La norme, quelle norme ? Faire la paix avec son atypie
Le mot « atypique » fait réagir, et la normalité reste un idéal qu'on ne questionne guère. Dans le n°29 d'Innovation en Éducation, Élodie Crépel déconstruit ce mythe.
Tiré du magazine · n°29Neuro-atypismes : apaiser la vie quand le cerveau déborde
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Qu'est-ce qu'une personne « normale » ? La question paraît simple, et la réponse l'est beaucoup moins. Élodie Crépel, médiatrice familiale, autrice de plusieurs ouvrages dont Femme Atypique et formée auprès de la psychologue Elaine Aron, spécialiste de l'hypersensibilité, la pose dans le n°29 d'Innovation en Éducation. Son texte s'adresse d'abord aux adultes neuroatypiques, mais il parle aussi aux parents et aux enseignants qui cherchent comment regarder leurs enfants.
D'où vient l'idée de normalité ?
À l'origine, la norme servait à repérer des anomalies médicales : un cœur qui bat trop vite, un poids qui met la santé en danger. Très vite, on l'a étendue à nos émotions, à nos pensées, à nos façons d'être. L'autrice rappelle, avec des exemples simples, que ce qui est « hors norme » peut être parfaitement adapté : le rythme cardiaque lent des plongeurs professionnels, ou l'indice de masse corporelle, qui se trompe sur les sportifs très musclés.
« La norme, c'est une moyenne statistique, pas une vérité absolue. »
Elle évoque la « tyrannie de la norme » décrite par le chercheur Todd Rose, et estime que les neuroatypiques, qu'elle chiffre à environ un quart de la population en additionnant toutes les atypies, en subissent la pression. Elle compare aussi la situation française à celle du Royaume-Uni ou du Québec, où les recherches sur les neuroatypies sont, selon elle, plus avancées.
Souffre-t-on de son atypie, ou du regard des autres ?
C'est l'idée centrale de l'article, et l'image qu'elle emploie le dit bien.
« Tu ne souffres pas de ton atypie. Tu ne souffres pas d'avoir un deuxième bras, comme je le dis souvent dans mes accompagnements. »
Ce qui fait mal, explique-t-elle, c'est le regard des autres et les étiquettes (« trop sensible », « trop intense ») qui grattent sans rien dire de la personne. S'interroger sur son fonctionnement n'est pas chercher une case pour s'y enfermer, mais trouver une pièce manquante du puzzle. Et il n'est pas nécessaire de souffrir pour s'autoriser à explorer.
Elle s'appuie sur des travaux d'Elaine Aron : selon ce qu'elle rapporte, les enfants hypersensibles élevés dans un cadre bienveillant, où leur sensibilité n'est pas montrée comme une faiblesse, grandissent sans se demander s'ils sont différents. Ceux à qui on a collé des étiquettes négatives, eux, passent leur vie à douter. Le propos reste celui d'une praticienne, qui parle depuis son accompagnement plutôt que depuis une étude à citer telle quelle.
Que veut dire « transformer son atypie en force » ?
Elle l'entend d'abord comme une affirmation : assumer qui l'on est, sans se suradapter ni masquer. Elle rappelle que chaque atypie a ses richesses (la finesse de l'hypersensibilité, la pensée en arborescence du haut potentiel, l'élan créatif du TDAH, la précision de l'autisme), et que lorsqu'on en cumule plusieurs, le résultat est unique : elle compare cela à un vert issu du mélange du bleu et du jaune, qu'on ne peut réduire à une seule teinte. Elle prend aussi position : les cases ont été faites par et pour les neurotypiques.
« Les cases, elles n'ont pas été faites pour nous, les neuroatypiques. Elles ont été créées par et pour les neurotypiques, pour simplifier leur compréhension du monde. »
Comment nourrir la confiance, enfant ou adulte ?
L'article propose cinq leviers concrets, du travail de connaissance de soi au choix de son entourage, en passant par l'adaptation de l'environnement. Le dernier est tourné vers les autres : en assumant sa différence, on donne aux proches la permission de faire de même. L'autrice observe d'ailleurs que les parents qui refusent de voir l'atypie de leur enfant ont souvent peur d'affronter la leur.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la double exceptionnalité ?
Selon l'article, c'est le cumul de plusieurs atypies, par exemple le haut potentiel et le TDAH, dont le mélange donne un profil unique qu'on ne peut pas réduire à l'une d'elles.
Faut-il souffrir pour avoir le droit de questionner son fonctionnement ?
Non, répond l'autrice : on peut se poser des questions simplement pour être plus soi.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les cinq leviers concrets pour nourrir la confiance, détaillés un par un.
- L'anecdote de la lectrice et de son livre au supermarché.
- Les exemples sur la norme, des plongeurs à l'IMC.
- Ce que l'autrice dit des travaux d'Elaine Aron et de l'éducation bienveillante.
