à ce moment-là, l'entretien avec le neuroscientifique Jean-Philippe Lachaux apporte un éclairage complémentaire.
Questions fréquentes
Pourquoi le défilement infini capte-t-il autant l'attention ?
Il supprime le moment où l'on décidait de passer ou non à la page suivante, et il joue sur la tendance du cerveau à vouloir finir ce qu'il a commencé, face à un flux qui ne finit jamais.
Comment réduire l'usage du téléphone en famille ?
Fabien Olicard cite une règle qu'il a vue fonctionner autour de lui : pas de téléphone à table ni dans la chambre. Il conseille aussi de rendre l'appareil un peu moins accessible.
Pourquoi a-t-on du mal à supporter l'ennui ?
Parce que le cerveau, habitué à des stimulations permanentes, vit leur absence comme un manque et un stress. Reconnaître cette sensation aide à ne pas y répondre par réflexe.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'entretien complet avec Fabien Olicard, plateforme par plateforme : vidéos courtes, séries, lecture accélérée.
- L'encadré consacré aux travaux d'Erik Dane sur les vertus de l'ennui.
- Le conseil inattendu d'Aza Raskin pour rendre son téléphone moins attirant, et comment le tester.
- Le billet d'humeur « Et si on arrêtait d'être leurs cobayes ? », avec la liste des ressorts des jeux gratuits.
n°23 · Problème d’attention, le nouveau mal du siècle ?
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