Masking et suradaptation : que se passe-t-il quand on cache sa différence ?
Se fondre dans la norme demande une énergie que l'on ne mesure pas toujours. Dans le n°29 d'Innovation en Éducation, la neuropsychologue Cathy Assenheim explique ce qui se joue dans le corps.
Tiré du magazine · n°29Neuro-atypismes : apaiser la vie quand le cerveau déborde
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On connaît l'enfant qui « fait des efforts pour se tenir comme il faut ». On pense moins à ce que cet effort coûte quand il dure des années. Cathy Assenheim, neuropsychologue, accompagne en consultation des personnes qu'elle appelle les « hyper » (haut potentiel, hypersensibilité) et d'autres profils neuroatypiques. Elle répète une phrase qui résume sa démarche : pour agir, il faut comprendre.
« Pour agir, il faut comprendre. »
Que veut dire masquer sa différence ?
Le masking, ou camouflage, désigne les stratégies par lesquelles une personne neuroatypique cache ses difficultés pour entrer dans la norme. Chacun s'adapte un peu à la vie en société. Mais lorsque l'écart est important, l'adaptation peut devenir extrême. La spécialiste parle alors de « maladie du moi » : on oublie ses besoins pour se conformer à ce que l'on attend de nous, jusqu'à ne plus savoir qui l'on est vraiment.
Elle distingue deux grandes familles. D'un côté, les troubles neurodéveloppementaux (spectre de l'autisme, TDA), qui sont permanents et appellent des ajustements pour vivre avec. De l'autre, les « hyper », dont le fonctionnement est ordinaire mais déborde dans certains contextes de sur ou de sous-stimulation, et pour lesquels l'environnement pèse beaucoup.
Pourquoi la suradaptation épuise-t-elle ?
C'est l'idée la plus frappante de l'entretien : s'adapter n'est pas qu'un effort de volonté, c'est un mécanisme physiologique. Chaque fois que le cerveau affronte une difficulté, l'organisme ajuste ses réponses nerveuses et hormonales pour retrouver son équilibre. Un cerveau neuroatypique, plus vite perturbé par son environnement, déclenche ce mécanisme plus souvent. Or il consomme des ressources, et à terme le risque d'épuisement augmente.
Pour la neuropsychologue, la frontière entre une adaptation réussie et une adaptation qui abîme se lit dans le corps : symptômes physiques, fatigue persistante. Elle décrit des signes du côté du corps et d'autres du côté de la déconnexion de soi, que le magazine détaille. Elle appelle aussi à une vigilance particulière à l'adolescence, au moment où l'image de soi se construit.
« La maladie du moi s'installe : c'est mettre un couvercle sur ses besoins pour avoir l'air dans la norme. »
Comment en sortir, sans s'enfermer dans une étiquette ?
Le point de départ est un état des lieux du fonctionnement, pas forcément « l'artillerie lourde » d'un bilan complet. Il permet de mettre des mots sur ses difficultés, de s'accepter avec ses forces et ses faiblesses, et de chercher des solutions. Elle met cependant en garde contre un autre masquage : vouloir correspondre à son diagnostic, ou se dire que l'étiquette explique tout et qu'il n'y a plus rien à faire.
Elle donne aussi un conseil pour parler de soi à l'entourage, surtout au travail : plutôt que de coller une étiquette, décrire concrètement ses besoins (par exemple dire que l'on se met contre un mur en open space parce que les bruits saturent). Cette formule vaut pour les adultes comme pour les adolescents.
Et si l'on commençait par le corps ?
Dans les cas qu'elle suit, la spécialiste observe souvent un épuisement derrière un fonctionnement jugé « ingérable ». Elle régule d'abord cet épuisement, en prévenant ses patients qu'on travaillera ensuite sur leur fonctionnement. Quelques semaines plus tard, dit-elle, c'est « le jour et la nuit ». Avec certains adolescents venus pour un décrochage scolaire, elle décrit le même scénario : une fois l'épuisement pris en charge, ils « revivent ».
Il s'agit ici de l'expérience de la praticienne, et non d'une règle valable pour chacun. Le magazine précise la manière dont elle procède et ce qu'elle recommande de surveiller. Son message de fond reste rassurant : une neuroatypie n'est ni une maladie ni un trouble de la personnalité, et la comprendre est déjà un soulagement.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le masking ?
C'est l'ensemble des stratégies qu'une personne met en place pour cacher ses difficultés et paraître dans la norme. Poussé à l'extrême, il conduit à oublier ses propres besoins.
Comment repérer une suradaptation chronique ?
Cathy Assenheim évoque des signes dans le corps et d'autres dans le rapport à soi. Ils sont détaillés dans l'entretien du magazine, qui distingue aussi l'effort normal de l'effort qui épuise.
Faut-il un diagnostic pour sortir du masking ?
Elle recommande d'en passer par une compréhension d'ensemble de son fonctionnement, sans se limiter à une étiquette.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les signes physiques et psychologiques d'une suradaptation chronique.
- La différence entre masquage externe et masquage interne, et le rôle de l'empathie dans l'hypersensibilité.
- Les deux grandes règles que propose la neuropsychologue pour réguler la suradaptation.
- Son explication de l'épuisement et de ce qui le déclenche.
- Des exemples de personnes accompagnées, adultes et adolescents.
