Harcèlement scolaire : comment le prévenir et réagir quand il survient ?
Longtemps tabou, le harcèlement est enfin pris au sérieux. Dans le n°17 d'Innovation en Éducation, Anne Férot-Vercoutère propose des pistes de prévention et une méthode pour agir sans simplement punir.
Tiré du magazine · n°17L'éducation et ses tabous
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Comment prévenir le harcèlement à l'école, et que faire quand il est déjà là ? Anne Férot-Vercoutère, professeure en collège et formatrice à l'association Génération Médiateurs, défend l'idée que la prévention commence très tôt, par l'apprentissage de l'empathie et de la parole sur les émotions, et que l'adulte qui intervient a plus à gagner à chercher des solutions qu'à désigner un fautif.
L'article du n°17 d'Innovation en Éducation s'ouvre sur un constat : près d'un million d'élèves seraient concernés par le harcèlement et le cyberharcèlement. Le sujet, longtemps tabou, est désormais pris au sérieux par les familles, les enseignants et les institutions. Génération Médiateurs, association agréée par le ministère de l'Éducation nationale, forme depuis trente ans des adultes du milieu scolaire aux outils relationnels.
Peut-on vraiment prévenir le harcèlement ?
L'autrice répond par l'affirmative, et propose une dizaine de pistes qui valent pour la classe comme pour la maison. Parmi elles : construire le cadre avec les élèves ou les enfants, plutôt que de le leur imposer, et apprendre à parler de ses émotions et de ses besoins. Elle compare les émotions à la météo intérieure : « quel temps fait-il dans ma tête, dans mon corps, dans mon cœur ? » Le jeune s'inspire de ce qu'il voit faire à l'adulte, rappelle-t-elle, d'où l'intérêt de verbaliser soi-même ce que l'on ressent.
Les autres pistes touchent notamment à l'empathie, à l'estime de soi et à la dynamique de groupe. L'article rappelle que comparer les jeunes entre eux nourrit le terreau du harcèlement. Le magazine détaille chacune de ces pistes, avec des jeux à pratiquer en famille ou en classe.
« Un vieil adage dit "Donnons-leur l'exemple". Ne leur apprenons pas à être respectueux, empathique ou généreux…montrons-leur. »
Que dit le cerveau de l'enfant ?
Un autre repère de l'article vient des neurosciences : le cortex préfrontal est immature sur le plan émotionnel, ce qui explique des tempêtes émotionnelles et un manque de recul sur la gravité de certaines situations. Pour l'autrice, ces connaissances invitent à revisiter la posture d'autorité face à l'enfant, avec davantage d'empathie pour ce qu'il est capable de faire à son âge.
« Les neurosciences nous amènent à revisiter notre posture d'autorité face à l'enfant. »
Comment repérer et réagir ?
Le conseil de l'autrice est d'agir vite, dès que l'on repère un mal-être, sans se demander si c'est du harcèlement ou non. Tout changement de comportement doit alerter : résultats scolaires, tenue vestimentaire, sommeil, alimentation. L'article évoque une grille des signaux faibles, et rappelle qu'à l'adolescence les parents ne sont pas toujours les mieux placés pour recueillir la parole. Il faut accepter de déléguer, et veiller à ce que chaque jeune puisse dialoguer en confiance avec au moins un adulte.
Elle insiste aussi sur la manière de recevoir l'élève cible. Les propos qui minimisent ou qui jugent (« c'est rien, ça va s'arranger », « tu n'aurais pas dû ») sont à bannir. Il faut l'écouter avec empathie, reformuler, et le tenir informé de tout ce qui est entrepris, pour qu'il ne se sente pas manipulé par les adultes auxquels il se confie.
Que dit l'article de la médiation et de la sanction ?
L'autrice est claire : la médiation entre pairs est impossible dans les situations de harcèlement avéré, à cause du déséquilibre des forces, « un contre plusieurs ». Elle peut en revanche jouer un rôle d'écoute et de lien, en fin de processus.
Pour les situations d'intimidation, elle présente la méthode de la préoccupation partagée, imaginée par Anatol Pikas et revisitée par Marie Quartier et Jean-Pierre Bellon. Elle met l'accent sur la recherche de solutions plutôt que sur le blâme, sans que l'adulte excuse ou ferme les yeux. Selon l'autrice, elle aboutit à une sortie « gagnant-gagnant » dans 80 à 85 % des cas. Si le groupe ne change pas après quinze jours, la méthode laisse la place à une sanction classique. Le magazine détaille son déroulement et ses limites, ainsi que ce que l'autrice dit du changement d'établissement.
Elle rappelle aussi que l'intervention moralisatrice peut encourager le phénomène, car l'élève auteur n'a pas toujours conscience des conséquences de ses actes, contrairement à l'adulte.
Pour aller plus loin sur le cerveau adolescent, un autre article du blog explore ce qui se passe dans la tête d'un adolescent.
Questions fréquentes
Que faire si l'on soupçonne du harcèlement ?
L'autrice recommande d'agir vite dès qu'on repère un mal-être ou un changement de comportement, sans attendre de savoir si c'est du harcèlement, et d'écouter l'enfant avec empathie sans minimiser.
La médiation entre élèves est-elle une solution ?
Pas dans les situations de harcèlement avéré, selon l'article, à cause du déséquilibre des forces. La méthode de la préoccupation partagée, menée par des adultes formés, est présentée comme une piste.
Faut-il changer l'enfant d'établissement ?
Cela peut être une solution, à la condition qu'il soit préparé et accompagné. L'article rappelle que ce qui circule sur les réseaux ne disparaît pas avec le changement.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les pistes de prévention au complet, avec les jeux et exercices à pratiquer à l'école ou en famille.
- L'explication de la différence entre un besoin et une stratégie pour le satisfaire.
- Le déroulement de la méthode de la préoccupation partagée et le regard sur la sanction.
- L'encadré sur les deux jeux gratuits proposés par Génération Médiateurs.
- Les ressources et la présentation de l'association.
