Les émotions en classe sont-elles un frein ou un levier pour apprendre ?
Maux de ventre avant l'école, ou concentration sans faille dans une activité aimée : les émotions des élèves pèsent sur leurs apprentissages. Marie Legrand montre comment en faire un appui, sans que cela devienne une perte de temps.
Tiré du magazine · n°8Maitriser la "neuroéducation"
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Les émotions sont à la fois un frein et un levier : tout dépend de leur nature, de leur durée et de l'élève qui les vit. La peur de ne pas réussir ou le sentiment d'injustice entament la confiance et bloquent l'attention ; le plaisir, la fierté ou un défi bien dosé poussent au contraire à s'engager. Accueillir les émotions, apprendre aux élèves à les reconnaître et tenir compte de leurs différences permet d'en faire un appui plutôt qu'un obstacle.
C'est la réponse que construit Marie Legrand dans le n°8 d'Innovation en Éducation. Docteure en sciences de l'éducation, franco-suisse, elle exerce en Suisse comme coach, consultante et formatrice, et s'intéresse avant tout aux mécanismes de la motivation et de l'engagement. Elle a cosigné avec Karine Bressand Apprendre en couleurs, un guide pour libérer l'apprentissage des élèves.
Pourquoi les émotions comptent-elles autant pour apprendre ?
L'autrice rappelle l'étymologie du mot : émotion vient du latin emovere, mettre en mouvement. Ce sont elles qui poussent à agir, ou qui retiennent. Depuis une trentaine d'années, des travaux en neurosciences comme en pédagogie montrent leur rôle dans la motivation et les performances.
« Nos émotions et nos performances cognitives sont très liées. »
Elle reconnaît d'emblée la difficulté du terrain : avec un programme à boucler, prendre le temps des émotions peut sembler un luxe ou un casse-tête. C'est précisément ce qu'elle s'attache à démonter.
Toutes les émotions positives aident-elles à apprendre ?
Pas forcément, et c'est l'une des nuances les plus intéressantes de l'article. Des élèves ravis d'être ensemble ne seront pas plus efficaces si leur seul projet est de passer un bon moment. À l'inverse, une émotion désagréable, si elle reste brève, peut faciliter la mise en mémoire. Les émotions intenses, agréables ou non, laissent des traces durables : chacun se souvient de l'endroit où il se trouvait lors d'un événement marquant.
Le jeu, en revanche, fait presque toujours l'unanimité. Il crée des émotions positives, dédramatise l'erreur et donne envie de passer à l'action, comme l'explique Karine Bressand dans l'article sur le jeu et les neurosciences.
Comment gérer les émotions en classe ?
Marie Legrand distingue trois niveaux d'action. Le premier consiste à accueillir les émotions : prendre le temps de laisser parler les élèves désamorce souvent un blocage. Points météo réguliers, roue des émotions ou image de la maison à étages : ces outils installent peu à peu un climat de tolérance. L'adulte y tient un rôle décisif, par son regard, ses gestes et ses mots, qui disent à l'élève qu'il est en confiance.
Le deuxième niveau consiste à apprendre les émotions, comme le propose le courant de l'apprentissage socio-émotionnel : faire découvrir à l'enfant qu'une frustration passagère peut le pousser à persévérer, alors qu'un échec répété le décourage et qu'une réussite trop facile l'ennuie. Le troisième niveau tient compte des personnalités. L'article détaille ces deux derniers points.
« Les enfants ont naturellement soif d'apprendre et ils n'aspirent qu'à s'épanouir et à réussir. »
Chaque élève a-t-il ses propres leviers ?
Oui, et c'est la partie la plus concrète de l'article. Un même déclencheur ne produit pas la même émotion chez tous : ce qui stimule l'un inquiète l'autre, selon que la situation répond ou non à ses besoins. Tout parent de deux enfants le constate chaque jour.
Pour s'y retrouver, l'autrice s'appuie sur des typologies de comportement héritées des travaux de Carl Gustav Jung et de William Moulton Marston, qu'elle décline en quatre couleurs. Deux exemples. Les élèves « à dominante rouge » s'ennuient vite et ont besoin d'action : des défis à relever et une part de pouvoir de décision les engagent. Ceux « à dominante verte », calmes et toujours prêts à aider, ont besoin de stabilité et de confiance ; très sensibles, ils peuvent se bloquer à la moindre remarque, et les presser les paralyse. Les deux autres profils, et les gestes qui leur conviennent, sont décrits dans le magazine.
Marie Legrand conclut en posant une question à l'école : ne serait-il pas temps d'y introduire un véritable programme de développement des compétences émotionnelles ?
Questions fréquentes
Les émotions négatives empêchent-elles toujours d'apprendre ?
Non. Selon Marie Legrand, une émotion désagréable de courte durée peut même faciliter la mise en mémoire, et une frustration passagère peut pousser à persévérer. Ce sont l'anxiété durable, l'injustice ou l'échec répété qui freinent les apprentissages.
Comment accueillir les émotions des élèves sans perdre de temps ?
Des rituels courts suffisent souvent : un point météo des émotions, une roue des émotions, un moment pour dire ce qui bloque. L'autrice observe qu'ils désamorcent bien des situations et améliorent le climat de classe.
Pourquoi deux élèves réagissent-ils différemment à la même situation ?
Parce qu'un même déclencheur répond aux besoins de l'un et pas à ceux de l'autre. Connaître les préférences de chaque élève aide à doser les défis et à éviter qu'ils deviennent paralysants.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les trois niveaux d'action pour gérer les émotions en classe, avec des outils précis.
- Comment doser un défi pour qu'il stimule sans inhiber les fonctions cognitives.
- Le portrait des quatre profils d'élèves et ce qui suscite chez chacun des émotions positives.
- Les références des travaux en neurosciences et en pédagogie cités par l'autrice.
n°8 · Maitriser la "neuroéducation"
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