IA en classe : que pensent vraiment les enseignants ?
Pour le n°18, Innovation en Éducation a interrogé des centaines d'enseignants sur l'IA et le numérique. Leurs réponses, rapportées sans filtre, montrent un débat bien plus nuancé qu'un simple pour ou contre.
Tiré du magazine · n°18IA, Chat GPT, Subir ou s'en saisir ?
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Les enseignants sont-ils pour ou contre l'IA en classe ? La réponse est plus nuancée qu'on ne le croit. Dans le n°18 d'Innovation en Éducation, le magazine a publié les résultats d'une enquête menée à l'automne auprès de ses lecteurs enseignants, sur leur rapport à l'IA et au numérique, leurs outils et leurs freins. Il en a reçu des centaines de réponses, que le dossier restitue sans filtre, en s'efforçant de respecter l'équilibre des avis.
Combien d'enseignants utilisent déjà l'IA et le numérique ?
Une courte majorité. 57 % des répondants disent utiliser l'IA et des outils numériques pour préparer leurs cours et déployer leur pédagogie, 35 % déclarent s'en passer et 8 % se disent neutres. Ceux qui sont favorables y voient surtout un moyen de personnaliser les apprentissages, de rendre les séances plus engageantes. Du côté des réserves, la crainte la plus fréquente est de perdre en créativité et en goût de faire par soi-même.
« L'IA peut être utile dans la création mais il faut éduquer les enfants pour garder leur esprit critique et ne pas dépendre de cet outil qui peut devenir très dangereux pour l'avenir. »
Cette phrase résume bien l'état d'esprit de beaucoup de réponses : ni rejet, ni enthousiasme sans condition.
Pourquoi certains font-ils le choix de s'en passer ?
Les raisons ne se réduisent pas à la méfiance. Le magazine retient quatre freins qui reviennent le plus souvent : le manque de temps, de formation, de matériel et de conviction. S'y ajoutent des choix pédagogiques assumés. Une enseignante de maternelle d'un quartier défavorisé explique que ses élèves passent déjà beaucoup d'heures devant des écrans et qu'elle préfère les en préserver en classe. D'autres tiennent à la relation, à la parole, à la craie, au toucher, et disent n'avoir pas trouvé d'application qui développe l'écoute ou l'empathie. Certains se sentent simplement dépassés par la quantité d'outils.
La formation revient régulièrement. Une répondante regrette que les enseignants n'y soient pas formés et propose d'utiliser des heures déjà prévues pour découvrir ce que l'IA permet.
Qu'est-ce que les enseignants qui l'utilisent y trouvent ?
Des gains très concrets, et c'est l'exemple que l'on retient. Une professeure d'anglais de collège fait travailler ses élèves seuls devant un ordinateur, une fois par semaine, sur des exercices dont le niveau varie selon chacun. Selon elle, il n'y a aucun enjeu : l'erreur n'est pas sanctionnée, personne ne s'ennuie, et les élèves qui s'enregistrent à l'oral n'ont plus à craindre le regard des autres.
Beaucoup d'autres répondants soulignent des bénéfices voisins : des retours plus rapides, un engagement et une autonomie accrus, un apprentissage plus différencié. Plusieurs évoquent des élèves en difficulté, dyslexiques ou en décrochage, pour qui le numérique ouvre une porte. L'enquête laisse aussi voir des usages côté enseignant, comme la préparation de séquences ou la création d'énoncés variés.
Faut-il distinguer outils numériques et IA ?
Beaucoup de réponses le suggèrent. Certains enseignants acceptent volontiers les quiz ou les outils de collaboration, mais refusent l'IA générative, qui risquerait de penser à la place des élèves. D'autres estiment au contraire qu'il vaut mieux apprendre à bien utiliser ces outils que de les diaboliser. Le dossier présente ces points de vue côte à côte, sans désigner de camp gagnant, et recense les outils cités par les enseignants dans la rubrique de ressources du numéro.
« Preuve que le débat autour de l'IA et de l'éducation est encore bien vivace et qu'il doit se poursuivre, vers l'émergence d'un consensus éclairé et équilibré. »
Pour un point de vue d'ensemble sur ce débat, voir Faut-il interdire l'IA à l'école, ou apprendre à la connaître ?.
Les enseignants qui lisent cette enquête y retrouveront peut-être leurs propres hésitations. Parents, vous y verrez ce que vos enfants vivent en classe selon les écoles, parfois très différemment d'une porte à l'autre du couloir.
Questions fréquentes
La majorité des enseignants utilise-t-elle l'IA ?
Dans l'enquête du magazine, 57 % des répondants disent utiliser l'IA et des outils numériques, contre 35 % qui s'en passent. Ce n'est pas un sondage représentatif de tous les enseignants, mais un échantillon de lecteurs.
Quels sont les principaux freins des enseignants ?
Le manque de temps, de formation, de matériel et de conviction, selon les réponses reçues. D'autres refusent par choix pédagogique, pour préserver la relation humaine ou limiter les écrans.
Les élèves en difficulté bénéficient-ils du numérique ?
Plusieurs enseignants le disent, notamment pour des élèves dys ou en décrochage : le numérique peut faciliter l'accès à l'écrit et donner un autre rapport à l'erreur.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les trois arguments pour et les trois arguments contre les plus fréquents dans l'enquête.
- Une mosaïque de réactions brutes d'enseignants à l'IA, de la peur à la fascination.
- Des dizaines de témoignages signés, classés entre freins et bénéfices, avec la classe et la ville de chacun.
- Les exemples d'outils et d'usages cités, des applications de lecture aux quiz interactifs.
- Un renvoi vers la rubrique de ressources qui rassemble tous les outils mentionnés.
