Sommes-nous tous accros aux réseaux sociaux ? Comment les plateformes nous retiennent
Les réseaux sociaux sont gratuits, et pourtant leurs dirigeants comptent parmi les plus riches du monde. Dans le n°11 d'Innovation en Éducation, un dossier explique la mécanique, et comment accompagner les jeunes.
Si les réseaux sociaux sont gratuits, c'est que le produit, c'est nous. Le n°11 d'Innovation en Éducation consacre un dossier à cette mécanique : comment les plateformes retiennent notre attention, ce que cela change pour les jeunes, et comment les accompagner sans les diaboliser ni les laisser seuls.
Pourquoi un service gratuit rend-il ses dirigeants si riches ?
Parce que ce qui se vend, c'est l'attention des utilisateurs. À la télévision, la publicité est ciblée selon l'heure et le programme. Sur internet, elle l'est bien plus finement : historiques de recherche, pages lues, réactions sur les réseaux. L'enjeu des plateformes est de retenir chacun le plus longtemps possible, et rien n'est laissé au hasard.
Le dossier s'appuie sur Tristan Harris, informaticien et éthicien, cofondateur du Center for Humane Technology et principal témoin du documentaire The Social Dilemma. Selon lui, ces plateformes recourent à un dark pattern, un « design douteux », conçu par des ingénieurs dont beaucoup viennent du laboratoire de persuasion technologique de l'université de Stanford.
« Ces plateformes piratent notre esprit grâce à la mise en place d'un dark pattern ou "design douteux" […] »
Que se passe-t-il dans le cerveau quand on consulte son fil ?
Les notifications, les tags, les likes aux formes de plus en plus variées, les filtres qui incitent les amis à réagir, les relances après une absence : tout cela forme un système de récompense. Le magazine explique le rôle de la dopamine, un neurotransmetteur lié à la motivation, au plaisir et à l'ancrage des habitudes. Chaque fois qu'un comportement nous plaît, le cerveau garde en mémoire le chemin. Il suffit ensuite du souvenir du plaisir pour répéter le geste, d'où la consultation presque automatique.
Le dossier cite aussi l'auteur Nir Eyal, qui décrit un cycle en quatre étapes pour créer une habitude. Un encadré du magazine détaille ce cycle, du déclencheur à l'investissement.
Quels effets observe-t-on chez les jeunes ?
Le texte en retient quatre, sans dramatiser : le temps de sommeil rogné (on sous-estime largement le temps passé), l'estime de soi fragilisée par la comparaison avec la popularité des autres, des réactions de plus en plus rapides et impulsives, et enfin une saturation de l'attention au détriment du sport, de la culture et des relations.
Un risque revient : celui de s'enfermer dans une socialisation uniquement virtuelle. Or les réseaux sont aussi un lieu d'expérimentation pour chercher son identité, à condition qu'ils restent reliés à des relations concrètes.
Comment accompagner un adolescent ?
L'article propose trois pistes : établir des règles d'usage, au même titre que pour le sommeil ou l'alimentation ; expliquer le modèle économique, ce que résume la formule suivante ; et maintenir le dialogue, en s'intéressant à ce que les jeunes regardent sans exiger qu'ils racontent tout.
« De like en like, de partage en partage, on ne maîtrise plus le public. »
Cet intérêt régulier est rassurant pour l'adolescent : il sait qu'il peut compter sur ses parents. Il cultive aussi son esprit critique.
Questions fréquentes
Pourquoi est-il si difficile de poser son téléphone ?
Parce que les réseaux sont conçus pour récompenser chaque consultation, selon l'article. Notifications, likes et nouveautés imprévisibles entretiennent l'envie d'y revenir.
Faut-il interdire les réseaux sociaux aux adolescents ?
Ce n'est pas la ligne du dossier, qui plaide pour des règles claires, du dialogue et une compréhension du modèle économique des plateformes.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le cycle en quatre étapes qui crée l'habitude, détaillé dans un encadré.
- L'encadré « 5 bonnes idées pour débrancher », pour reprendre la main sur les notifications et le temps passé.
- Le détail du circuit de la récompense, de la dopamine à la consultation automatique.
- Les quatre effets observés chez les jeunes, avec leurs explications.
- Les arguments pour expliquer le modèle économique des réseaux à un adolescent.
N°11
n°11 · Reprendre le contrôle des écrans
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