Hypersensibilité et haut potentiel : la quête de sens est-elle une force ou une fragilité ?
Pourquoi les personnes hypersensibles ou à haut potentiel cherchent-elles tant de sens ? Dans le n°29 d'Innovation en Éducation, la coach Inès Luminel répond, histoire de Lora à l'appui.
Tiré du magazine · n°29Neuro-atypismes : apaiser la vie quand le cerveau déborde
Voir ce numéro
« Je suis trop sensible, trop consciente, trop différente. » Inès Luminel, coach spécialisée en hypersensibilité et en haut potentiel intellectuel, a entendu cette phrase des dizaines de fois. Elle accompagne des femmes, notamment à travers des bilans de douance et d'hypersensibilité. Dans le n°29 d'Innovation en Éducation, elle répond à une question que se posent bien des adultes concernés, et bien des parents qui voient leur enfant s'interroger sur tout : cette soif de sens est-elle une force ou une fragilité ? Pour situer ce trait, voir aussi la fiche du n°29 sur l'hypersensibilité.
La quête de sens est-elle plus forte chez ces personnes ?
Oui, répond-elle, et c'est même un élément qu'elle retrouve dans chaque bilan de douance. Ce n'est pas un simple goût pour la réflexion : c'est un besoin vital. Ces personnes ont besoin que leur vie ait du sens pour s'y engager pleinement. Elle cite la spécialiste du haut potentiel Mary Rocamora, selon qui celles et ceux qui contemplent avec le cœur ne peuvent tolérer une vie sans but.
Dans un monde où les repères s'effacent, cette quête a deux visages : une lucidité précieuse et une vulnérabilité profonde. L'enjeu, ajoute-t-elle, tient à la manière dont elle est vécue et accompagnée.
« Ce n'est pas la quête elle-même qui pose problème, mais la manière dont elle est vécue, accompagnée ou non. »
Comment passe-t-on du poids à la boussole ?
Elle raconte l'histoire de Lora. Au début de leur travail, Lora vivait sa quête de sens comme une faiblesse presque honteuse. Elle se sentait « trop », incapable de faire comme les autres, blessée par sa propre lucidité face à l'incohérence et à l'injustice. Puis, au fil des séances, elle a appris à se connaître, à mettre des mots sur son fonctionnement et à s'écouter. Elle a compris qu'il ne s'agissait pas de changer qui elle était, mais de vivre avec plus de justesse.
Le tournant, selon la coach, est souvent le même : le jour où l'on comprend que cette intensité n'est pas là pour faire du mal, mais pour ramener à ce que l'on est. Elle y voit une boussole intérieure, qui oriente vers des choix plus alignés et des relations plus vraies.
Ce récit est celui d'une praticienne, et il décrit des accompagnements individuels : il n'a pas valeur de règle. Mais il montre comment un même trait, vécu comme un défaut, peut se lire autrement une fois compris.
Que conseille-t-elle aux personnes concernées ?
Elle formule cinq conseils, que le magazine développe, autour de quelques idées simples : se regarder avec bienveillance, respecter son rythme et ses limites, s'entourer de personnes qui voient vraiment, et briser la croyance d'être « trop ». Elle décrit le moment où, à la remise d'un bilan, le visage d'une cliente s'illumine : elle comprend qu'elle n'est ni trop fragile ni trop sensible, mais plus intensément reliée à son monde intérieur.
« Vous n'êtes pas trop, vous êtes vous et pour moi c'est un trésor. »
Et pour les proches, parents ou enseignants ?
Elle leur adresse un dernier conseil : ne pas chercher à éteindre cette intensité, qui n'est pas un défaut à corriger, et ne pas lire un besoin de solitude comme un rejet. Il s'agit parfois simplement de se ressourcer. Il n'est pas toujours nécessaire de tout comprendre, ajoute-t-elle : une écoute sans jugement suffit déjà.
Questions fréquentes
Un enfant qui pose sans cesse des questions de sens est-il en difficulté ?
Pas nécessairement. Selon la coach, cette quête est souvent inscrite dans la façon d'être au monde des profils hypersensibles ou à haut potentiel, et elle devient une force quand elle est reconnue et accompagnée.
Comment accompagner une personne hypersensible ?
En évitant de chercher à éteindre son intensité, en respectant son besoin de solitude et en lui offrant une écoute bienveillante, sans tentative de la réparer.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'histoire complète de Lora, puis celle de Sarah, « fatiguée d'elle-même ».
- Les cinq conseils d'Inès Luminel, avec ce qu'elle dit de chacun.
- Son conseil particulier à ceux qui accompagnent une personne neuroatypique.
- La présentation de sa sororité pour femmes hypersensibles.
