Faut-il interdire l'IA à l'école, ou apprendre à la connaître ?
Depuis ChatGPT, l'intelligence artificielle est entrée dans toutes les conversations d'enseignants et de parents. Dans le n°18 d'Innovation en Éducation, Martine Rioux propose de ne ni la bannir ni la suivre aveuglément.
Tiré du magazine · n°18IA, Chat GPT, Subir ou s'en saisir ?
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Faut-il bannir l'intelligence artificielle de l'école, ou la laisser entrer ? Martine Rioux, rédactrice en chef adjointe et chargée de projets spéciaux à l'École branchée, ne tranche ni pour l'un ni pour l'autre. Dans le n°18 d'Innovation en Éducation, elle résume un dossier consacré à l'IA en éducation et en tire une ligne simple : on ne peut pas l'ignorer, on peut apprendre à s'en servir avec jugement, et c'est un travail pour les enseignants comme pour les parents.
Qu'est-ce qui a changé avec ChatGPT ?
Fin novembre 2022, l'IA générative d'OpenAI, ChatGPT, est devenue accessible gratuitement à tout le monde, sous une forme que chacun pouvait essayer. Pour l'autrice, c'est ce qui rend l'événement si marquant.
« L'aura de science-fiction associée à l'IA venait de tomber ! »
Des formes d'IA existaient déjà, dans les usines ou la logistique : elles se perfectionnent en répétant des tâches, mais ne créent rien de nouveau. La nouveauté tient à la capacité créative des outils génératifs, qui rédigent, reformulent, produisent des images à partir des instructions qu'on leur donne. C'est de là que viennent la plupart des craintes : l'IA pourrait-elle remplacer les humains, et où placer la limite de l'acceptable ?
Peut-on l'interdire ?
Beaucoup d'acteurs de l'éducation en appellent au boycott, et l'autrice trouve cette réaction normale devant une nouveauté qui inquiète. Elle ne plaide pas pour autant pour une adoption sans réserve : il s'agit de peser le pour et le contre, de se faire une opinion, puis de la réévaluer au rythme des innovations. Après la calculatrice, l'ordinateur, le web et les moteurs de recherche, l'IA générative est une innovation de plus qui bouscule les habitudes.
Deux messages ressortent des prises de parole qu'elle a relevées dans le monde de l'éducation. L'IA pourrait appuyer le personnel enseignant sans le remplacer. Et l'interdire serait illusoire.
« On ne pourra pas interdire l'IA. Ce serait comme interdire internet : c'est impossible. »
Le plagiat doit-il tout faire redouter ?
C'est le premier mot qui vient à l'esprit des enseignants, et l'article le prend au sérieux. Des outils de détection existent, avec un succès variable. Mais la réponse qui revient chez les acteurs cités est autre : plutôt que d'empêcher les élèves d'utiliser ces outils, revoir les pratiques d'enseignement et d'évaluation. Concrètement, cela passe par des travaux plus significatifs et plus créatifs, toujours reliés aux objectifs d'apprentissage, et par une manière d'apprendre aux élèves à utiliser ces systèmes correctement. Les établissements sont aussi invités à se doter d'une politique d'usage de l'IA, pour le personnel comme pour les élèves, que chaque milieu adapte à ses valeurs.
Quels repères éthiques garder en tête ?
L'autrice rappelle que derrière les systèmes d'IA, il y a des humains, avec leurs biais cognitifs, sociaux et culturels. Elle cite un collectif de chercheurs québécois qui compare les débats publics à un iceberg : on discute de ce qui est visible, comme l'opacité des algorithmes ou la protection des données, alors que d'autres enjeux, plus larges, restent sous la surface. Faut-il craindre l'IA pour autant ? Elle répond plutôt par la vigilance, sans dramatiser : comme toute technologie, elle peut servir ou desservir, et chacun gagne à être éclairé.
Que peuvent faire les enseignants, et les parents ?
Sans devenir expert, ils peuvent comprendre ce que font ces outils pour accompagner les jeunes. Le développement de la compétence numérique devient, selon l'article, plus nécessaire que jamais, faute de quoi la fracture numérique s'élargit. Il est trop tôt pour mesurer l'effet réel de l'IA sur l'apprentissage, mais pas pour s'y intéresser. Le magazine insiste sur un point rassurant : personne n'a à tout connaître ni à tout adopter.
Questions fréquentes
Peut-on vraiment empêcher les élèves d'utiliser ChatGPT ?
Selon Martine Rioux, non : l'interdire reviendrait à vouloir interdire internet. Elle recommande plutôt de former les jeunes à un usage éthique et de repenser les travaux demandés.
Que faire face au risque de plagiat ?
L'article propose d'adapter les devoirs et les évaluations, et d'établir une politique d'usage claire dans l'école, plutôt que de compter sur la seule détection.
Faut-il avoir peur de l'IA ?
L'autrice répond par la prudence plutôt que par la peur : rester conscient des dérives possibles, demeurer vigilant et se tenir informé.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Une définition de l'IA et un rappel de son histoire, des années 1950 à l'apprentissage profond.
- Les principes éthiques que l'article propose d'appliquer en tout temps, et le détail des enjeux soulevés par les chercheurs.
- Un exemple d'usage de l'IA en gestion scolaire, au Québec, pour repérer plus tôt les élèves à risque de décrochage.
- Les deux fronts sur lesquels revoir les pratiques d'enseignement et d'évaluation.
- Une piste pour aller plus loin : le dossier de l'École branchée dont l'article est un résumé.
